Samedi 21 septembre 2019

Écoles

La voie de l’art

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 7 septembre 2010 - 795 mots

Cette année encore, les 58 écoles d’art que compte l’Hexagone s’apprêtent à accueillir près de 10 000 élèves pour la rentrée. Rares sont toutefois les diplômés qui en sortiront artistes.

Publiée en 2009, une étude du ministère de la Culture et du Centre d’études et de recherches sur les qualifications, traitant des filières artistiques et culturelles, a ébranlé certaines idées reçues sur les débouchés offerts aux diplômés des quelque 120 écoles placées sous tutelle du ministère de la Culture (lire le JdA no 308, 4 septembre 2009, p. 3). Le document a ainsi mis en lumière le très bon taux d’insertion professionnelle des élèves au cours de l’année suivant l’obtention de leur diplôme, celui-ci atteignant 84 % dans les écoles d’art. « Nous commençons à nous éloigner de l’image de l’étudiant dernier de la classe qui aime dessiner, reconnaît Philippe Hardy, directeur de l’école régionale des beaux-arts de Rennes. Cela vient du particularisme de nos enseignements qui permettent à nos étudiants de travailler sur leur personnalité, de construire leur propre culture. Ce particularisme fait que ces jeunes s’insèrent rapidement dans le monde du travail avec une certaine facilité et un grand éclectisme. » Loin d’être des « fabriques à chômeurs », ces institutions voient donc leur image – longtemps galvaudée – évoluer, même si une ambiguïté demeure. « Il y a peut-être un malentendu, reconnaît Gaïta Leboissetier, directrice adjointe chargée des études à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris (Ensba). Peu d’élèves deviendront des artistes, car une vie d’artiste est une véritable course de fond. Mais la formation généraliste de l’étudiant lui permettra de s’insérer dans un réseau professionnel et d’exercer dans d’autres métiers périphériques. »

Recrutement sélectif
Mais, pour intégrer ces voies professionnelles qui permettent de mener carrière dans le champ artistique (organisation d’expositions, médiation, enseignement, marché de l’art…), il faudra d’abord à l’impétrant franchir le cap d’un recrutement très sélectif, appréciant notamment l’expression artistique personnelle des candidats. Si chaque école s’est dotée d’un concours spécifique – la plus courue d’entre toutes, l’Ensba, ne retient que 10 % des postulants, dont une minorité titulaire du baccalauréat seulement –, certaines spécificités sont communes. Outre un niveau de pratique artistique suffisant, les jurés s’attachent d’abord à déceler des « étudiants qui sauront s’adapter, résister et développer leur personnalité encore insoupçonnée dans le cadre de notre établissement », explique Philippe Hardy. Le niveau des nouveaux élèves est donc souvent très hétérogène. « Les lacunes se situent souvent en histoire de l’art, dans la dimension théorique mais aussi en matière de connaissance de l’art actuel », précise Gaïta Leboissetier. « Nous sommes dans un pays dans lequel l’éducation scolaire est une des plus faibles en Europe, déplore Philippe Hardy. Au-delà de ce handicap, il faudra nourrir intellectuellement ce jeune étudiant en l’initiant à l’utilisation de notre bibliothèque, vidéothèque, etc., en l’aidant à comprendre dans quelle école il est arrivé et ce que nous entendons par “la création contemporaine”. Nos professeurs ne donnent pas de recettes toutes faites, mais essayent de chercher chez ces jeunes étudiants leur propre vocabulaire, leur propre langage, puis ils tenteront de nourrir et de développer ces propres particularités par une méthode appelée “la maïeutique”… » 

Investissement personnel important
Si les jurés sont sensibles à la maturité du candidat, le nouvel élève sera pris en charge, lors de sa première année d’études, par un ou plusieurs professeurs référents. Aux Beaux-arts de Paris s’ajoute une spécificité : la pédagogie autour de l’atelier de pratique artistique, piloté par des artistes de renom, tels que Jean-Michel Alberola, Philippe Cognée ou encore Michel François. Pour l’étudiant, le choix s’effectue au cours des premiers mois de scolarité, de manière conjointe avec le chef d’atelier, la rencontre ayant lieu sur la base du projet personnel de l’élève. « Cet enseignement par atelier a longtemps été perçu comme un héritage passéiste dépourvu de vertu émulatrice, note Gaïta Leboissetier. Or, les chefs d’atelier sont des artistes d’aujourd’hui qui n’attendent pas de leurs étudiants une relation de mimétisme. Et la pédagogie de groupe a révélé ses vertus. » Quelle que soit l’école, la clef du succès réside dans l’investissement personnel : exploiter les ressources mises à disposition, approfondir sa culture générale tout en restant sensible aux enjeux de la société actuelle… « Il faudra travailler, travailler et encore travailler. Le geste de génie n’arrive pas comme ça ! », insiste Gaïta Leboissetier. Quant à mesurer le taux de succès d’une école d’art, cette dernière ne s’y risque pas. « Il faudrait se reparler dans trente ans ! »

Les écoles d’art

Il existe, en France, 58 écoles supérieures d’art publiques placées sous la tutelle du ministère de la Culture. p Renseignements pratiques sur cette filière dans la fiche de 34 questions-réponses mise en ligne par le ministère de la Culture (novembre 2009) : www.culture.gouv.fr/culture/dap/dap/pdf/questionsecoles.pdf

Légende photo

Entrée de l'Ecole du Louvre, Paris - Photographe : Aidenne - Licence Creative Commons 3.0

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°330 du 10 septembre 2010, avec le titre suivant : La voie de l’art

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