Profession

Mosaïste

Le Journal des Arts

Le 28 septembre 2007

Vieille de 7 000 ans, la technique de la mosaïque est toujours utilisée pour l’ornementation de l’habitat, mais est également devenue l’écriture privilégiée de nombreux artistes.

La mosaïque a ses amateurs passionnés. En France, c’est l’association Aime comme mosaïque à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) qui est son meilleur fer de lance. Chaque été, celle-ci organise une exposition réunissant les mosaïstes les plus virtuoses, et propose au long de l’année une quarantaine de modules de formation destinés aux amateurs et aux professionnels. « Pour l’instant, nous ne sommes pas diplômants, explique Pierre Brasseur, le président de l’association. Mais nous espérons pouvoir développer un centre de création et de formation européen consacré à la mosaïque dans les prochaines années, car les deux écoles principales sont situées en Italie, à Ravenne et au Frioul. »
C’est principalement dans l’ornementation de l’habitat qu’est envisagée de prime abord la mosaïque. Karin Ljunghorn, qui a récemment reçu le titre de Meilleur Ouvrier de France, dirige avec son époux l’atelier K. O. Mosaïque (Issy-les-Moulineaux), où la majeure partie de la production est destinée à la décoration. « Nous ne travaillons que dans l’atelier, précise-t-elle. Nous livrons à nos clients une composition qui est prête à être posée par un carreleur. Nous utilisons surtout des matières préindustrielles, des petites tesselles moulées en pâte de verre ou en grès cérame, qui nous permettent d’avoir des stocks, et de proposer des nuanciers. » Chaque commande passée auprès de K. O. Mosaïque donne lieu à une nouvelle création, généralement destinée à une salle de bains ou à un sol. L’autre partie de l’activité de Karin Ljunghorn est liée à la restauration de mosaïques centenaires. Plusieurs entrées d’immeubles haussmanniens et surtout les dalles des cheminées et les parties communes du prestigieux Castel Béranger d’Hector Guimard, à Paris, ont ainsi reçu ses soins attentifs.

Écriture de pierre
Rares sont aujourd’hui les mosaïstes à n’être que les exécutants d’un projet conçu en amont et qui nécessiterait seulement des compétences de carreleur. La mosaïque se situe à mi-chemin entre les beaux-arts et les arts appliqués. Si la maîtrise de ses aspects techniques est capitale, elle requiert également une grande part de créativité. « À mon sens, la mosaïque souffre d’une mauvaise réputation, constate Verdiano Marzi, qui enseigne aux ateliers du Louvre et expose régulièrement sa production personnelle. On fait référence pour elle à la peinture et à la sculpture, et on l’envisage dans un rapport de comparaison aux œuvres “traditionnelles”. C’est une technique souvent cantonnée aux arts mineurs dont on refuse de percevoir le potentiel créatif. » La mosaïque n’est pas un assemblage mais une véritable écriture de pierre. Regarder une œuvre de Verdiano Marzi, dans laquelle des microtesselles côtoient de grands aplats de matière dans une profusion de lignes et de couleurs, à côté d’une mosaïque de France Hogué permet d’entrevoir la multitude des possibles. Dans la production de cette artiste parisienne, elle aussi enseignante, le mortier occupe plus d’espace que les tesselles dont l’usage est très parcimonieux. L’œuvre est pour le moins éloignée d’une mosaïque classique. « Paradoxalement, je suis extrêmement proche de la technique traditionnelle, car je travaille avec du mortier frais, comme il était d’usage dans l’Antiquité. Et même si j’utilise très peu de tesselles, cela reste un travail d’assemblage », souligne France Hogué.
L’artiste Joël Barguil use encore différemment de la mosaïque. « Je ne fais pas de la peinture de pierre, explique-t-il. Mon référent est plutôt la troisième dimension et la mise en œuvre dans l’espace. » De fait, il privilégie des matériaux tels que l’ardoise et les ciments teintés, réunis dans de grandes compositions sculpturales aux lignes abstraites et géométriques. Et de préciser, « ce qui m’intéresse le plus est de remonter à l’essence de la mosaïque. Je me réfère aux premières techniques qui utilisaient des galets noirs, blancs et gris ». Dans les travaux de ce dernier, le potentiel créatif d’une méthode assez primitive semble plus ouvert et plus contemporain que jamais.

Formations

- L’École de mosaïque de Ravenne, 8 via Pietro Alighieri, 48100 Ravenne (Italie), tél. 39 0544 218193. - L’École de mosaïque du Frioul, 6 via Corridoni, 33097 Spilimbergo (Italie), tél. 39 0427 2077, www.scuolamosaicistifriuli.it - DMA décor du mur (fresque et mosaïque), ENSAAMA, 65, rue Olivier-de-Serres, 75015 Paris, tél. 01 53 68 16 99, http://lyc-olivier-de-serres.scola.ac-paris.fr Pour en savoir plus : - Aime comme mosaïque, 6, place de l’Hôtel-de-Ville, 71600 Paray-le-Monial, tél. 03 85 88 83 13.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°204 du 3 décembre 2004, avec le titre suivant : Mosaïste

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