Samedi 15 décembre 2018

Citron pressé

Portrait d'objet - Presse-agrumes Sowden

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 15 janvier 2013 - 445 mots

Depuis quarante ans, le designer anglais George Sowden se presse le citron pour créer des objets. L’un de ses derniers est justement un… presse-agrumes, électrique et élégant, prénommé Kaya.

Son originalité : il est entièrement en porcelaine, y compris l’ogive cannelée sur laquelle on « écrase » les demi-sphères de fruit. Mieux que le trivial plastique, cet accessoire gagne en qualité d’hygiène, ledit matériau le rendant, à l’instar des modèles traditionnels en verre pressé, très facile à nettoyer. Idem pour la « cuve » qui réceptionne le jus, laquelle, grâce à une légère inclinaison conduisant au bec verseur, facilite un flux direct. Mise en production début 2013 et proposée au prix de 199 euros, cette centrifugeuse inaugure une série d’appareils électroménagers tout en porcelaine, dont deux autres spécimens sont aujourd’hui en phase de finalisation : une bouilloire électrique et un grille-pain. Singuliers quant au matériau dont ils sont faits, ces trois objets sont surtout emblématiques d’une nouvelle méthode de production pour un designer : le développement, avec l’aide d’un partenaire financier évidemment, de sa propre marque : Sowden.

Né à Leeds (Angleterre), en 1942, mais installé à Milan depuis les années 1970, ce cofondateur avec Ettore Sottsass du mythique groupe Memphis aura attendu l’âge de raison, 70 ans, pour accoler son nom aux produits qu’il crée. L’homme connaît par le menu détail l’univers du design industriel, ayant œuvré, un quart de siècle durant, pour Olivetti, fameuse firme italienne d’appareils électroniques. « C’est dans cette entreprise que j’ai appris la complexité inhérente à la gestion des processus industriels et la manière dont le design pouvait intervenir à tous les stades, de la conception à la production », raconte Sowden.

Collection en porcelaine

À l’origine de sa collection d’objets en porcelaine, le souhait de concevoir une cafetière « plus universelle » que la célèbre cafetière italienne et à un prix « abordable ». Pour ne pas en faire « un produit de luxe », le designer substitue la porcelaine à l’aluminium et délocalise son lieu de production de l’Italie à la Chine. Ayant déjà réalisé des projets avec des fabricants de l’empire du Milieu, celui-ci ira sur place sélectionner les usines de production, en particulier dans la région de Guangzhou, au sud de la Chine. Résultat : sa cafetière Oskar, modèle standard, coûte aujourd’hui autour de… 60 euros.

Depuis 2010, George Sowden a dessiné toute une série de pièces : théière, plat, assiette, bol, tasse, coupe, cocotte, poêle… Dévoilée en avril dernier, au Salon du meuble de Milan 2012, sa marque fait quant à elle d’une pierre deux coups : elle permet au designer de conserver sa propriété intellectuelle et donne naissance à un nouveau modèle d’entreprise.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°383 du 18 janvier 2013, avec le titre suivant : Portrait d'objet - Presse-agrumes Sowden

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