Samedi 14 décembre 2019

XXIe siècle

Nomadisme

Les structures itinérantes ou temporaires se multiplient

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 6 septembre 2011 - 617 mots

PARIS - Bien sûr, il y a l’urgence, les catastrophes naturelles, les guerres et les déplacements de population. À cet égard, l’habitat d’urgence conçu par le Japonais Shigeru Ban à l’occasion du tremblement de terre de Kobé, en 1995, a fait école… Mais le luxe et la culture ont emboîté le pas, générant des architectures nomades, mobiles, éphémères.

Tout a commencé, ou peu s’en faut, avec le Chanel Mobil Art. Une sorte de « galet », vaguement déconstruit, d’une blancheur uniforme, dessiné par l’Anglo-irakienne Zaha Hadid, dont la notoriété people avait de quoi séduire Karl Lagerfeld tout autant que son elliptique talent avéré. Bel objet, mais dont les qualités et l’efficacité en termes d’exposition restent à démontrer… Objectif initial : promener autour du monde la vision de l’art contemporain selon Chanel. Première étape, en 2008, Hongkong. Suivront Tokyo puis New York. Se profilaient à l’horizon Los Angeles, Londres, Madrid et Paris. Mais voilà, le Mobil Art, coûteux à monter, ancrer, démonter, déplacer, arrête son périple à New York, et finit sa course sur un terre-plein à Central Park. Jusqu’à ce que l’Institut du monde arabe, à Paris, propose à Chanel son parvis occupé alors par une fausse tente caïdale assez pathétique. Et, depuis avril, le Chanel Mobil Art est devenu immobile en un amusant face-à-face, confrontant Jean Nouvel et Zaha Hadid. 

Lieu d’expérimentation
Contre-pied absolu du précédent, le Centre Pompidou mobile, conçu par Patrick Bouchain et Loïc Julienne, est un espace de 650 mètres carrés composé de trois modules et quelques conteneurs juxtaposés, qui s’inscrivent dans l’esprit des chapiteaux forains et des cirques ambulants. Léger et flexible, ce petit musée modulable s’adapte à tous les lieux, avec une mise en œuvre tout aussi légère et bien dans la manière du duo d’architectes. Les toiles armées de câbles, dans une palette mêlant rouge, orange, bleu, vert, noir et argent, se déploieront dès octobre à Chaumont (Haute-Marne), lieu de leur première étape qui durera trois mois, avant de poursuivre leur périple en direction de Cambrai puis de Boulogne-sur-mer…

Dans le même esprit, conçu par les architectes japonais de l’Atelier Bow-Wow – dont on connaît les petites architectures bizarres et dégingandées, faufilées dans les interstices et dents creuses tokyoïtes et parfois qualifiées d’« architectures animales » tant elles s’adaptent aux lieux –, le BMW Guggenheim Lab s’est posé à la limite de l’East Village et du Lower East Side, à New York, jusqu’au 16 octobre. Un long parallélépipède translucide, léger, compact, armaturé de fibre de carbone, sorte de « boîte à outils » itinérante qui entamera son périple de six ans à Berlin au printemps 2012 et le continuera en Asie. Moins qu’un espace d’exposition, il s’agit d’un lieu d’expérimentation, de documentation et de réflexion avec, pour thématique, les problématiques auxquelles sont confrontées les villes contemporaines… Côté éphémère, c’est la Serpentine Gallery, installée aux Kensington Gardens dans Hyde Park, à Londres, qui emporte la palme. Depuis 2000, la Serpentine met la vaste pelouse, qui flanque le délicieux et classique pavillon qu’elle occupe en permanence depuis 1934, à la disposition d’un architecte qui conçoit une architecture, sorte d’œuvre d’art éphémère, laquelle, durant les trois mois d’été, accueille conférences, rencontres, projections et, naturellement, un café. Se sont succédé sur la pelouse, rivalisant d’invention et d’expressivité, Zaha Hadid, Daniel Libeskind, Toyo Ito, Oscar Niemeyer, Alvaro Siza et Eduardo Souto de Moura, Rem Koolhaas et Cecil Balmond, Olafur Eliasson et Kjetil Thorsen, Frank Gehry, Sanaa, Jean Nouvel et, enfin, Peter Zumthor jusqu’au 16 octobre (1). Soit le gotha du gotha architectural !

(1) Un très beau livre relatant l’aventure (il n’y manque que Zumthor, l’acteur 2011) est paru en mai : Philip Jodidio, Serpentine Gallery Pavilions, éd. Taschen, 356 p., 40 €, ISBN 978-3-8365-2613-5.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°352 du 9 septembre 2011, avec le titre suivant : Nomadisme

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