Dimanche 8 décembre 2019

Martigny (Suisse)

Cette canaille de Toulouse-Lautrec

Fondation Pierre Gianadda - Jusqu’au 10 juin 2018

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 22 février 2018 - 419 mots

Alignées tel un trombinoscope endiablé sur les murs sombres de la Fondation Pierre Gianadda, plus d’une centaine d’estampes et affiches émanant d’une collection privée nous immergent dans l’univers canaille de Toulouse-Lautrec.

L’artiste naît à Albi dans une famille de la noblesse provinciale. Très tôt, il adore dessiner. Il étudie dans l’atelier de Bonnat et de Cormon et se lie d’amitié avec Émile Bernard, Van Gogh, puis les nabis. Mais l’admiration qu’il porte à Degas est son révélateur. À son exemple, il accorde la priorité à la force expressive du dessin et à la hardiesse des plans, et c’est encore à Degas qu’il doit son sens aigu de l’observation des mœurs parisiennes. Il est toutefois moins cruel, son physique contrefait l’inclinant à l’empathie.

Installé à Montmartre en 1882, il découvre la folle vie nocturne avec ses beuglants, ses maisons closes, ses cabarets, ses cafés-concerts. Noceur inlassable, il va chaque soir d’un music-hall à l’autre en passant du Moulin rouge au Chat noir, du Mirliton aux Ambassadeurs où se produit son ami Aristide Bruant. Il immortalisera le chansonnier en le représentant sur scène ou seul, paré des accessoires qui deviendront des signes reconnus par tous : son écharpe rouge, sa cape, son chapeau et sa canne.

Grisé de vapeurs d’alcool, Lautrec dessine partout et n’importe où, il scrute danseuses et chanteuses sur scène ou dans les loges, observe les spectateurs, étudie la lumière artificielle qui modèle de façon arbitraire. Il croque la Goulue, reine du french cancan, saisie en mouvement avec son partenaire Valentin le désossé. Lorsque Jane Avril se produit au Jardin de Paris, c’est lui naturellement qui fait l’affiche. Le mouvement de la danseuse « telle une orchidée en délire », souligné par le motif de la contrebasse au premier plan, emprunte aux maîtres japonais, Hokusaï et surtout Utamaro, peintre des scènes de courtisanes. Il la dessine encore au Divan japonais, cette fois en femme du monde, regardant le spectacle d’Yvette Guilbert dont il immortalisera le nez pointu et les longs gants noirs.

Certaines de ses affiches évoquent les peintures nabi : on est frappé par la proximité de Reine de joie avec les intérieurs de Vallotton. Ces créatures ne sont que quelques-uns des nombreux personnages rendus célèbres par Toulouse-Lautrec qui sont donnés à voir dans le cadre de cette exposition. Celle-ci démontre, au regard de ces feuilles « spectaculaires », que Lautrec fut l’un des meilleurs caricaturistes et chroniqueurs de son temps.

INFORMATIONS

« Toulouse-Lautrec à la Belle Époque. French cancans »,
Fondation Pierre Gianadda, rue du Forum 59, Martigny (Suisse), www.gianadda.ch

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°710 du 1 mars 2018, avec le titre suivant : Cette canaille de Toulouse-Lautrec

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