Samedi 17 novembre 2018

Profession

Commissaire-priseur, le maître des enchères

Le Journal des Arts

Le 21 mars 2003 - 753 mots

Dans le cadre de notre rubrique consacrée à un métier de la culture, nous vous invitons aujourd’hui à découvrir celui de commissaire-priseur.

“Aimer les objets et avoir le goût du contact”, telles sont, selon Thierry de Maigret, commissaire-priseur à Paris, les deux qualités indispensables pour cette profession. Pouvant exercer dans le cadre de ventes judiciaires (articles provenant de saisies, d’héritages sans succession, d’entreprises en liquidation) ou de ventes volontaires aux enchères publiques (réalisées à la demande d’un particulier), ce professionnel du marché de l’art peut vendre tous les types de biens, hormis des biens immobiliers. Un tiers de son temps est en général consacré à l’exécution d’inventaires. “Il s’agit d’un listing exhaustif où l’on recense, décrit précisément et détermine la valeur de tous les objets destinés à la vente. C’est une étape fondamentale de notre travail”, explique Thierry de Maigret.

Chef d’orchestre
Vient ensuite la préparation de la vacation, qui peut durer plusieurs semaines voire plusieurs mois lorsque les lots sont nombreux. Le commissaire-priseur peut avoir à superviser l’élaboration d’un catalogue et à rédiger des notices. Il peut également être amené à organiser des expositions destinées à présenter les objets avant leur mise à l’encan. Par ailleurs, il doit veiller à nouer toujours plus de contacts en vue de multiplier les acheteurs éventuels. “Il faut essayer d’intéresser collectionneurs, amateurs et professionnels afin d’assurer au vendeur un maximum de concurrence”, précise François de Ricqlès, vice-président de Christie’s France.
La vente aux enchères proprement dite est le point d’orgue de son activité, dans la mesure où elle marque l’aboutissement d’un travail parfois de longue haleine. Armé de son fameux marteau, traditionnellement en ivoire et fanon de baleine, il orchestre les adjudications comme d’autres jouent de la baguette, décide du chiffre de mise à prix pour chaque objet et du rythme à donner aux enchères. “Il faut en faire ni trop ni trop peu, avoir le goût du travail bien fait et s’adapter à toutes les situations”, confie François de Ricqlès. Son plus beau succès reste à ce jour la dispersion de la collection Goldet (30 juin-1er juillet 2001), “un record du monde (près de 15 millions d’euros) encore jamais égalé pour les arts primitifs”, souligne-t-il avec fierté.

Un métier en pleine mutation
La profession compte aujourd’hui 493 membres habilités. Depuis la loi du 10 juillet 2000, qui a mis fin au monopole des commissaires-priseurs sur les ventes volontaires françaises et ouvert le marché à la concurrence des maisons de ventes étrangères, le métier s’est beaucoup transformé. Seuls les professionnels exerçant dans les ventes judiciaires sont désormais obligés d’acquérir la fameuse charge. Leur statut est resté celui d’officier ministériel. Ceux désirant tenir le marteau lors des ventes d’œuvres d’art doivent en revanche être constitués en sociétés de ventes agréées par le Conseil des ventes volontaires. À ce jour, 347 sociétés sur 350 maisons candidates ont reçu leur agrément. En ce qui concerne la formation, il faut, pour être habilité à présenter l’examen de la Chambre nationale des commissaires-priseurs, être titulaire de deux diplômes (un Deug et une licence), l’un en droit et l’autre dans une matière “artistique” (histoire de l’art, arts appliqués, archéologie ou arts plastiques). Les lauréats suivent ensuite vingt-quatre mois de stage, dont six dans un office judiciaire. S’ils souhaitent diriger uniquement des ventes volontaires, un certificat de fin de stage suffit. Pour le domaine judiciaire, il est par contre nécessaire de passer un examen d’aptitude supplémentaire. Afin de former les personnels des sociétés de ventes ainsi que leurs dirigeants aux grandes fonctions de l’entreprise – une nécessité depuis que les commissaires-priseurs doivent se constituer en société commerciale –, le Symev (Syndicat national des maisons de ventes volontaires) projette par ailleurs de mettre en place des modules de formation continue.
Côté rémunération, les commissaires-priseurs sont payés à la commission. “On se sert à la fois du côté du vendeur et du côté de l’acheteur”, explique Thierry de Maigret. Encore réglementés dans les ventes judicaires, les tarifs sont en revanche totalement libres lors des ventes volontaires. Mais dans les deux cas, “l’intérêt du commissaire-priseur, comme d’ailleurs celui du vendeur, est de faire grimper les enchères”, résume Thierry de Maigret.

Pour en savoir plus

- Chambre nationale des commissaires-priseurs (CNCP), 13, rue de la Grange-Batelière, 75009 Paris, tél. 01 47 70 89 33. - Conseil des ventes volontaires des meubles aux enchères publiques, 19, av. de l’Opéra, 75001 Paris, tél. 01 53 45 85 45. - Syndicat national des maisons de ventes volontaires (Symev), 13, rue de la Grange-Batelière, 75009 Paris, tél. 01 45 72 67 39.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°167 du 21 mars 2003, avec le titre suivant : Commissaire-priseur, le maître des enchères

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