Lundi 10 décembre 2018

Brésil : les lieux culturels à l’épreuve du feu

lejournaldesarts.fr

Le 5 février 2013 - 582 mots

RIO DE JANEIRO (BRESIL) [05-02-13] – Après la tragédie qui a endeuillé le Brésil la semaine passée, les mairies de tout le pays imposent un principe de précaution spectaculaire et ferment musées, théâtres, et clubs de samba. Et ce pendant la semaine du Carnaval, la plus touristique de l’année.

Jeudi 24 janvier 2013, le Brésil vivait un épisode tragique de son histoire contemporaine : 230 étudiants mourraient intoxiqués ou brûlés, lors d’un incendie dans une boîte de nuit de Santa Maria, près de Porto Alegre, dans le sud du pays. Depuis une semaine, les causes du désastre occupent l’essentiel des quotidiens du pays. Les règles de sécurité dans les lieux publics sont devenues l’obsession des responsables politiques du pays. Chaque jour les préfets rivalisent de démagogie dans une bataille de chiffres comparant les établissements en règle et ceux fermés à la hâte, devant les caméras. Dans l’état de Sao Paulo, les pompiers annoncent avoir contrôlé 303 lieux de fête, dans 17 communes, en une semaine. A Manaus, dans le nord du pays, 52 discothèques ont été fermées en 3 jours...

Ces chiffres, impressionnants du reste, s’expliquent par un double cas de figure : dans une majorité de cas, les établissements sont en règle (notamment les plus récents), mais le procès verbal n’a simplement pas encore été délivré par les pompiers. La fameuse bureaucratie brésilienne n’est cependant pas seule en cause, puisque de nombreux établissements sont fermés aujourd’hui pour n’avoir pas procédé aux travaux résultants d’un premier audit négatif, dans certains cas il y a près de dix ans.

Rio : 15 théâtres, 10 bibliothèques et 20 musées
A Rio, capitale du tourisme en pleine préparation du Carnaval, la réaction politique est à l’image de l’indignation dans le pays. Jeudi dernier, les autorités cariocas ont orchestré 24 heures spectaculaires de fermeté avec les contrevenants : la majorité des clubs de samba de Lapa, quartier historique de la samba à Rio, ont fermé entre onze heures et minuit, devant les yeux incrédules des centaines de touristes attendant d’y entrer. Le lendemain, après les clubs nocturnes, cible logiquement prioritaire, le maire de Rio est passé à l’étape suivante, en annonçant la fermeture de 49 lieux culturels : musées, théâtres, bibliothèques. Un chiffre est éloquent : 9 des dix théâtres administrés par la mairie ne sont pas en règle. La salle Baden Powell, à Copacabana, a annulé tous ses concerts et remboursera les détenteurs de billets, comme une quinzaine d’autres salles de spectacles vivants.

De nombreux espaces phares de l’art contemporain ont fermé leurs portes sine die : la Maison France-Brésil, le centre Hélio Oiticica, le Musée de l’image et du son ou encore l’Ecole des arts visuels. Joints au téléphone, la plupart des responsables de ces lieux ne connaissent pas la date de l’audit ; d’ici une vingtaine de jours au maximum, pense-t-on.

Selon le Journal O Globo, les lieux administrés par la mairie sont examinés depuis hier par les pompiers, tandis que ceux sous tutelle de l’état de Rio devront attendre jusqu’à la fin du Carnaval. Les politiques ne semblent pas s’en émouvoir une seconde. Eduardo Paes, le maire, annonce dans un style personnel toujours musclé : « d’abord on scelle, après on discute ».

Une nouvelle fois et malgré sa constante mutation, le secteur culturel brésilien fait l’expérience de sa dépendance à l’égard d’infrastructures encore défaillantes. Entre le deuil national et la nécessité de « sauver » le Carnaval d’une rigueur devenue soudain obligatoire, les institutions culturelles sont sacrifiées sur l’autel de l’agenda médiatique.

Légende photo

Carnaval de Rio - Brésil - © Photo sfmission.com - 2008 - Licence CC BY-SA 2.0

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