Mercredi 21 octobre 2020

Bruno Girveau : "Il faut faire un effort de vulgarisation"

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 23 mai 2017 - 656 mots

Entretien avec Bruno Girveau, directeur du Palais des beaux-arts de Lille.

Vous inaugurez un nouvel atrium qui est la première étape d’un chantier de modernisation : pourquoi engager des travaux alors que le musée a été rénové il y a vingt ans ?
La rénovation date en effet de 1997 et, à 80 %, le musée dispose encore d’outils efficaces et répondant aux standards européens. En réalité, on ne touche pas à l’architecture, mais on repense la muséographie et le confort de visite, car certains services et dispositifs ont vieilli. Surtout, l’environnement général a été bouleversé par l’ouverture de nouveaux musées : le LaM, La Piscine et le Louvre-Lens. Il faut donc que nous réfléchissions à notre positionnement dans la région, ainsi qu’à la manière de toucher de nouveaux publics et de répondre à leurs attentes, notamment en termes de numérique. C’est pour toutes ces raisons que nous avons élaboré un nouveau projet scientifique et culturel (PSC) autour de deux piliers : les collections et le visiteur. Nous avons fait le choix de privilégier les collections permanentes au détriment des grandes expositions qui sont budgétivores et chronophages. Nous ne faisons donc plus qu’une exposition tous les deux ans, mais un Open Museum tous les ans car il s’agit d’un format plus léger financièrement et plus souple. Nous pouvons ainsi consacrer davantage de temps aux collections et réaménager le musée, tranche par tranche, en nous appuyant sur le PSC, qui est le fruit de trois ans de réflexion sur l’établissement et son public.
Pourquoi avoir commencé par l’atrium ?
Il s’agit d’un espace gratuit, conçu comme une agora, un lieu de vie. Nous avons essentiellement procédé à des aménagements pour améliorer les services et le confort, notamment en proposant un café convivial et des contenus numériques enrichis qui permettent de préparer sa visite. Le palais peut avoir un aspect dissuasif, intimidant, pour le public qui n’a pas l’habitude de le fréquenter. La réalité, c’est qu’aujourd’hui 95 % des gens ne vont jamais dans un musée. Il faut donc faire un effort de vulgarisation pour rendre le lieu accueillant et ses collections accessibles. C’est d’ailleurs la philosophie de l’Open Museum, une proposition décalée qui essaie d’attirer les gens à partir de ce qu’ils connaissent – la BD, la musique, etc. –, afin qu’ils s’approprient le musée.
Quelles sont les phases suivantes ?
Nous avons fixé cinq projets phares de refonte des salles d’exposition, jusqu’en 2022. Nous commencerons par la rénovation complète de la salle des plans-reliefs où nous allons notamment intégrer davantage de contextualisation et de la géolocalisation affective. Ensuite, nous repenserons le parcours Moyen Âge-Renaissance où nous allons tenter une expérience en installant un dispositif innovant, une galerie d’interprétation du goût de cette période. Ensuite, nous nous occuperons des salles de peintures, puis de la céramique et de l’Antiquité. Dans ces différents espaces, nous allons améliorer l’éclairage et accrocher différemment en mélangeant les techniques et en introduisant de l’art contemporain. Mais, surtout, nous voulons rendre les salles plus accessibles et compréhensibles. Nous allons notamment donner davantage d’éléments de contexte, en introduisant d’autres disciplines comme l’histoire et la géographie, et revoir toute la médiation. À commencer par le ton et le contenu des cartels qui étaient incompréhensibles pour le commun des mortels car truffés de mots savants. Il est primordial de les repenser pour que le grand public se sente à l’aise, car s’il ne les comprend pas, ça le met en situation d’échec et ça ne lui donne pas envie de revenir.

54 %
 
des visiteurs de la carte blanche donnée à Zep en 2016 étaient des primo-visiteurs du Palais des beaux-arts.
Alain Passard
 
Pour sa quatrième édition, l’Open Museum donne carte blanche au célèbre cuisinier étoilé pour investir et repenser le musée, jusqu’au 16 juillet 2017.
« Pour toucher les jeunes ou les classes populaires, de grands musées de région n’hésitent pas à casser leur image élitiste. Démagogie ou vraie révolution des mœurs ? »
Sabine Gignoux, La Croix, 2 mars 2017

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°702 du 1 juin 2017, avec le titre suivant : Bruno Girveau : "Il faut faire un effort de vulgarisation"

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