Profession

Architecte urgentiste

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 3 février 2009

Intervenir en milieu construit sinistré : telle est la mission de ces nouveaux humanitaires.

Des missions en cours au Tchad, au Pakistan, au Sri Lanka, au Pérou, en Afghanistan, en Indonésie et bientôt à Gaza, pour laquelle un appel de fonds vient d’être lancé. Depuis 2001, la fondation « Architectes de l’urgence », reconnue d’utilité publique en 2007, a permis à une nouvelle catégorie de professionnels de s’investir dans le champ de l’humanitaire : les spécialistes de la construction, inventant par là-même un nouveau métier. Dans des zones sinistrées par des conflits armés ou par des catastrophes naturelles, ces architectes urgentistes interviennent pour mettre leur expertise au service de la population locale quand la perte des maisons, des écoles ou des infrastructures accentue encore le drame humain de ces situations de chaos. Depuis leur création, les architectes de l’urgence, mandatés par l’ONU et soutenus financièrement notamment par La Croix Rouge, la Fondation de France ou la Fondation Abbé Pierre, ont ainsi œuvré dans plus de vingt pays différents. L’idée n’était pourtant pas évidente. « Il a fallu faire prendre conscience que les architectes avaient leur place dans ce monde de l’urgence, explique Alice Moreira, directrice administrative et financière de la fondation. Pour beaucoup, le terme urgence semblait alors antinomique avec celui d’architecte, qui s’inscrit dans la durée ». Quelle valeur ajoutée peut donc apporter un architecte face à une situation de crise ? « Il apporte son expertise pour savoir si la construction est dangereuse ou pas, poursuit Alice Moreira. Il prend alors la décision de savoir s’il faut évacuer. Nous sommes assurés pour prendre cette responsabilité ». Analyse des dégâts, mise en sécurité, puis fortification des constructions ou reconstruction de pièces sécurisées dans les bâtiments, montage d’abris avec des ressources locales sont ainsi les priorités des interventions des architectes urgentistes. Vient ensuite, dans un second temps, l’organisation des chantiers de reconstruction, en privilégiant le transfert de connaissances et le recours à des professionnels locaux mais aussi en respectant les typologies locales.
Créée en 2001 suite aux inondations dans la Somme par un groupe d’architectes investis de quelques responsabilités au conseil de l’Ordre et soucieux de mettre leurs compétences professionnelles au service des sinistrés, autour du trio Patrick Coulombel, Olivier Brière et Jean-Paul Bertiaux, la fondation a rapidement étendu son action. D’abord à Toulouse, après l’explosion de l’usine AZF, puis à l’étranger, en répondant aux appels à l’aide internationale de pays sinistrés. Cela grâce à une capacité de mobilisation très rapide, qui lui permet de s’adapter à l’actualité et de lancer des missions d’évaluation en 48 heures. « La profession d’architecte étant structurée en ordres, nous avons pu constituer un réseau très organisé au niveau international en établissant un partenariat avec l’union internationale des architectes », précise Alice Moreira. 

Missions temporaires
La fondation, qui emploie très peu de salariés pour utiliser au mieux les fonds qui lui sont alloués, fonctionne ainsi grâce un noyau dur d’experts. Mobilisables très rapidement, ces architectes et ingénieurs sont attachés à la fondation en parallèle de leur activité professionnelle. Des expatriés volontaires sont ensuite recrutés en permanence pour des missions temporaires, dans le cadre de contrats de VSI (volontariat de solidarité internationale), pour des actions de formation, de reconstruction ou de suivi de chantiers. La pratique de l’anglais est impérative, tout comme un certain goût du risque, inhérent à toute action dans l’humanitaire. «     Même si nous mettons en place des procédures de sécurité, le risque zéro n’existe pas, confirme Alice Moreira. Cela fait partie des éléments à prendre en considération lorsque l’on s’engage ». La formation d’architecte est un bagage suffisant et sera souvent complétée en fonction des missions. Reste une condition indispensable : avoir la conviction de vouloir exercer son métier d’architecte autrement, en l’inscrivant dans un rôle social et solidaire très éloigné des clichés sur la profession.

Formation

Formation optionnelle en école d’architecture, à partir de la 4e année : « Enseigner l’urgence aux architectes : risques majeurs et gestion des catastrophes ».

Formation continue dispensée dans le cadre de la Fondation : « L’architecte et l’urgence ». Durée 6 jours ; coût : 550 euros. Inscriptions jusqu’au 16 février pour la session 2009. Renseignements : www.archi-urgent.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°296 du 6 février 2009, avec le titre suivant : Architecte urgentiste

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