Mercredi 19 décembre 2018

Champion Métadier

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 décembre 2000 - 506 mots

Depuis la présentation de ses œuvres new-yorkaises à la galerie Montenay-Giroux à Paris, on a croisé Isabelle Champion Métadier au Musée des Beaux-Arts de Tours et à l’Abbaye Saint-André de Meymac. Chaque fois s’impose un même choc devant ses toiles où la couleur éclate jusqu’aux extrémités d’une fusion.

Mais qu’est-ce qui a bien pu motiver Isabelle Champion Métadier à s’installer à New York depuis 1996 ? Tout allait bien pour elle : un superbe atelier entre Beaubourg et République, une galerie à Paris et une peinture de plus en plus considérée par la critique... Bref, une situation plutôt confortable. C’était là justement que le bât blessait. Pour travailler, Isabelle Champion Métadier a besoin d’être mise à l’épreuve et rien ne l’angoisse plus que l’idée de confort. À New York, l’artiste est allée au devant d’une remise en question, d’un danger et d’une incertitude.
Cette décision, elle l’a prise en toute connaissance de cause, impatiente d’être confrontée à de nouvelles situations et, depuis quatre ans qu’elle ne cesse d’aller et venir de-ci et de-là de chaque côté de l’Atlantique, force est de constater qu’Isabelle Champion Métadier vit une perpétuelle renaissance. Il suffit d’entrer dans son atelier et de découvrir ses dernières toiles. Elles vous explosent littéralement au regard, clamant l’urgence et requérant des tonnes d’énergie. Ce qui excite l’artiste est de ne pas savoir de quoi demain sera fait. Rares sont les artistes qui adoptent une telle attitude. Il faut donc prendre son temps devant l’œuvre de Champion Métadier. Ses tableaux sont là pour le dire : tout s’y passe dans la surprise des événements que revendiquent les matériaux employés et, de son propre aveu, elle n’a jamais vécu avec une telle intensité l’idée de vide, de tension et de rythme. Simplement disposée dans l’atelier, sans aucune afféterie d’accrochage, la dernière livraison d’Isabelle Champion Métadier impose une fulgurance, sinon une fusion. Elle clame une identité alchimiste qui la renvoie non seulement à l’ordre d’une expérimentation et d’une prise de risque aveugle mais à celui – ô combien plus subtil ! – d’une régénération du pictural. Comme si l’artiste voulait une bonne fois pour toutes clouer le bec aux prétendus fossoyeurs de la peinture qui s’empressent d’immoler celle-ci sur l’autel des technologies nouvelles. Quelque chose d’une effluve florale qui n’est pas sans faire penser à la sensuelle et merveilleuse Georgia O’Keeffe, suggestion érotique oblige ! Les dernières peintures new-yorkaises d’Isabelle Champion Métadier ont cette étonnante faculté d’inviter tant à la découverte d’un devenir de la peinture qu’à sa résolution la plus archaïque. Et c’est dans cet entre-deux, partagé entre une vieille histoire et une irrésistible promesse que l’art de cette artiste trouve sa place. Tour à tour physiques, ludiques, formalistes et référentielles, ses peintures qui semblent surgir de régions très enfouies ouvrent l’espace et font littéralement éclater la couleur jusqu’aux extrémités d’une fusion. En fait, elles participent d’une implosion proprement joyeuse qui vise à chanter la vie, comme si tous les efforts de la création n’étaient jamais qu’au service d’une illumination.

- MEYMAC, Abbaye Saint-André, jusqu’au 18 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°522 du 1 décembre 2000, avec le titre suivant : Champion Métadier

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