Carte blanche à...

Antonio SeguÁ­

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 juillet 2005 - 374 mots

Même s’il est caricatural, le petit homme d’Antonio Seguí n’en est pas moins d’une élégance tout argentine. Rien de plus normal puisque son auteur est originaire de Córdoba, qu’il y est né voilà plus de soixante-dix ans et que, s’il vit à Arcueil depuis une quarantaine d’années, il ne cesse d’aller et venir entre les deux continents. Issu tant de la bande dessinée que de la caricature politique, très vive en Argentine à l’époque où le jeune Seguí faisait ses classes artistiques, son art doit encore à un intérêt jamais démenti pour l’expressionnisme allemand et une passion sans frein pour l’illustration. Chez Otto Dix, George Grosz et Max Beckmann, Seguí apprécie la qualité du trait, la force d’expressivité et l’extrême économie de moyens. Sans toutefois accorder le primat au dessin sur la couleur, l’artiste affectionne quasiment toutes les techniques graphiques – fusain, craie de couleur, pastel… – et pratique avec un égal plaisir les différents arts de l’estampe : la lithographie, la gravure sur cuivre ou le Carborundum, une technique qui utilise de la poudre de carbure de silicium mélangé à des vernis ou des résines. En fait, Seguí est passé maître dans l’art de réaliser toutes les osmoses possibles entre le dessin et la couleur, usant de l’un comme de l’autre pour mêler ou distinguer le fond et la forme. Il en est ainsi de cette carte blanche, réalisée sur un papier buvard Canson qui a vécu et accumulé toutes sortes d’expériences d’atelier et en surface duquel l’artiste a tracé ces deux figures animale et humaine. À l’instar de sa dernière série, intitulée Parcs et Jardins, faite sur papier journal marouflé sur toile, ponctuée de couleurs vives puis recouvertes de figures dessinées. Qu’il s’agisse du support ou du médium, Antonio Seguí ne cache pas son amour de la matière. Il aime le côté brut du fusain, la sensualité du pastel ou la luminosité de la peinture ; il aime palper un papier, caresser la belle patine d’un bois africain ou éprouver la transparence minérale d’une pièce précolombienne. Seguí est un homme enjoué et raffiné, simple et cultivé, à l’image même de son art.

« Antonio SeguÁ­ », PARIS (75), Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, galerie d’art graphique, IVe, tél. 01 44 78 12 33, 15 juin-10 octobre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°571 du 1 juillet 2005, avec le titre suivant : Antonio SeguÁ­

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