Le palimpseste de l’auditorium

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 25 avril 2019 - 433 mots

Institut De France -  Le Palais de l’Institut de France, à Paris, arbore plusieurs visages.
Celui du quai de Conti est majestueux, mais il se compose aussi, à l’arrière-plan, d’une multitude de bâtiments déployés sur un vaste îlot et séparés par une suite de cours intérieures. Le cœur du dispositif consiste d’abord en la « coupole » – lieu de la représentation –, puis en la « salle des séances » – lieu du travail. Depuis février, l’institution s’enorgueillit d’un troisième espace : un auditorium de trois cent cinquante places, qui permet de réunir l’ensemble des académiciens ou d’organiser conférences et colloques. Œuvre de Marc Barani, le projet comprend également un hall d’accueil, des salles de réunion ou de réception et des bureaux. Surface totale : 2 500 m2. Ce nouvel équipement s’installe, au chausse-pied, dans la troisième et ultime cour de l’îlot, sur la parcelle dite « de l’An IV ».Hormis une partie neuve, le programme englobe aussi la restructuration d’édifices hétéroclites : certains du XVIIe siècle dus à Louis Le Vau, d’autres signés Hippolyte Le Bas datant du XIXe et, enfin, une halle industrielle érigée à cette même époque. « Notre volonté était d’envisager le patrimoine comme une force, non comme une contrainte, explique Marc Barani, de regarder le site comme un palimpseste avec ses couches d’histoire différentes, ses constructions/destructions successives, lesquelles ont imprimé dans le lieu des lignes de force qui conservent la trace de chaque intervention. » D’où l’idée, par exemple, de restaurer cette étonnante halle métallique, de 6 m de hauteur, faisant aujourd’hui office de vaste hall d’entrée. Le mur longitudinal qui l’obturait jusqu’alors a été remplacé par une immense paroi vitrée, si bien que la halle s’ouvre désormais de tout son long sur la cour, augmentant la profondeur visuelle. Un immense rideau permet néanmoins de venir rétablir l’opacité, par fragments ou en totalité.En regard du verre, les deux matériaux principaux utilisés font écho aux espaces phares de l’Institut : la pierre évoque celle de la coupole, le bois, celui qui habille la salle des séances. Au-dessus de la halle, dans le bâtiment qui la cerne, se logent, au premier étage, les salles de réunion et, au second, les bureaux. Adossé à un pan conservé de la muraille historique de Philippe Auguste, découvert lors de fouilles archéologiques, l’auditorium, lui, accessible dès le rez-de-chaussée, a été creusé au plus profond de la parcelle, mais il bénéficie néanmoins par endroits de lumière naturelle. Une gageure. Le lieu, fort élégant, est dessiné au cordeau. Grâce à un astucieux système de volets mobiles en bois, l’acoustique peut même y être ajustée en fonction de l’usage : débat, conférence, projection, voire concert.
À savoir
Prix de l’Équerre d’argent, en 2008, Marc Barani a décroché le Grand Prix national de l’architecture en 2013. Le 14 novembre 2018, il a été élu membre de l’Académie des beaux-arts et occupe le siège de feu Claude Parent. Lauréat du « 1 % artistique » , l’artiste Laurent Grasso, lui, a réalisé dix sculptures rétroéclairées en onyx, constellation de points lumineux énigmatiques qui s’illuminent dès la nuit tombée.
À voir
Institut de France, auditorium André et Liliane Bettencourt, 3, rue Mazarine, Paris-6e.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°723 du 1 mai 2019, avec le titre suivant : Le palimpseste de l’auditorium

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