Artindex France 2016

Par Pauline Vidal · Le Journal des Arts

Le 30 mars 2016 - 1515 mots

Les artistes à la renommée installée monopolisent toujours le haut du classement. Les récompenses favorisent la visibilité. La jeune garde enregistre de fortes évolutions.

Que nous révèle l’Artindex France de cette année ? À regarder les artistes du top 10, rien de vraiment nouveau sous le soleil par rapport à 2015 ! Plus on est connu, plus on expose et plus on expose, plus on est connu. Ce cercle vertueux fige les positions, trahit une certaine frilosité de la part des acteurs du monde de l’art, ou tout le moins une tendance à ne pas aller dans les marges pour chercher des artistes inconnus ou moins connus. Serait-ce là le reflet des conséquences de la globalisation qui s’accompagne d’une uniformisation ?

Le quatuor gagnant reste donc identique à celui de l’an dernier. Propulsé par la Biennale de Venise en 2013, le jeune artiste d’origine albanaise, Anri Sala, maintient sa pole position. Très discret en France et sur le marché de l’art, on l’a plutôt croisé ces dernières années dans les institutions et les biennales à l’étranger. Bien qu’il n’ait pas beaucoup exposé en 2015 au regard des autres artistes en tête du palmarès (une trentaine d’expositions), cette tendance se confirme : on le retrouve à Berlin, Londres, Barcelone, Bogota, Taipei… Plus présent sur le marché, François Morellet conserve la deuxième place. Avec un nombre record d’expositions en 2015 (une quarantaine, dont une au MAC/VAL de Vitry-sur-Seine, à la Fondation d’art de Sharjah et au MCA de Sydney), il remporte la palme de l’artiste français le plus exposé cette année. Suivent en 3e et 4e positions, deux autres figures « historiques », habituées du Centre Pompidou, qui ont chacune eut droit à une invitation à Monumenta. À savoir Christian Boltanski, qui, à l’instar de Sala, est plus présent dans les institutions et les biennales que sur le marché. C’est d’ailleurs l’artiste français qui aurait participé, depuis ses débuts, au plus grand nombre de biennales (34 au total). En 2015, on note sa présence à la Biennale de Venise, ainsi qu’en Belgique qui lui consacre une grande exposition au Mac’s du Grand-Hornu, dans le cadre de Mons 2015. Suit ensuite, Daniel Buren qui a bénéficié de 23 expositions au total en 2015 en France et dans le monde (notamment à la Biennale de Janeiro).

Un top 10 bien ancré
La suite du top 10 ne varie guère plus. Et quand variations il y a, elles sont de très faible amplitude. Le tout jeune collectif Claire Fontaine (formé en 2004) gagne une place pour occuper la 5e position, tandis que Sophie Calle passe de la 5e à la 6e position. Pierre Huyghe, invité l’an dernier au Metropolitan Museum de New York, conserve sa 7e position. Kader Attia, exposé dans de nombreuses expositions collectives en 2015 (notamment au Guggenheim de Bilbao ou à la Biennale de Lyon), fait son entrée dans le top 10 en passant de la 11e à la 8e place. Et Mircea Cantor se maintient au 9e rang, devançant le jeune Cyprien Gaillard qui passe de la 8e à la 10e place. Il ne nous échappera pas que la plupart de ces artistes sont soutenus par de grosses galeries internationales comme Marian Goodman, David Zwirner, Hauser and Wirth, la Galerie Continua (Italie) ou encore Paula Cooper (USA), la Dvir Gallery (Tel Aviv), Kamel Mennour (France), Xavier Hufkens (Belgique)… que l’on retrouve sur les plus grandes foires du monde et qui jouent souvent le rôle de producteurs.

Un peu plus loin dans le classement, on rencontre des figures plus « historiques » (des artistes nés avant 1950), tels que Erró (23e), grand nom de la Figuration narrative qui bénéficie depuis quelques années d’un coup de projecteur, Bertrand Lavier (28e), Sarkîs (29e) qui représentait le pavillon turc lors de la dernière Biennale de Venise, Carlos Cruz-Diez (30e) un des chantres de l’art cinétique, ou encore Niele Toroni (35e). Mais ces artistes sont devancés par toute une génération de quadragénaires, souvent pourvue d’une double culture, qui confirme cette année encore, sa progression. On peut citer Adel Abdessemed au 13e rang, Mounir Fatmi au 14e rang, Yto Barrada au 15e rang ou Saâdane Afif au 20e rang. Le trio Pierre Huyghe, Philippe Parreno, Dominique Gonzalez-Foerster, célébré dernièrement au sein d’une exposition collection au Centre Pompidou de Metz, en plus d’un solo show à Paris, conserve aussi une très bonne visibilité en France et à l’étranger.

Les récompenses dopent les carrières
La participation des artistes aux biennales, et en particulier à la Biennale de Venise, joue incontestablement un rôle déterminant dans leur bon positionnement dans l’Artindex. Ces manifestations sont l’occasion de rassembler commissaires, conservateurs de musées, galeristes, art advisors, etc. qui trouvent là des inspirations pour leur programmation. Anri Sala, Christian Boltanski, Daniel Buren, Sophie Calle, Pierre Huyghe mais aussi Annette Messager (18e), Claude Lévêque (37e), Fabrice Hyber (41e), Huang Yongping (48e), Jean-Marc Bustamante (50e), tous ont été des représentants de la France lors d’une Biennale de Venise et se positionnent dans le top 50 de l’Artindex France. Ils sont rejoints cette année par Céleste Boursier-Mougenot qui représentait la France en 2015 et gagne ainsi 25 places, en passant à la 45e position. Autre facteur clé : les récompenses comme le prix Marcel Duchamp créé par l’Adiaf ou le prix de la Fondation Ricard, imaginé par la fondation éponyme, qui favorisent la visibilité et la reconnaissance de nouvelles générations d’artistes. Les anciens lauréats du prix Duchamp comme Mircea Cantor, Cyprien Gaillard, Dominique Gonzalez-Foerster, Sâadane Afif, Latifa Echakhch (21e), Tatiana Trouvé (22e), Mathieu Mercier (24e), Laurent Grasso (25e) occupent le haut du palmarès d’Artindex France. Sans oublier Julien Prévieux, lauréat en 2014, qui gagne cette année 39 places et accède à la 56e position, ou encore Melik Ohanian, lauréat en 2015, qui se hisse à la 77e place ( 5 places).

Jeunes artistes
Mais les plus fortes progressions dans le classement ont lieu bien plus bas (vers la 400e place) et concernent des artistes quadragénaires ou trentenaires. Le record revient cette année au jeune Hicham Berrada qu’on a pu voir lors de la dernière Biennale de Lyon, et qui progresse de 925 places, passant du 1315e au 390e rang. Le très discret Patrick Bernier, qui intervient régulièrement avec Olive Martin, gagne 876 places, et occupe la 394e position. Ce duo d’artistes nantais fut l’invité de l’artiste belge Vincent Meessen au sein du pavillon belge à Venise. Liisa Roberts (397e) qui gagne 767 places et Eva Jospin (410e) qui en gagne 292, ont également toutes deux été exposées à Venise l’an dernier, lors de la Biennale. Autre très importante progression, celle de la jeune Mélanie Matranga qui a bénéficié en 2015 de sa première exposition personnelle au Palais de Tokyo (elle gagne 446 places et occupe le 436e rang), ou encore celle de Moussa Sarr, très remarqué lors de la Fiac 2015 et dont tout un ensemble d’œuvres aurait été acquis par François Pinault.

Jeune peinture française
La jeune peinture française a également le vent en poupe et enregistre de très belles progressions. Claire Tabouret gagne 150 places (elle passe à la 294e position), Mathieu Cherkit 144 places (il passe à la 423e position), Eva Nielsen 138 places (elle passe à la 403e position), Lionel Sabatté 133 places (il passe à la 324e position), Romain Bernini 131 places (il passe à la 459e position), Farah Atassi 72 places (elle passe à la 238e position).

Artistes femmes
On retrouve là un certain nombre de jeunes femmes qui enregistraient déjà l’an dernier une montée, et confirment donc leur ascension malgré l’absence criante de parité au sein du palmarès (le top 50 compte seulement quinze femmes). Citons aussi des artistes femmes pluridisciplinaires comme Laure Prouvost (27e) lancée par la récompense du Turner Prize, qui gagne vingt-deux places, Camille Henrot (16e) récompensée par le lion d’or de Venise, qui gagne 15 places, ou Lili Reynaud Dewar (34e), prix Ricard 2013, qui gagne huit places. Plus bas dans le palmarès, Emmanuelle Lainé (160e) qui a présenté une installation inédite lors de la dernière biennale de Lyon, enregistre une progression spectaculaire de 105 places.

Le classement Artindex France 2016

Le classement complet des 4 000 artistes contemporains vivants de la scène française

Artindex France 2016

1 à 999
1 000 à 2 007
2 000 à 2 999
3 007 à 4 000

Méthodologie

Artindex est un classement de visibilité qui repose sur les expositions auxquelles participent les artistes. Les données sont fournies par notre partenaire Artfacts.net, dirigé par son fondateur Marek Claassen qui administre une base d’artistes, de lieux et d’expositions. Chaque exposition des artistes est créditée d’un certain nombre de points qui dépendent de l’importance des lieux qui peuvent être des musées, biennales ou galeries, du format de l’exposition (collective ou individuelle) et de son ancienneté. Les expositions récentes ont plus de points que les expositions passées. Il se peut que des expositions ne soient pas enregistrées par Artfacts.net. Il est conseillé aux artistes et à leur galerie de les communiquer directement sur internet à www.artfacts.net. Afin de faciliter la lecture des évolutions dans les tableaux, nous avons changé les signes : 15 signifie qu’un artiste gagne 15 places et -15 qu’il perd 15 places.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°454 du 1 avril 2016, avec le titre suivant : Artindex France 2016

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