Dimanche 21 octobre 2018

Avant-première : la Seine musicale de l’île Seguin

Par Sophie Trelcat · lejournaldesarts.fr

Le 31 mars 2017 - 610 mots

BOULOGNE-BILLANCOURT (ILE-DE-FRANCE) [31.03.16] - Equipement culturel majeur de l’ouest parisien, la Seine musicale ouvrira ses portes le 22 avril, après trois années de chantier. L’édifice trône en aval de l’île Seguin et prend la forme symbolique d’un navire de béton.

« Habituellement je ne travaille jamais avec des formes symboliques, mais ici le client souhaitait un emblème fort pour cette porte de l’ouest parisien » explique l’architecte japonais Shigeru Ban, associé au français Jean de Gastines pour la réalisation de la cité de la musique de Boulogne-Billancourt. De plus, « il fallait respecter le Masterplan de Jean Nouvel, urbaniste en chef de l’île, qui souhaitait l’image d’un grand navire et d’épais murs de béton. » Ainsi Shigeru Ban justifie-t-il la forme imposante de paquebot donnée à l’équipement culturel.

Baptisé « Seine Musicale », il est l’occasion pour le grand public de réinvestir ce site exceptionnel de 11,5 hectares qui était un haut lieu de loisirs durant la Belle époque, avant de devenir propriété des usines Renault jusqu’à leurs fermetures, au début des années quatre-vingt-dix. Et c’est bien l’accueil de tous les publics qui est l’enjeu du projet. En effet, ce type de grand équipement financé selon un mode PPP (Partenariat Public Privé), représentant un coût de 170 millions d’euros, se doit d’être rentable, notamment avec l’adjonction de programmes annexes.

L’ensemble s’organise le long d’une rue couverte étirée sur 280 mètres en prolongation du plan urbain de Nouvel et qui traverse l’édifice depuis le parvis d’accueil à l’est, jusqu’à la pointe ouest de l’île. Colonne vertébrale du projet, cet espace assure la connexion entre les six entités de l’équipement et il maintient une perméabilité vers l’extérieur en étant bordé au nord, d’une rangée de commerces à vocation culturelle.

En proue du navire, l’Insulae orchestra s’arrime en résidence permanente, la poupe abritant la Maitrise des Hauts-de-Seine, école des jeunes choristes de l’opéra de Paris. Au cœur du vaisseau, se succèdent une grande salle de musique amplifiée de 4000 à 6000 places, un espace événementiel, des salles de répétitions et d’enregistrements ainsi que l’accès à l’auditorium posé sur le toit. Si ces espaces sont traités de manière spartiate, la salle de musique acoustique est l’élément qui se distingue : « souvent, les auditoriums présentent trop de plasticité formelle, c’est pourquoi j’ai choisi cette forme toute simple, c’est juste un œuf », explique Shigeru Ban. « Un jardin suspendu, accessible, qui surmonte la toiture et l’auditorium flottant nous évitent d’être trop brutaux », renchérit Jean de Gastines, connu pour sa collaboration avec l’architecte japonais à la réalisation du Centre Pompidou-Metz, inauguré en 2010. L’ovoïde, fait d’une résille de bois dont le remplissage est fait de larges verres est surmonté par une voile triangulaire mobile. Ce lourd outillage technologique hélas, alourdit l’ensemble mais il assure néanmoins une protection solaire.

La corbeille arrondie abrite le volume même de l’auditorium - fait d’une double paroi de béton - et les espaces entre les deux volumes sont autant de foyers qui accueilleront les mélomanes durant les entractes. Les vues y sont superbes, surtout depuis le quatrième niveau parcourant la totalité du périmètre de la salle. A l’intérieur, la salle de concert en vignoble est totalement recouverte sur ses parois de lattes de bois tressé qui assurent la diffusion acoustique. Un sous plafond fait de cadres hexagonaux également en bois, remplis de petites sections de tubes de carton, constitue une membrane poreuse à travers laquelle l’éclairage crée des jeux d’ombre et participe à l’atmosphère chaleureuse souhaitée par les architectes.

« Les tubes de carton sont ma signature » explique Ban qui en utilisant ce matériau comme élément porteur a réalisé ses plus belles constructions au Japon. Ici, la conjonction des deux types de parois est un peu étouffante, mais l’acoustique s’annonce parfaite.

Légende photo

La Seine musicale sur l'île Seguin, Boulogne-Billancourt © JEAN-DIDIER RISLER / ONLY FRANCE / AFP

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