Jeudi 12 décembre 2019

Architecte

Dominique Perrault à Madrid

Jeu, set et match

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 26 mai 2009 - 532 mots

Est-il besoin d’insister ? La seule liste des noms en témoigne : Sergi Bruguera, Albert Costa, David Ferrer, Juan-Carlos Ferrero, José Higueras, Conchita MartÁ­nez, Carlos Moyá, Manuel Orantes, Tommy Robredo, Arantxa Sánchez-Vicario, Fernando Verdasco, l’Espagne touristique est reine sur terre battue.

Et plus encore si l’on considère que Rafael Nadal, l’actuel numéro un mondial, triomphe sur toutes les surfaces. Rien d’étonnant dès lors à ce que Madrid, candidate malheureuse à l’organisation des Jeux olympiques de 2012, et qui maintient sa candidature pour ceux de 2016, ait voulu se doter d’un stade olympique spécifique au tennis.
À l’issue d’un concours international lancé en 2002, c’est le Français Dominique Perrault qui l’emporte avec une sorte de « boîte magique » multifonctionnelle, puisque au tennis sont juxtaposés le basket, le volley, le hand-ball, et que pourront y être organisés des concerts et des événements de nature festive, culturelle ou commerciale. Un ensemble d’une surface de 100 000 m2 (pour un budget de 120 millions d’euros HT), posé sur un vaste plan d’eau, siège de la Fédération espagnole de tennis et qui constitue le premier jalon de l’aménagement d’un territoire de 16,5 hectares.
Inaugurée par un concert de Lenny Kravitz le 8 mai, au cœur du Parque del Manzanares, à la limite sud-ouest de Madrid, la « Casa Majica » s’est ouverte au tennis du 10 au 17 mai pour l’Open de tennis de Madrid. Une compétition qui fonctionne un peu comme une répétition générale avant les Internationaux de France à Roland-Garros lesquels, eux, ont démarré le 24 mai. L’occasion donc de tester les trois courts majeurs (12 000, 5 000 et 3 000 places), les onze terrains couverts, alignés comme à la parade, et les seize courts extérieurs (dont douze en terre battue). Soit au total trente courts, dix de plus qu’à Garros !

Lanterne magique
Pourquoi la « boîte magique » ? Tout simplement parce que, à l’instar de la boîte de Pandore, le toit s’entrouvre, s’ouvre, disparaît selon les configurations et les saisons (vingt-sept positions possibles), créant ainsi une silhouette changeante. Une boîte tendue d’une maille métallique, comme souvent chez Perrault, sorte d’enceinte légère, filtrante, réfléchissante et opaque le jour, scintillante de lumière, mystérieuse et festive comme une scène de théâtre, la nuit. « Ce qui est amusant, c’est de regarder l’ensemble de biais. Apparaissent soudain une façade ouverte et une façade pleine. C’est alors un drôle de jeu qui se met en place. Un jeu sur le déconstruit en quelque sorte, sur la perméabilité et l’imperméabilité. En réalité, on est face à une boîte à quatre angles droits, mais la maille qui fonctionne comme une housse annule, justement, la boîte, la dématérialise, la dénie en tant qu’objet statique », confie l’architecte.
La transfiguration, si présente dans la pensée et la pratique de Dominique Perrault, trouve ici une fois encore à s’exprimer. D’autant que la nuit, la boîte magique, transmuée en une gigantesque lanterne magique à l’échelle du territoire, exhale alors tout son mystère.
Et, parce que nous sommes à Madrid, on se souvient soudain qu’en 1960, le vieux torero Rafael el Gallo disait : « Un torero est un artiste quand il y a un mystère à dire et qu’il le dit. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°304 du 29 mai 2009, avec le titre suivant : Dominique Perrault à Madrid

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