Samedi 15 décembre 2018

AÉRONAUTIQUE

Drone de drame

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 8 juillet 2005 - 597 mots

Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Non ! C’est totalement inutile dans cet engin entièrement robotisé baptisé « drone », terme qui, en anglais, signifie « faux-bourdon ».

Les plus répandus sont, pour l’heure, les drones aériens. Leurs tailles comme leurs poids sont variés : de quelques centimètres à plusieurs mètres, et de quelques kilos à plusieurs tonnes. Ils font partie de la famille des UAV, acronyme anglo-saxon pour Unmanned Aerial Vehicle, autrement dit « véhicule volant sans pilote ». Ces drones ont été les stars du 46e Salon international de l’aéronautique et de l’espace, qui a eu lieu du 13 au 19 juin sur l’aéroport du Bourget, allant même jusqu’à voler la vedette à l’A380 d’Airbus.

Les applications civiles sont, ou plutôt devraient être, légion : recherches topographiques, épandage de pesticides, collecte de données pour la prédiction météorologique, détection d’incendies, d’avalanches en montagne, de nuages d’insectes ou de pollution maritime, surveillance du trafic routier ou des cultures, voire inspection des ouvrages d’art et des monuments historiques difficilement accessibles… Or ces appareils civils se heurtent, pour l’heure, à des réglementations si sévères qu’elles les empêchent souvent de voler. Ce n’est évidemment pas le cas pour les drones militaires, utilisés en particulier pour le recueil de renseignements – observation des frontières, reconnaissance de zones ennemies… – voire comme cible mobile pour l’entraînement au combat aérien ou au tir de DCA. Le drone Hunter a fait ses preuves au Kosovo et le Predator en Afghanistan. Aujourd’hui, toutes les armées du monde cherchent à s’équiper. Le marché est évidemment en pleine expansion. Et le leader mondial actuel n’est autre que l’Israélien IAI – Israeli Aircraft Industry –, dont les fameux Eagle survolent quotidiennement la bande de Gaza. Mais ces aéronefs ne sont pas aussi passifs que l’on peut penser. Une nouvelle génération de drones militaires pointe désormais son museau : les UCAV, avec un « C » supplémentaire signifiant « combat ». Au Salon du Bourget, Dassault Aviation a dévoilé une maquette, plutôt grossière, de son projet d’UCAV lancé en 2003, qu’elle développe avec cinq autres partenaires européens : Alenia (Italie), Eads (Espagne), Hai (Grèce), Saab (Suède), Ruag (Suisse). Son nom : « Neuron ». Coût estimé du programme : 400 millions d’euros, dont la moitié est financée par la France, à l’initiative du projet. Avec ses ailes en forme de nageoires pectorales, le Neuron ressemble à une énorme raie. Les lignes sont fluides – l’avion est censé être furtif aux détecteurs radars et infrarouges –, bien qu’il n’ait pas, à proprement parler, été dessiné. Dans le bureau d’études Dassault, en charge de la conception générale de l’engin, ne crépitent d’ailleurs que les neurones des 1 500 ingénieurs, point ceux de designers. « Ce qui commande la forme d’un avion, c’est l’aérodynamique, explique Mathieu Durand, responsable de la communication chez Dassault Aviation. Si la silhouette est belle, il ne s’agit que d’une heureuse coïncidence entre les lois de l’aérodynamique et l’esthétique. »

Les caractéristiques techniques du Neuron ne sont pas encore totalement figées. On sait néanmoins qu’il sera fabriqué en matériaux composites et qu’il disposera donc d’une soute interne lui permettant d’embarquer un armement de précision air-sol, voire, plus tard, air-air. Selon Dassault Aviation, le Neuron n’est pas appelé à devenir un futur appareil. Il s’agit seulement d’un « démonstrateur technologique ». Son premier vol est prévu pour 2010. Mais cet UCAV, on l’aura compris, préfigure le futur. D’ici une vingtaine d’années, il n’y aura sans doute plus besoin de pilotes dans les avions de combat. Ce n’est plus de la science-fiction. Presque un jeu vidéo. Un « jeu » tout simplement effrayant.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°219 du 8 juillet 2005, avec le titre suivant : Drone de drame

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