Lundi 10 décembre 2018

Carte blanche à...

Jean-Luc Parant

Les yeux ouverts, les yeux fermés, encre de Chine sur papier Japon, 2004.

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 octobre 2004 - 390 mots

« J’ai très tôt écrit des textes sur les yeux. Pour moi les yeux furent les premières ouvertures par où j’ai pu m’échapper, comme si enfant j’étais resté enfermé dans le noir et qu’en écrivant sur les yeux j’avais fini par faire un trou dans mon cachot pour sortir au-dehors et m’enfuir dans l’espace sans fin où libre j’ai pu tourner et retourner la matière qui était à mes pieds dans mes mains, jusqu’à en faire des boules par milliers. » Cette citation, extraite du Grand Livre de Jean-Luc Parant (cf. L’Œil n° 529) donne le ton. Il y va chez lui d’une sorte de logorrhée, tantôt verbale, tantôt plastique, qui prend forme soit dans l’écrit, soit dans la confection infinie de boules. Tour à tour peintre, sculpteur, écrivain, voilà plus de quarante ans que Jean-Luc Parant n’a de cesse de rouler le monde. Son attitude, pour le moins atypique, le tient en dehors des vents coulis de la mode, féru qu’il est des choses fondamentales, archaïques et primales. Entre un Sisyphe qui aurait trouvé le vrai bonheur dans la laborieuse tâche qui est la sienne et le scarabée d’or si cher au cœur de Jean-Henri Fabre, Parant s’est ménagé un passage sublime et singulier. La sorte de « concentration sur une figure unique » (J. Dubuffet) qu’il a adoptée une fois pour toutes – en partage avec sa femme Titi et tous les siens – lui a paradoxalement ouvert toutes grandes les portes d’une incroyable diversité. Terre cuite, bois, cire, filasse, graphite, fusain, encre de Chine, voire bronze, Jean-Luc Parant a décliné ses boules sous tous les cieux, qu’ils soient naturels ou culturels. Des boules, des yeux, parce que « le monde veut être vu », comme le dit Bachelard. Yeux ouverts/le jour, yeux fermés/la nuit, Jean-Luc Parant entasse ici une nouvelle fois une multitude de petites boules, faites de la main droite, comme autant de signes écrits, et cette carte blanche s’offre à voir comme une page tirée du grand journal du monde.

Jean-Luc Parant est représenté par la galerie Lara Vincy, 47 rue de Seine, Paris VIe, tél. 01 43 26 72 51 ; il est présent à la Fiac, hall 4, stands D 14 et D 18. Par ailleurs, il expose ce mois-ci chez Artcurial, 7 rond-point des Champs-Élysées, Paris VIIIe, tél. 01 42 99 16 16.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°562 du 1 octobre 2004, avec le titre suivant : Jean-Luc Parant

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