Hommage

Chen Zhen au Palais de Tokyo

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 7 novembre 2003 - 478 mots

L’institution parisienne consacre une expositionà l’artiste chinois décédé en 2000.

 PARIS - Créé en 1998 par Chen Zhen dans le cadre de l’exposition « Cities on the Move » (capcMusée d’art contemporain de Bordeaux), Precipitous Parturition est un monstre aussi fascinant que le phénomène dont il tire sa forme. Avec son corps de 25 m de chambres à air, rempli de voitures miniatures, et sa tête composée de vélos encastrés, ce dragon de récupération sort des entrailles de l’urbanité asiatique. Suspendue au plafond du Palais de Tokyo, la bête se nourrit de quelques-unes des réflexions de l’œuvre de Chen Zhen.
Né en Shanghaï en 1955, décédé en 2000 à Paris, où il résidait depuis 1986, l’artiste situait sa pratique dans l’observation des interactions entre l’homme, la nature et de la consommation. La rétrospective que lui consacre l’institution parisienne montre que ces trois composantes sont à comprendre dans l’ensemble de leurs relations, à travers l’urbanisation mais également les flux migratoires, la situation de l’étranger, l’adaptation de certains modèles séculaires à une expérience contemporaine, ou pour d’autres leur persistance.
Sous les branches de bambou de Fu Dao/Fu Dao, Upside-down Buddha/Arrival at Good Fortune (1997), tout cela est emmêlé. Reprenant l’architecture d’un temple, la structure de feuillage abrite un dépotoir consumériste d’où pendent des figurines de bouddhas têtes en bas. Avec cette lévitation inversée, la collusion se fait sans heurt entre une spiritualité et une situation de trop-plein matériel. Dans un contexte occidental, cette réconciliation de phénomènes antinomiques, caractéristique de l’œuvre de Chen Zhen, apôtre d’un exil permanent, fascine. À l’inverse, l’aspect chamanique de son travail, avec ses rites et son recours à la médecine traditionnelle chinoise, peut agacer, même s’il émane d’une réalité biographique, l’artiste souffrant d’une forme incurable d’anémie. « Cela fait longtemps que ma maladie influence ma vie professionnelle, écrivait-il. Mon combat quotidien contre la maladie m’a donné une telle énergie que cette expérience s’est transformée en une force créatrice bénéfique. Les soins, le traitement, la thérapie, la purification, la méditation..., toutes ces préoccupations quotidiennes sont devenues mon univers, au sein duquel art et vie se nourrissent mutuellement. »
Regroupant une dizaine d’œuvres, l’accrochage du Palais de Tokyo prouve toutefois que ces préoccupations ont trouvé dans la sculpture une résolution toujours vibrante. Capharnaüm recouvert d’une couche d’argile, Field of Purification (1995) conserve l’intensité d’un geste simultanément thérapeutique et plastique, tandis que le « mobilier percussion » de The Last Song (1998) est une vaste caisse de résonance physique. Quant à Black Broom (2000), balai géant terminé de tuyaux de transfusion et seringues hypodermiques, il dépasse largement sa signification première, orientée vers la purification, pour rejoindre le panthéon cruel des objets surréalistes.

CHEN ZHEN, SILENCE SONORE, jusqu’au 18 janvier, Palais de Tokyo, Site de création contemporaine, 13 avenue du Président Wilson, 75116 Paris, tél. 01 47 23 54 01, www.palaisdetokyo.com ; et aussi PIERRE JOSEPH, ACTION RESTREINTE, jusqu’au 23 novembre.

Chen Zhen, biographie et écrits

Parallèlement à la rétrospective Chen Zhen, les éditions italiennes Gli Ori publient un épais ouvrage (en français, anglais et italien) consacré à l’artiste. À mi-chemin entre le catalogue et le recueil de témoignages, le livre fait une large part à la biographie de l’artiste. Dans le même temps, Jérôme Sans, codirecteur du Palais de Tokyo et proche de l’artiste, a coordonné avec les Presses du Réel une anthologie des entretiens de l’artiste. Chen Zhen, Invocation of Washing Fire, éditions Gli Ori, 460 p., 75 euros. ISBN 88-7336-078-5. Chen Zhen, entretiens, Presses du Réel, 288 p., 14 euros. ISBN 2-84066-099-7.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°180 du 7 novembre 2003, avec le titre suivant : Chen Zhen au Palais de Tokyo

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