Fontainier du ministère de la Culture

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 4 juin 2008 - 673 mots

Ils sont moins d’une dizaine à animer ce service atypique, chargé de faire vivre le réseau hydraulique des jardins de Versailles, Saint-Cloud et Marly-le-Roi.

Ils sont les artisans de l’ombre des « Grandes Eaux » musicales ou nocturnes, le spectacle qui sort de sa torpeur les jardins du château de Versailles, tous les week-ends entre mars et octobre (1). Le programme est complexe : faire fonctionner simultanément la totalité des jeux d’eau de la douzaine de bosquets et des bassins des jardins, soit quarante vannes à actionner pour la plupart manuellement. « Nous voulons maintenir cette intervention manuelle pour garder un contact avec le réseau », souligne Gilles Bultez, chef du service des fontaines de Versailles, Marly et Saint-Cloud.

Perte de savoir-faire
Ingénieur hydraulicien de formation, ce dernier anime depuis 2003 l’équipe des fontainiers du ministère de la Culture chargée de l’entretien du réseau hydraulique des trois domaines nationaux, dont Versailles est de loin le plus important avec ses conduites qui courent sur trente hectares, sa cinquantaine de bassins et ses sept cents effets d’eau. Saint-Cloud et surtout Marly, dont le réseau a presque totalement disparu, représentent une partie marginale de l’activité. Si la restauration de cet ensemble a tout lieu être envisagée, Gilles Bultez poursuit depuis son arrivée un autre projet : réhabiliter les alimentations historiques du plateau de Saclay afin de drainer des milliers de mètres cubes supplémentaires vers Versailles, un enjeu de taille qui dépasse les seuls intérêts du château.
Pour l’heure, Gilles Bultez vient d’essuyer une déception d’un autre ordre. Attendu depuis trois ans, le concours, prévu cette année, permettant le recrutement d’un nouveau fontainier vient d’être annulé, comme la quasi-totalité des concours du ministère de la Culture, révision générale des politiques publiques oblige. Avec huit fontainiers, son équipe est pourtant très réduite, pour un travail parfois titanesque. De la maintenance aux réparations sur les conduites, aqueducs souterrains, bassins et galeries, l’éventail des interventions, menées la plupart du temps l’hiver dans des conditions difficiles, est très large. « Il s’agit de faire perdurer un patrimoine et un savoir-faire qui relèvent de l’ordre de l’invisible, note Gilles Bultez. Les travaux sont souvent souterrains et ne sont pas visibles par le public. » « Le réseau, qui est à 80 % d’époque, est globalement en bon état. Il a été relativement bien entretenu et subit moins de problèmes de tassement de terrain qu’un réseau urbain classique », poursuit-il. Une chance pour les jardins de Versailles, où la dimension patrimoniale de la fontainerie a été prise en compte il y a une vingtaine d’années seulement. Auparavant, les fontainiers géraient le réseau d’eau potable de la ville et n’avaient par conséquent guère de temps à consacrer au réseau historique du château. D’où une perte de savoir-faire, accentuée par les départs en retraite.

Travail du plomb
Les fontainiers de Versailles ont une spécialité qui les distingue de leurs collègues œuvrant dans le secteur privé : le travail du plomb. Très malléable, facile à courber et permettant pour cette raison des effets décoratifs – la base des jets, pourtant invisible, est souvent côtelée –, le plomb a en effet été utilisé dans tous les bassins alors que les lignes droites des canalisations sont en fonte. Néanmoins, le matériau pose aujourd’hui deux problèmes aux professionnels, qui ne l’utilisent plus guère. D’une part, il est plus onéreux ; d’autre part, sa manipulation présente des risques de toxicité. Un système de protection ainsi qu’un strict suivi médical ont donc été mis en place. « Dès que l’un de nos fontainiers présente une plombémie supérieure à la normale, il est immédiatement placé en arrêt maladie pour plusieurs semaines », précise Gilles Bultez. Cette spécificité pose une difficulté réelle pour le recrutement des professionnels, qui ne sont plus formés au travail de ce matériau. « Les fontainiers sont aujourd’hui des électromécaniciens, explique Gilles Bultez, ce qui est très différent de ce que nous faisons. Ils arrivent donc peu formés et apprennent le métier ici. » D’où l’importance de maintenir ce savoir-faire relevant d’une véritable mission de service public patrimoniale.

Formation

Si une formation de plombier est recommandée, il n’existe pas de cursus spécifique. Le concours de recrutement ouvert en 2008 a finalement été annulé.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°283 du 6 juin 2008, avec le titre suivant : Fontainier du ministère de la Culture

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