Samedi 19 septembre 2020

La maison-musée

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 23 septembre 2016 - 516 mots

VITRA DESIGN MUSEUM - C’est une maison. Étonnamment haute et étrangement oblongue. À l’instar d’un dessin d’enfant, la nouvelle filiale du Vitra Design Museum, à Weil am Rhein (Allemagne), construite par le tandem helvète en vogue Jacques Herzog et Pierre de Meuron pour la firme de mobilier suisse Vitra, ressemble effectivement à un logis élémentaire : une porte d’entrée située en plein milieu de la façade-pignon et un toit à double pente.

Ni plus, ni moins. « Nous nous devions de faire un bâtiment au look modeste, explique Jacques Herzog. Le campus Vitra est constitué d’édifices iconiques conçus par des grands noms de l’architecture comme Frank Gehry, Alvaro Siza ou Zaha Hadid. Il ne fallait donc pas que le nouveau bâtiment heurte, esthétiquement parlant, les édifices existants, mais, au contraire, qu’il se connecte au mieux avec eux et, surtout, qu’il conserve l’équilibre en place. Bref, notre bâtiment devait être à la fois bien visible et, en même temps, tout ce qu’il y a de plus normal, un peu comme ces édifices intemporels que dessinait, jadis, l’architecte italien Aldo Rossi. » Ouvert il y a plus d’un quart de siècle, le 3 novembre 1989, le premier Vitra Design Museum érigé par l’Américain Frank Gehry était, lui, devenu trop petit pour montrer à la fois des expositions temporaires et le fonds déjà important et constamment en croissance de cette institution. D’où cette nouvelle entité baptisée Schaudepot, du verbe allemand Schau qui signifie « regarder » et de « dépôt ». Les murs extérieurs, emblématiques, sont conçus en briques brisées. « Nous avons utilisé la brique, car elle était jadis le matériau phare de cette ville industrielle, raconte Jacques Herzog. En coupant les briques en deux et en les empilant côté ouvert, nous révélons leur intérieur. Cela redonne de la force à une forme simple, la brique ordinaire, sinon de la matérialité à un dessin numérique. Dans sa globalité, la surface n’est plus lisse, mais devient comme un textile grossier. » Rugueux à souhait. À l’intérieur, l’espace principal, sur un niveau, est éclairé de façon uniforme grâce à une batterie de tubes luminescents. Surface totale : 1 600 m2. S’y déploie la collection permanente, soit environ 410 meubles et objets (sur 7 000 au total) datant de 1800 à nos jours, alignés comme à la parade dans de grandes étagères de verre et de métal. Une large ouverture horizontale permet au visiteur de percevoir le sous-sol et sa mine de trésors : les réserves, thématiques, dont la plupart sont visibles à travers de judicieuses baies, et un « laboratoire » apportant des informations sur les matériaux et les techniques. Cerise sur le Schaudepot ou, plus exactement, sous le bâtiment : s’y trouve également le bureau original du designer américain Charles Eames, qu’il a lui-même légué, à l’époque, au Vitra Design Museum.

À savoir

Situé non loin de Bâle, le campus Vitra regroupe une ribambelle d’édifices réalisés par des stars de l’architecture internationale. Une promenade permet d’admirer quelques-unes de ces « pièces » exceptionnelles, dont une caserne de pompiers aujourd’hui transformée en lieu d’exposition, premier bâtiment construit par feue Zaha Hadid.

À voir

Vitra Design Museum/Schaudepot, Charles-Eames Strasse 2, Weil am Rhein (Allemagne), www.design-museum.de

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°694 du 1 octobre 2016, avec le titre suivant : La maison-musée

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