Figuration

Fromanger inspiré

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 3 juin 2014 - 505 mots

Agitation urbaine et conflits récents sont au cœur de la peinture énergique et colorée que montre Perpignan.

PERPIGNAN - « Faut-il peindre la révolution ou révolutionner la peinture ? », s’interrogeaient alors les artistes. Agitateur, Fromanger a choisi de plonger dans le grand bain de Mai-68 et de témoigner. Dans son « Album le rouge », série de 21 sérigraphies des années 1968-1970, il fait défiler tracteurs, manifestants et policiers dans les rues de Paris, à côté de camions de police accrochés aux pavés. Les silhouettes rouge cadmium foncé fantomatiques de ses personnages se détachent sur un fond bleu sombre.

« Annoncez-la couleur ! » est le titre de l’exposition du centre d’art contemporain de Perpignan. Elle s’ouvre sur un petit portrait de Louis Ducos du Hauron, l’inventeur de la photographie en couleurs, peint par Fromanger dans un rhizome de gerbes de couleurs éclatantes.

Accrochée dans la nef du centre d’art, Paris Bastille, grande toile (320 x 920 cm) jaune bouton d’or de 1993, appartient à la série « Quadrichromie ». La Bastille ? C’est le havre parisien du peintre. C’est là qu’il vit quand il n’est pas en train de travailler dans son atelier perché sur les hauteurs de Sienne, en Italie. Ici, il trouve tout ce qu’il aime : le bouillonnement urbain, la foule, l’énergie et la couleur.
Soucieux de ne pas se laisser enfermer, Fromanger a passé sa vie à se réinventer. À tenter de saisir ce monde qui ne cesse de se transformer pour témoigner, avec un langage renouvelé, de vérités éternelles.

L’histoire est son autre source d’inspiration. Sa série « Sens dessus dessous » est née lors de la deuxième guerre d’Irak, quand l’Amérique de George W. Bush a déployé ses troupes sur Bagdad. « Je me suis dit : « ce n’est pas possible. Ils sont dingues. Le monde est sens dessus dessous », s’offusque cet écorché vif. Il a peint, en s’inspirant d’une sculpture de Bruce Nauman, des silhouettes colorées s’agitant sur un fond noir. Dans le haut du tableau, leurs doubles décrivent le même mouvement, la tête en bas et les pieds en l’air. La série « Cythère ville nouvelle » datant des années 1980 est tout aussi troublante. Un enchevêtrement de formes humaines colorées, corps désarticulés et mains disproportionnées flotte dans le vide, comme en apesanteur.

Gérard Fromanger aime passionnément la peinture figurative. Comme son hôte, Vicent Madramany, qui dirige le lieu, À cent mètres du monde, créé il y a tout juste dix ans. Cet ancien entrepôt de fruits et légumes, planté à proximité de la gare de Perpignan chère à Dalí, a vu défiler, entre autres, Pat Andrea, Tony Bevan, Vincent Corpet, Serge Fauchier, Jean Le Gac, Lucebert, Stéphane Pencréac’h, Claude Viallat. Manuel Boix et CharlElie Couture occuperont, cet été, les cimaises de ce bel espace, suivis, à l’automne, par Artur Heras et ses grands formats magnétiques.

Gérard Fromanger, ANNONCEZ LA COULEUR

Jusqu’au 29 juin, 3, avenue de Grande-Bretagne, 66000 Perpignan, tél. 04 68 34 14 35, Centre d'art contemporain www.acentmetresducentredumonde.com, tlj 14h-18h (été 15h-19h).

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Légende Photo :
Gérard Fromanger, Toujours jeune, 1971, digigraphie, 100 x 100 cm. © Gérard Fromanger

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°415 du 6 juin 2014, avec le titre suivant : Fromanger inspiré

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