Mercredi 21 octobre 2020

Moscou

Construction durable pour expositions temporaires

Par Isabelle Spicer (Correspondante à Berlin) · Le Journal des Arts

Le 27 novembre 2012 - 762 mots

Avant d’emménager définitivement dans un bâtiment conçu par l’agence OMA, le Centre d’art contemporain de Moscou de Dasha Zhukova a rouvert ses portes dans un pavillon provisoire en carton signé Shigeru Ban.

MOSCOU (RUSSIE) - Lorsqu’on évoque le parc Gorki de Moscou (Russie), on pense immédiatement au film d’espionnage Gorky Park, inspiré par le roman du même nom de Martin Cruz Smith. Pour les Moscovites, ce parc représentait pourtant tout autre chose, bien loin des clichés de la guerre froide. Il s’agissait avant tout d’un parc d’amusement, où on flânait l’hiver en patins à glace dans les allées gelées. Mais la fin de l’Union soviétique a marqué une dégradation progressive du parc, au milieu d’attractions foraines décrépies.

C’est dans cet endroit en plein cœur de Moscou que s’installera le Centre d’art contemporain le Garage de Dasha Zhukova. Son compagnon, l’oligarque Roman Abramovich, s’est engagé de son côté à revivifier le parc Gorki. Le Garage était auparavant hébergé dans un ancien entrepôt de bus. Il avait ouvert ses portes en 2008 avec une exposition d’Ilya et Emilia Kabakov, et avait fait sensation en exposant Mark Rothko pour la première fois en Russie. L’objectif affiché de Dasha Zhukova est de familiariser la société russe avec l’art contemporain étranger, après des décennies d’isolement de celle-ci pendant la période soviétique.

La version 2.0 du Garage dans le parc Gorki ne sera complétée que fin 2013, lorsque le bâtiment quatre saisons aura été rénové. L’agence d’architecture OMA de Rem Koolhaas est chargée de cette mission et s’efforcera de préserver le bâtiment historique. La mosaïque d’origine sera notamment conservée, et les œuvres ne seront pas exposées sur un support blanc mais sur cette mosaïque d’origine, afin de créer une conversation entre le passé et le présent. Un second bâtiment de cet immense parc d’1,2 km2, l’ « Hexagone », seul survivant de l’exposition agricole de 1923, devrait également être occupé par le Garage, mais les discussions sont toujours en cours avec la mairie de Moscou.

Une structure temporaire mais solide
Afin de patienter jusqu’à fin 2013, Dasha Zhukova a commandé un bâtiment provisoire à l’architecte japonais Shigeru Ban. Celui-ci est spécialisé dans la construction d’œuvres temporaires et écologiques, notamment dans les zones sinistrées. Le matériau de construction privilégié de Ban est le papier, et il ne déroge pas à la tradition pour le bâtiment du Garage, qui est assis sur des colonnes faites de carton provenant de la région de Saint-Pétersbourg.

Ce bâtiment en carton survivra-t-il à l’hiver rigoureux de Moscou, qui avait démarré très fort en ce jour de novembre avec un mélange de neige, pluie et grêle ? « Nous verrons », répond avec un fatalisme tout russe le jeune cocommissaire de la première exposition du Garage dans ces locaux temporaires, Andreï Misianov, avant de souligner qu’un bâtiment de Ban conçu pour durer trois ans avait finalement pu être utilisé pendant plus de dix ans.

La première exposition dans ce centre provisoire a ouvert fin octobre et se consacre aux bâtiments temporaires du parc Gorki, depuis l’exposition agricole de 1923 jusqu’aux bâtiments conçus pendant la Seconde Guerre mondiale à des fins de propagande soviétique antinazie. Fait rare, l’exposition a été entièrement réalisée par le Garage même, alors qu’habituellement le centre importe des expositions de l’étranger. La scénographie est particulièrement réussie, les pièces d’expositions étant mises en valeur grâce à des tables et lampes d’architecte. Malheureusement les maquettes exposées sont des reproductions, le bâtiment ne présentant pas les conditions muséales requises pour assurer la conservation des maquettes d’origine. Parmi les pièces majeures de l’exposition figurent notamment des photos du parc Gorki dans les années 1930 par l’artiste constructiviste Alexandre Rodtchenko. Sur une de ces photos, on aperçoit le bâtiment d’origine de la Cathédrale du Christ-Saint-Sauveur, qui avait été détruite par Staline avant d’être reconstruite à l’identique à l’initiative du maire de Moscou Iouri Loujkov. C’est dans cette église que les Pussy Riot ont réalisé la performance qui a valu à deux de ses membres deux ans d’internement dans un camp. Pourrait-on imaginer une exposition des Pussy Riot au Garage ? « Le Garage n’est pas spécialisé dans l’art politique », précise Andreï Misianov. « Mais si un curateur invité souhaitait montrer leur travail, nous n’y verrions pas d’objection. »

Après cette exposition qui dure jusqu’au 9 décembre, le Garage se transformera en centre éducatif sur l’art contemporain pour enfants et adultes. Courant 2013, le bâtiment accueillera également une exposition de l’inclassable  Jean-Paul Goude. En parallèle, Dasha Zhukova travaille avec Roman Abramovich sur un projet de réhabilitation de l’île Nouvelle Hollande à Saint-Pétersbourg, comprenant un nouveau centre d’art contemporain.

Légende photo

La structure provisoire du centre d'art contemporain Le Garage, à Moscou, architecte : Shigeru Ban. © Shigeru Ban.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°380 du 30 novembre 2012, avec le titre suivant : Construction durable pour expositions temporaires

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