Coup de cœur

Caillebotte, peintre des extrêmes

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 23 novembre 2021 - 323 mots

« Né à Paris en 1848, mort à Gennevilliers en 1894. Le nom de Caillebotte évoque moins un peintre qu’un collectionneur, car son discernement fut plus grand que son talent.
 » Publiée dans un ouvrage sur Les Impressionnistes et leur temps, cette présentation assassine de Gustave Caillebotte date de 1992. Son auteur, François Mathey (1917-1993), grand conservateur de musée, fait peu de cas de l’artiste : « Timide, réservé, Caillebotte appréciait l’audace chez les autres. » Cette vision tranche avec celle de Kirk Varnedoe (1946-2003) qui, deux ans plus tard seulement, défend un point de vue divergent dans le catalogue de l’exposition Caillebotte au Grand Palais, organisée pour le centenaire de la mort de l’artiste. Le conservateur au MoMA voit en effet dans les meilleurs tableaux du peintre une œuvre « plus importante, originale et féconde que la totalité des Pissarro, la plupart des Renoir et bon nombre des Monet de la même période ». Ce désaccord est symptomatique du dédain dont a souffert pendant plus d’un siècle, y compris de son vivant, Gustave Caillebotte. Sa peinture fut jugée trop léchée, trop précise, quand la doxa officielle voyait dans les effets de peinture et la vibration de la touche d’un Monet la seule modernité qui vaille. Zola n’est pas étranger à ce malentendu, qui a vu dans les Raboteurs de parquet une peinture inutilement photographique et bourgeoise – « C’est une piètre chose », écrit l’auteur de Nanaà l’issue de la visite de la deuxième exposition impressionniste. Fort heureusement, les choses changent, comme en témoigne la parution de Caillebotte, peintre des extrêmes. Sous un titre volontairement « extrémiste », l’auteur, bien connu des amateurs du XIXe siècle, prend son bâton de pèlerin, apportant une monographie décisive dans une bibliographie bien mince – et pour cause –, par ailleurs essentiellement en langue anglaise. Dans sa verve habituelle, Stéphane Guégan rend à Caillebotte, peintre des plaisirs nautiques et de la passion jardinière, ce qui lui revient de droit : « sa place et sa grandeur ».
Stéphane Guégan,
Hazan, 280 p., 99 €.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°749 du 1 décembre 2021, avec le titre suivant : Caillebotte, peintre des extrêmes

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