Dimanche 27 septembre 2020

Réhabilitation

Philippe Chiambaretta rhabille la Caisse des dépôts

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 22 mai 2012 - 697 mots

L’Hôtel de Belle-Isle, qui date du XVIIIe siècle, a reçu ses premiers réaménagements et arbore déjà une façade qui signe son identité.

PARIS - On n’imagine pas, tant la discrétion de la façade est de règle dans les manières de l’auguste maison, ce que représente le patrimoine immobilier de la Caisse des dépôts et consignations au cœur du « noble faubourg ». C’est-à-dire au cœur de ce que l’on nommait le faubourg Saint-Germain, soit le 7e arrondissement de Paris, dans sa partie « aristocratique » (par opposition au septième « militaire et bonapartiste » qui s’étend au-delà de l’Esplanade des Invalides), avec comme axes majeurs, les quais Anatole France et d’Orsay, les rues de Lille et de l’Université et, bien naturellement le boulevard Saint-Germain. Bref, la Caisse est très fortement implantée dans les hôtels particuliers de ce que les antiquaires appellent le carré rive gauche…
Au centre du dispositif, le siège, un monumental hôtel particulier donnant sur la rue de Lille et le quai Anatole France, édifié en 1728 par François Bruant, ingénieur et architecte du roi, pour le comte de Belle-Isle et acheté par la Caisse en 1857, quarante et un an après sa fondation.
Violenté à la Révolution, partiellement incendié sous la Commune, soumis aux évolutions techniques et comportementales d’aménagement et d’usage des locaux d’activité, l’Hôtel de Belle-Isle, modifié, transformé, réhabilité au fil de trois siècles d’existence, a depuis longtemps perdu sa virginité et son authenticité. Seules demeuraient quasi intactes la façade sur la Seine faisant face au Louvre et sa cour d’honneur.
Dernière intervention en date, celle datant des années 1980 et portant sur le passage, la traversée, conduisant le public de la rue de Lille au quai Anatole France et réciproquement. Opération plus ou moins bien menée, même si agrémentée d’une « flamme » imposante de Roy Lichtenstein et d’un totem non moins imposant de Jean Dubuffet. Le Lichtenstein aujourd’hui a quitté les lieux et le Dubuffet déménagera probablement bientôt.
Bref, en 2009 un concours est organisé pour repenser, réaménager et redonner une identité aux 4 800 m2 du rez-de-chaussée et de l’entresol. C’est Philippe Chiambaretta qui l’emporte et s’attache à l’œuvre, la découpant en deux phases (mars 2011/mars 2012 et mars 2012/septembre 2013) face à la difficulté du chantier qu’il doit mener dans des locaux occupés et actifs.

Grilles ornementales
Première étape : réhabilitation opérée. La création du passage traversant, qu’il conçoit à l’instar de ces passages parisiens du XIXe siècle, mais traité de façon très contemporaine, jouant de la voûte de plein cintre qui marquait l’entrée du corps principal, matrice génératrice de baies latérales et d’oculi zénithaux qui diffusent une lumière contrôlée et programmée pour suivre le cycle du soleil. Un passage d’une incroyable fluidité opérant, à mi-chemin, une sorte de déhanchement du plus parfait effet. Passage desservant les lieux d’accueil des visiteurs et du public, des salles de réunion, des bureaux et une agence postale affichant non pas son jaune habituel, mais le rouge de la Caisse. Et puis les grilles ! Celles qui équipent déjà les deux baies monumentales sur la rue de Lille, et équiperont les six baies sur le quai Anatole France en 2013. Conçues par Philippe Chiambaretta en collaboration avec le designer Annonciade Perron, réalisées par des ferronniers d’art, des doreurs et des découpeurs lasers de haut vol, elles sont d’une présence, d’une justesse et d’une élégance exemplaires. Plus parisiennes que nature, voisines et cousines des collections du Musée d’Orsay mitoyen, pétries d’histoire et résolument contemporaines, portant en quelque sorte le blason de la Caisse symbolisé par le trèfle et les fleurs de lys, elles témoignent du goût et de la maîtrise de l’architecte pour « l’écriture » des façades ; comme il l’a notamment démontré avec celle, sorte de vague lumineuse et transparente, du Centre de Création Contemporaine de Tours, en 2007. Jouant à chaque fois du structurel et de l’ornemental, Chiambaretta va bien au-delà de l’anecdotique et du décoratif pour développer un registre tout à la fois narratif et symbolique, qui exprime au mieux l’identité, la réalité et la fonction de ce qui se déroule derrière la façade.
Il faudra attendre septembre 2013 pour que la Caisse des dépôts et consignations révèle ses derniers atours.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°370 du 25 mai 2012, avec le titre suivant : Philippe Chiambaretta rhabille la Caisse des dépôts

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