Vendredi 16 novembre 2018

Claude Aguttes va inventorier et organiser la vente des collections Aristophil

Par Vincent Noce · lejournaldesarts.fr

Le 16 mars 2017 - 678 mots

PARIS [16.03.17] - L’affaire Aristophil entre dans une nouvelle étape, qui doit aboutir à la vente du plus important stock de manuscrits jamais apparu sur le marché. Le commissaire-priseur Claude Aguttes a été chargé d’inventorier l’ensemble des collections et de coordonner les ventes.

Le fonds considérable de manuscrits hérité de la faillite de la société Aristophil, suite à la mise en examen de ses dirigeants pour escroquerie, va revenir sur le marché. Ce jeudi 16 mars, le tribunal de grande instance de Paris doit rendre une décision qui devrait permettre à l’administrateur des collections, Me Pascal Hotte, de mettre en oeuvre le processus de tri et de gestion qui a été confié au commissaire-priseur Claude Aguttes.

Sous l’autorité du tribunal de commerce, celui-ci s’est déjà occupé du transfert et de la mise en sécurité de cet ensemble d’environ 130 000 pièces, qui compte des trésors comme le rouleau des 120 jours de Sodome, écrit en minuscules caractères par Sade à la Bastille, le manifeste du surréalisme, des ouvrages de la main de Balzac, de Flaubert ou de Gary, des partitions rédigées par Mozart, Beethoven ou Chopin, des lettres d’amour de Napoléon, des algorithmes échangés par Einstein, des livres enluminés carolingiens ou des manuscrits de la Mer Morte... Le stock a été déménagé du garde-meubles par convois sous escorte de la gendarmerie pour être placé dans des salles sécurisées, sous contrôle d’huissier.

L’audience au palais de Justice le 11 février avait des allures de ballets de robes noires, une douzaine d’avocats représentant les mandataires judiciaires ainsi que les parties civiles ayant déposé une centaine de pages de conclusions. Tous ont approuvé le choix de Claude Aguttes comme pilote de l’opération. Celui-ci, qui se partage entre son siège à Neuilly-sur-Seine et l’hôtel Drouot, prend donc en charge l’inventaire, la garde et l’assurance des collections, jusqu’à leur mise en vente, un processus qui pourra s’étaler sur « au moins de six à dix ans », selon les mots du liquidateur d’Aristophil, Me Bernard Corre. Assisté d’un collège d’experts, le commissaire-priseur se voit aussi confier une mission de « coordination des ventes », qu’il aura à répartir avec ses collègues et avec Drouot.

La décision finale cependant restera aux 18 000 propriétaires, qui ont acheté ces manuscrits à Aristophil. La plupart ont investi dans des parts de 54 collections séparées par thèmes, qui ont fait l’objet de plus de 26 000 contrats. La société a aussi cédé de petits ensembles en pleine propriété, qui représentent 4 500 contrats. La plupart des acquéreurs, comme il a été rappelé au tribunal, sont des épargnants de province, attirés par l’espoir d’un bénéfice d’au moins 8 % par an, les avantages fiscaux et la facilité de transmission à leurs enfants. La moyenne de l’investissement des indivisaires se monte ainsi à 30 000 euros.

L’ensemble leur a été vendu pour plus de 850 millions d’euros, sa valeur aujourd’hui sur le marché étant sujette à des controverses passionnées. Le liquidateur a cependant précisé que tout serait fait pour éviter un effondrement des cours qu’entraînerait un apport massif et brutal sur le marché. Le fondateur d’Aristophil, Gérard Lhéritier, ne manquera pas de suivre les opérations de près, alors que, selon le parquet, l’instruction à son encontre devrait se terminer dans le courant de cette année.

Le TGI a dû aussi démêler un imbroglio qui avait bloqué le processus de liquidation de la société. Chargé des collections, Me Hotte a en effet remplacé Me Monique Legrand, qui avait suscité un beau tollé en confiant leur sort à une société appelée Patrimoine Écrit, émanant d’une association d’investisseurs et d’anciens courtiers. Avant son départ, Me Legrand avait signé un contrat avec cette société, en faisant fi des protestations du parquet et des associations de victimes, qui dénoncent sa proximité supposée avec la famille Lhéritier. Il a donc été demandé au tribunal d’acter ou à défaut de prononcer la résiliation de ce contrat. Patrimoine Ecrit, qui conteste les reproches à son égard, a cependant réclamé de continuer à être associé au processus et de pouvoir accéder à la conduite des opérations à venir.

Légende photo

Claude Aguttes © Christophe Beauregard pour L'oeil

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