Lyon

Lyon - Shiota tisse sa toile

Par Alain Quemin · Le Journal des Arts

Le 19 juin 2012 - 509 mots

Un monumental labyrinthe textile intègre dans un enchevêtrement de cordes l’architecture de la Sucrière.

LYON - En l’espace de quelques mois, Chiharu Shiota s’est imposée sur la scène artistique française. Après ses précédentes – et remarquables – installations parisiennes Home of Memory, en 2011, à la Maison rouge, puis White Line – Infinity, en 2012, à la Galerie Daniel Templon, elle inaugure la Sucrière, à Lyon, nouveau lieu dédié aux événements artistiques et culturels situé dans les bâtiments les plus emblématiques de la Biennale, où elle présente désormais Labyrinth of Memory. Reprenant la technique qui la caractérise des fils de laine noire (ici, pas moins de 600 kilomètres) tendus du sol au plafond en de complexes compositions évoquant des toiles d’araignée, ou plus encore, des nids de chenilles dans lesquels sont tenus prisonniers des objets et où sont également invités à déambuler les visiteurs, Chiharu Shiota a relevé le défi fixé par la direction artistique : concevoir une installation qui dialogue avec l’architecture et l’identité même du bâtiment, en utilisant le plafond et les piliers comme structures d’environnement immersif. Entre les fils sont emprisonnées seize robes blanches alignées en deux rangées, toutes reliées par un seul tissu blanc, suspendues au plafond, entre les piliers, dans tout l’espace, sur 1 700 m2.

Une armée de robes
On retrouve ici la facture remarquable de poésie et de délicatesse de l’artiste japonaise, née en 1972 à Osaka et établie à Berlin depuis 1996, qui touche à l’universel. Contrairement à certaines des installations précédentes, Chiharu Shiota a intégré dans son oeuvre non pas des robes de fillettes mais d’adultes, démesurément grandes, toutes différentes, qui prennent une dimension hiératique et quasi architecturale, faisant ici penser aux soldats de Xi’an. Comme dans les travaux les plus forts dus à d’autres femmes artistes, Louise Bourgeois – la légèreté des structures arachnéennes et le fil noir utilisé évoquent l’animal cher à Louise Bourgeois symbolisant cruellement la mère – ou Ghada Amer, c’est un matériau féminin, le fil, qui est utilisé, mais aussi détourné, puisqu’il n’évoque pas ici la douceur attendue mais une sourde violence, un enfermement. Là où il pourrait protéger, il introduit en fait une distance énigmatique et angoissante.

Shiota se situe à mi-chemin entre le conte, rarement aussi innocent qu’il n’y paraît et renvoyant bien souvent aux peurs de l’enfance, et le rêve, qui déroute souvent par les éléments qu’il met en scène et rapproche. En s’y confrontant, le sujet est conduit à se poser la question du sens et de l’interprétation, et peut à tout moment passer de l’enchantement à l’angoisse, voire basculer dans le cauchemar. Les souvenirs aussi surviennent parfois de façon inattendue et le travail de Chiharu Shiota se situe justement à ce seuil, les fils pourraient tout autant disparaître et libérer les traces de vie qu’ils maintiennent prisonnières que se refermer tels un piège terrifiant et étouffant sur le visiteur. Avec cette nouvelle installation, Shiota s’affirme comme une des virtuoses du genre.

Labyrinth of Memory

Jusqu’au 31 juillet, La Sucrière, 49/50 Quai Rambaud,”¨69002 Lyon, tel. 04 27 82 69 40 www.lasucriere-lyon.com, mercredi-dimanche 11h-18h.

Légende photo

Chiharu Shiota Labyrinth of Memory (2012) - Vue de l'installation à La Sucrière - Lyon - © Photo: Noël Bouchut, courtesy La Sucrière GL events.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°372 du 22 juin 2012, avec le titre suivant : Lyon - Shiota tisse sa toile

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