Mercredi 21 février 2018

Cranach contesté : l’enquête s’étend en Italie

Par Vincent Noce · lejournaldesarts.fr

Le 27 mai 2016

PARIS [27.05.16] - L’enquête ayant conduit à la saisie de la Vénus au voile du prince de Liechtenstein prend une nouvelle dimension avec des perquisitions et saisies dans le nord de l’Italie. La liste des oeuvres s’allonge.

L’instruction ouverte à Paris sur les soupçons d’un vaste trafic en Europe de faux tableaux, qui a conduit à la saisie le 1er mars 2016 à Aix-en-Provence de la Vénus au voile attribuée à Cranach du prince de Liechtenstein, s’étend désormais à l’Italie.

Fin avril, une quinzaine d’agents de l’Office central pour la lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC) et de la Guardia di Finanza ont débarqué près de Parme dans le domaine de Giulano Ruffini, le précédent propriétaire de la Vénus. Dans une interview au Journal des arts, il s’était présenté comme un collectionneur ayant eu la chance de trouver et de vendre de nombreuses peintures, dont certaines ont été déclarées de la main de grands maîtres par les experts, conservateurs et marchands. Il nous a aussi indiqué être l’objet d’une enquête fiscale en Italie, qui viserait également son fils, Mathieu.

Selon son avocat parisien, Me Philippe Scarzella, Giulano Ruffini s’est vu saisir des documents et des peintures, dont il compte bien réclamer la restitution. « Les mêmes pièces avaient été saisies dans le cadre de l’enquête fiscale en février, et ont dû être rendues après que le tribunal de Reggio di Emilia en a annulé la saisie », s’étonne-t-il.

Les enquêteurs ne se sont pas arrêtés en si bon chemin, puisqu’ils se sont rendus le 1er mai à Trévise pour saisir un Saint Françoise d’Assise, peint sur cuivre, dans une exposition sur le Greco. Cette oeuvre appartient à un peintre local, ami de Giulano Ruffini. Son avocate romaine, Tatiana Minciarelli, s’est dite « stupéfaite » par cette saisie d’une « oeuvre parfaitement authentique, qui a été authentifiée comme étant du Greco par plusieurs experts, dont Lionello Puppi », l’organisateur de l’exposition, à Ca’ dei Carraresi. Elle compte s’opposer à son transfert à Paris pour en obtenir elle aussi la restitution.

« Nous croyons comprendre que la juge Aude Burési serait à la recherche d’un atelier clandestin où seraient fabriqués de faux tableaux, confie Me Scarzella, mais, à ma connaissance, rien ne permet de dire aujourd’hui que les tableaux de M. Ruffini sont faux ». Il souligne ainsi que son client n’a été ni inculpé, ni même entendu, par la Justice française ou italienne.

L’enquête prend donc une nouvelle ampleur. Le Saint François pourrait rejoindre au laboratoire de recherche des musées de France la Vénus au voile du Liechtenstein. Selon nos informations, la Justice aurait par ailleurs également mis la main sur une scène de carnaval donnée à Bruegel, un Ecce homo attribué à Solario et un dessin de Schongauer.

Légende photo

Le tableau contesté de Lucas Cranach (1472-1553), Vénus au voile (datée 1531) - Huile sur bois - 38,7 x 24,5 cm - Liechtenstein. The Princely Collections, Vaduz–Vienna © LIECHTENSTEIN. The Princely Collections, Vaduz–Vienna - Entré dans les collections en 2013 et acquis par le prince Hans-Adam II.

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