Vendredi 28 février 2020

Antennes

Course au gigantisme

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 21 janvier 2011 - 578 mots

Pour garder leurs artistes, les galeries augmentent leurs surfaces d’exposition. Une course effrénée qui peut être à double tranchant.

EUROPE/ÉTATS-UNIS - En 2010, les galeries les plus puissantes n’ont cessé de se concurrencer en ouvrant des antennes à l’étranger ou dans leur propre ville. En avril, Thaddaeus Ropac (Paris, Salzbourg) a ouvert à Salzbourg une grande halle de 2 600 m2 destinée aux œuvres monumentales. En septembre, Emmanuel Perrotin (Paris) annexait de nouveaux espaces dans son hôtel particulier de la rue de Turenne, portant l’ensemble à 1 600 m2. Dans le même temps, Sperone Westwater (New York) inaugurait un bâtiment dessiné par Norman Foster dans le quartier de Bowery. En octobre, c’était au tour de Hauser & Wirth (Zurich, Londres) d’asseoir son pouvoir avec un nouvel espace de 1 500 m2 à Savile Row, à Londres. Larry Gagosian, qui a lancé sa neuvième succursale le 15 janvier à Hongkong, avait préalablement inauguré ses antennes parisienne et genevoise l’automne dernier. L&M Arts (New York) a ouvert, en septembre, un espace dédié au premier marché à Los Angeles. The Pace Gallery (New York), enfin, a annoncé son installation prochaine à Londres, tandis que David Zwirner (New York) ouvrira, en 2012, un nouveau lieu de 3 000 m2 sur la 20e rue. Pourquoi une telle course au gigantisme ? « Les artistes réagissent de plus en plus sur des grands espaces, indique Thaddaeus Ropac. C’est la seule façon d’obtenir les grands. Plus vous faites des expositions importantes et spectaculaires, plus les gens viennent. » Depuis l’ouverture de son dernier espace, cinq projets s’y sont succédé avec un certain succès. Mais taille et créativité ne vont pas toujours de pair. « Par peur de perdre les artistes, les galeries se démultiplient. C’est parfois au détriment des expositions qui sont grandes, nombreuses, mais pas forcément de qualité, estime Dominique Levy, copropriétaire de L&M Arts. C’est à double tranchant, car cela crée d’énormes pressions ; il faut avoir tout le temps des expositions et tout le temps vendre. » 

Travailler en réseau
Almine Rech (Paris), qui a ouvert voilà deux ans une très grande galerie à Bruxelles, où elle vit désormais, considère qu’une enseigne européenne n’est pas forcément obligée de se démultiplier en raison du développement des salons. « Les foires sont devenues des succursales temporaires. Si je n’avais pas vécu à Bruxelles, je n’aurais pas forcément ouvert une seconde galerie », confie-t-elle, tout en reconnaissant l’intérêt qu’ont les artistes pour ce second lieu. Certains s’étendent, mais sans souci stratégique. Ainsi Renos Xippas (Paris) ouvrira-t-il en mars un espace à Genève, après ceux d’Athènes et de Montevideo (Uruguay). « Stratégiquement, j’aurais dû plutôt ouvrir à Zurich ou São Paulo, mais j’ai voulu être dans des lieux que je connaissais », indique-t-il. Pour le galeriste berlinois Matthias Arndt, qui à un moment a disposé d’une antenne à Zurich et d’un bureau à New York avant de reconfigurer ses activités, le modèle impérialiste ne vaut que pour une dizaine de gros acteurs. « Avec ce système, mes artistes pouvaient prétendre à une exposition tous les deux ans dans des centres importants, et nous avions plus de stock disponible pour nos collectionneurs et pour les foires. Le revers de la médaille, c’est que j’investissais 80 % de mon temps en gestion de mes différentes filiales, déclare-t-il. Le marché et le monde de l’art ont tellement grossi qu’il n’est pas possible de couvrir le monde entier avec des satellites. Travailler dans un réseau me semble plus important. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°339 du 21 janvier 2011, avec le titre suivant : Course au gigantisme

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