Mardi 11 décembre 2018

Géométrie

Corrélations sans lien

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 15 janvier 2013 - 721 mots

Le Musée des beaux-arts d’Angers met à l’honneur trois artistes ayant entretenu des relations avec la ville, leur plus grand dénominateur commun.

ANGERS - Sur le papier l’initiative apparaît pour le moins hasardeuse, si ce n’est portée par des considérations de politique municipale : le Musée des beaux-arts d’Angers, où l’art contemporain n’est pas la discipline première, consacre une exposition à des artistes trentenaires ayant pour point commun d’avoir entretenu des liens avec la cité. L’institution, qui dispose en sous-sol d’un bel et ample espace très haut de plafond et baigné par un éclairage naturel, a ainsi convié Vincent Mauger et Roman Moriceau, anciens élèves de l’École supérieure des beaux-arts de la ville, ainsi que Raphaël Zarka, qui y fut enseignant pendant quatre ans.

Cette réalité territoriale est-elle suffisante pour établir entre les trois artistes et leurs pratiques une « Corrélation » manifestement souhaitée par le titre de l’exposition ? Rien n’est moins sûr a priori, d’autant que, curieusement la grande salle d’exposition a été divisée en trois espaces dévolus chacun à un artiste, empêchant d’emblée toute conversation directe. Il est vrai que tous les trois avaient obtenu une carte blanche afin de proposer un projet, ce qui, dans un espace commun, aurait éventuellement pu donner lieu à une foire d’empoigne.

Le parcours réserve néanmoins de belles surprises, à commencer par la proposition de Raphaël Zarka dominée par une imposante sculpture de plus de trois mètres de hauteur inspirée par le modèle d’une cheminée de style Tudor, à ceci près que, si l’une des colonnes est torse, l’autre adopte un motif en chevrons. Surtout, ce Second cénotaphe d’Archimède (2012) constitué de 1 400 briques met en exergue deux des domaines de recherche du savant grec : la vis sans fin et le rhombicuboctaèdre – un polygone composé de huit faces triangulaires et dix-huit faces carrées – dont l’artiste s’emploie depuis plusieurs années à traquer les réminiscences dans les formes contemporaines. Une quête qui se poursuit à travers d’autres œuvres exposées, notamment en lien avec le mathématicien Abraham Sharp (1653-1742), lequel inventa une manière de découper les polyèdres, ou le long d’un Catalogue de Rhombes (2010-2012), grande planche regroupant des photographies diverses attestant la présence de ces formes tant dans un ciboire médiéval que sur un monastère chinois du XVIIe siècle ou des ampoules de la marque Philips.

Ordre et désordre
Si Zarka s’attache de façon cohérente à l’interrogation sans fin d’une possible géométrie du monde, Vincent Mauger en prend en quelque sorte le contre-pied. Ses sculptures s’imposent souvent comme des excroissances en expansion, des paysages fragmentés et en mouvement, modulés et reformulés grâce à l’outil informatique sans qu’il soit possible de les circonscrire véritablement. Une grande sculpture (Sans titre, 2012) faite de plaques de stratifié jointes par des entretoises en inox se présente comme un curieux et fascinant objet qui paraît tenir en équilibre précaire, prêt à glisser pour devenir autre chose. L’ordre fait là place au dérèglement, que l’on retrouve dans une série de dessins numériques non dénués d’humour où le quadrillage du papier est perturbé, comme si la ligne devenait folle afin de défier l’ordre et une structure préétablie.

Entre les deux, Roman Moriceau explore lui aussi des territoires et paysages ou objets en possible mutation, mais avec des propositions qualitativement divergentes. Si ses belles sérigraphies de paysages ou de plantes menacées de disparition retiennent l’attention, confinant presque à de la photo sépia alors qu’elles sont réalisées avec de l’huile de vidange, il n’en va pas de même de ce logo Chanel exécuté à l’aide de crottes de mouche et qui tombe à plat (Chic on the wall, 2003-2012). Naïve et simplette apparaît en outre cette commode basique enfermée dans un espace qui, plongé dans le noir, révèle le tracé d’un meuble de style (Commode Louis Confo, 2003). Il est parfois des travaux de jeunesse qu’il est plus judicieux de laisser enfermés dans le placard de ses souvenirs.

CORRÉLATION

Jusqu’au 17 mars, Musée des beaux-arts, 14, rue du Musée, 49100 Angers, tél. 02 41 05 38 00, www.musees.angers.fr, tlj sauf lundi 10h-18h.

Voir la fiche de l'exposition : Corrélation: Raphaël Zarka, Roman Moriceau, Vincent Mauger

Commissariat : Christine Besson, conservatrice en chef au Musée d’Angers ; Christian Dautel, directeur de l’EPCC (établissement public de coopération culturelle) de l’École supérieure des beaux-arts de Tours-Angers-Le Mans

Nombre d’artistes : 3

Nombre d’œuvres : environ 35

Légende photo

Raphaël Zarka, Second Cénotaphe d'Archimède, 2012, briques, vue de l'exposition au Musée des beaux-arts, Angers. © Photo : Musées d'Angers/Pierre David.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°383 du 18 janvier 2013, avec le titre suivant : Corrélations sans lien

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