Paroles d’artiste

John Bock

« Un homme-diagramme s’exprime à propos de rien »

Le Journal des Arts

Le 24 juin 2005 - 706 mots

John Bock (né en 1965 à Itzehoeen, Allemagne) s’ingénie à toujours rester sur le fil du rasoir. Entre gag et sérieux, entre science et bricolage, entre philosophie et chaos, il plante le décor de son propre théâtre de l’absurde. Ses conférences-performances sont l’occasion de mêler les savoirs et l’ignorance sur des estrades improvisées, des habitacles faits de vêtements, de mobilier et autres objets agencés. S’y mêlent délires, formules mathématiques, fiction, réel et textes d’auteur. À l’occasion de son exposition au Fonds régional d’art contemporain (FRAC) Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) à Marseille, nous avons rencontré cet artiste qui expose également actuellement à la Biennale de Venise. Un entretien savamment délirant et décousu, comme lui seul en a le secret.

 Pouvez-vous décrire la pièce intitulée Thee Diagram Man meets Loveelasticity (« L’Homme-
Diagramme rencontre Loveelasticity ») acquise par le FRAC PACA ? De quoi s’agit-il ? D’une vidéo ? D’une performance ?
Le « Loveelasticity » établit une relation entre l’amour et l’événement artistique. À Londres, dans l’exposition où j’ai présenté cette pièce, à la galerie Sadie Coles HQ, le Loveelasticity était une poupée. Et dans le pantalon de cette poupée se trouvaient des haricots qui marchent. Et avec une perceuse, la poupée élastique retirait les poils de nez de l’« homme-diagramme ». C’était une conférence-essai. L’homme-diagramme se transforme, il se métamorphose en trois diagrammes. J’ai fait cette conférence et j’en ai tiré une vidéo que les visiteurs pouvaient voir après l’événement dans l’espace d’exposition.

Qu’est-ce qu’un « homme-diagramme » ? Qu’est-ce qu’un « Loveelasticity » ?
Un homme-diagramme ne sait absolument rien, mais il parle beaucoup, et il s’exprime essentiellement à propos de rien. Il tente de développer une nouvelle grande théorie concernant la société. Le « Loveelasticity-Man » est, lui, un pauvre chien en marge de sa propre nature.

Comment cette pièce sera-t-elle présentée dans l’exposition de Marseille ?
Je ne sais pas encore, et je ne sais même pas si je vais la présenter !

Est-ce que l’exposition a déjà un titre ?
Pas encore. Bien souvent, le titre vient tout naturellement après l’action-conférence.

Comment avez-vous conçu cette exposition ? Quelles autres pièces montrez-vous ?
Il s’agit inexorablement de la mort d’Antonin Artaud, encore et toujours. Une horrible et sanglante fin. Elle se termine dans la neige. Le Comte de Monte-Christo apparaît également, et il meurt lui aussi extrêmement tôt, dès la première scène. Et, enfin, c’est Albert Camus qui arrive et qui fait une fâcheuse erreur… ou non.

Pourriez-vous nous parler de l’installation qui occupe toute une salle de l’Arsenal, dans le cadre de la 51e Biennale de Venise ?
Le titre de cette action est Zero Hero. Il s’agit de la mutation de Kaspar Hauser (1), un fait de société concernant un jeune garçon. L’histoire commence par son évasion de prison. Et suivent alors : les cours de sport à l’allemande, une opération de la tête ou au corps, une tête de spaghetti, une guitare basse-moto-machine…, et arrive enfin la mutation de Kaspar.

Comment mêlez-vous vidéos et installations dans votre travail ? Quel est le lien entre les films et les installations ?
En fait, je réalise tout simplement des actions dans mes installations. Et un cameraman filme l’action. Ensuite, je montre l’installation transformée par l’action et les vidéos que l’on en a tirées.

En général, vos pièces attirent le rire, elles ont un caractère humoristique. Est-ce le but ? Qu’attendez-vous de votre public ?
Mes actions ne sont aucunement humoristiques. Quant au public, il fait partie intégrante de mes pièces.

Quel est le rôle de l’humour dans votre travail ?
Non, non…, je vous assure, je n’ai aucun humour. Vous pouvez demander à mon psychiatre !

Dans certaines de vos vidéos, vous vous mettez en scène. Quel est votre rôle favori ?
En ce moment, mon rôle favori, c’est de jouer Antonin Artaud. Ou plutôt, c’est d’être un fœtus de dieu.

(1) Kaspar Hauser a été au centre de l’un des faits divers qui marqua l’Allemagne au XIXe siècle. En 1828, à Nuremberg, on retrouva un jeune homme de 17 ans, Kaspar Hauser, qui avait été maintenu enfermé dans un cachot et dans l’obscurité depuis son plus jeune âge.

Fonds régional d’art contemporain (FRAC) Provence-Alpes-Côte d’Azur, 1, place Francis-Chirat, 13002 Marseille, tél. 01 91 91 27 55. Du 4 juillet au 1er octobre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°218 du 24 juin 2005, avec le titre suivant : John Bock

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