Mercredi 17 octobre 2018

Profession

Glypticien

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 17 mars 2006 - 662 mots

Désormais rarissime, ce métier d’art perpétue la tradition des intailles et des camées sur pierres dures, très prisées des amateurs, d’Alexandre le Grand aux collections royales.

Installé dans son atelier perché au 4e étage d’un immeuble d’ateliers d’artistes du sud de Paris, Claude Delhief est maître d’art depuis 1998. Être le « dernier mohican » de la glyptique lui a fait plus que prendre à cœur son rôle de passeur d’un savoir-faire. Chez lui, le goût de l’enseignement relève plutôt d’un penchant naturel, et il l’a expérimenté bien avant d’être investi de cette mission par le ministère de la Culture et de la Communication. « Pour moi, transmettre ce que l’on m’a appris et ce que j’ai pu expérimenter est une vraie passion », confesse volontiers l’intéressé. Sans ignorer qu’il en va aussi de la survie de sa discipline : il n’existe plus aucun cursus spécifique depuis que l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris a fermé les classes où Claude Delhief s’était lui-même formé. C’est donc dans son atelier que ses disciples, David Barbier, meilleur ouvrier de France et désormais assistant de l’atelier, et Florence Djebelnouar exercent ou s’initient à la technique de cet « art de graver la pierre de petit volume ».
Apparue avec les sceaux cylindres sumériens, la glyptique a connu un essor remarquable pendant l’Antiquité – notamment dans le domaine du portrait dans lequel excellait Pyrgotélès, glypticien attitré d’Alexandre le Grand – puis suscita une vague de collectionnisme dès la Renaissance. Le peintre Rubens en fut aussi grand amateur. Le département des Monnaies, médailles, et antiques de la Bibliothèque nationale de France témoigne encore, avec plus de 14 000 pierres gravées, de l’ampleur des collections royales.

Des aptitudes en arts plastiques
Les matériaux employés par le glypticien sont multiples : pierres précieuses, fines (transparentes ou translucides) ou dures (opaques), matières organiques (ivoire, corail, nacre, ambre ou écaille) ou végétales (bois fossilisés). Celles-ci serviront de support pour réaliser, uniquement par abrasion, des gravures en intaille (en creux), des camées (gravure en relief) ou des rondes-bosses. Outre la dextérité manuelle, le glypticien doit être doté de solides aptitudes en arts plastiques (dessin et volume) et d’une connaissance des pierres. Une intaille n’aura en effet pas le même aspect sur un jaspe ou sur un cristal de roche, alors qu’un camée sera réalisé sur une agate multicouche, dont les strates de différentes couleurs conféreront une polychromie naturelle au portrait. Les pierres translucides sont quant à elle facettées afin d’obtenir une diffraction de la lumière sur leurs veines de couleur. Claude Delhief part cependant toujours  d’une idée avant de rechercher la pierre idoine. Chaussé de ses lunettes binoculaires, il attaque ensuite la matière, après avoir adapté ses outils, ceux du commerce étant rarement adéquats. La pierre dure est d’abord tiédie et fixée sur un bâtonnet grâce au ciment du lapidaire (en réalité une cire). Il faut alors user, graver, sculpter et polir pour révéler, à force de ténacité et de virtuosité, les qualités du matériau.

Pas de repentir autorisé
Le travail est donc affaire de patience et les coûts de fabrication d’une pièce, « parfois plus que raisonnables ». Mais, fort de son expérience, Claude Delhief peut aujourd’hui se consacrer exclusivement à sa clientèle de collectionneurs. Dans son atelier, une étude de jeune femme fixée sur un chevalet témoigne ainsi de l’existence d’une commande en cours. Dessiné d’après une photographie des années 1930, ce portrait est un travail préparatoire pour la réalisation d’un petit buste en ronde bosse, dont une première esquisse modelée est présentée sur une sellette de sculpteur. « Pas de travail de la pierre sans maquette préalable », prévient Claude Delhief. Une fois la matière retirée, aucun repentir n’est en effet autorisé. Le glypticien estime que la pièce l’occupera pendant près de trois années, entre d’autres commandes. Parallèlement sa jeune élève, arrivée en octobre, réalise des gravures d’armoiries ou des ornements sur pierre, un autre pan de l’activité de l’atelier.

Formation

l n’existe plus de formations à la glyptique.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°233 du 17 mars 2006, avec le titre suivant : Glypticien

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