Samedi 16 novembre 2019

Au cœur de la vague

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 2 octobre 2017 - 399 mots

COGNAC - Dans le jargon des maîtres de chai, la « part des anges » est la fraction du volume d’un alcool qui s’évapore pendant le vieillissement en fût.

L’expression aurait pour origine cette alchimie qui désignait par anges les substances volatiles. Volatile, le Pavillon polyvalent érigé, à Cognac, par le duo madrilène José Selgas et Lucia Cano, l’est indubitablement. À dire vrai, c’est même la raison d’être de cette construction éphémère commanditée par la Fondation d’entreprise Martell pour initier ses activités, avant que cette dernière n’intègre, l’an prochain, un édifice « en dur » de 5 000 m2. Le Pavillon, lui, sera démonté en juillet 2018. Volatile, il l’est intrinsèquement donc, cahier des charges oblige, se pliant à un défi de poids : celui de ne pas peser, justement, sur la cour pavée dans laquelle il est installé. Ne pas creuser ou altérer ledit sol, d’où ces matériaux pauvres, mais légers : une maigre structure métallique habillée d’Onduline, mélange de fibre de verre et de polyester entièrement translucide. « Nous recherchions un matériau à la fois accessible, disponible en quantité et léger, afin de faciliter le montage et le transport, explique José Selgas. L’Onduline est habituellement utilisée par les agriculteurs pour concevoir les toitures de hangars ou les serres, mais jamais en tant que telle. Notre thème étant la légèreté, elle était toute désignée : avec son millimètre d’épaisseur, on dirait du papier de riz. » Résultat : une forme originale. « Il sourd, ici, une certaine rigidité architecturale : les bâtiments existants, telle la ligne d’embouteillage construite en 1929, sont très anguleux, raconte Lucia Cano. A contrario, nous avons voulu créer quelque chose de souple, de très organique. »Le Pavillon se compose ainsi de trente-deux modules ondulés ou trente-deux « vagues », aux rayons de courbures tous différents. Largeur de chaque élément : 2,20 m. « Pour empêcher ces petites architectures de s’envoler, nous les avons lestées avec de solides coussins emplis d’eau, lesquels font office d’”ancres” pour le bâtiment », indique José Selgas. Au creux de la vague ou, plus exactement, sous la multitude de « vaguelettes » sont aménagées des scènes pour des performances artistiques. Surface totale : 26 x 90 m, soit 2 340 m2. « À l’instar d’un paysan dans son champ, nous souhaitions occuper le moindre mètre carré, souligne Selgas. En réalité, nous sommes, ici, davantage jardiniers qu’architectes. Nous voulions apporter un moment de nature. Ce Pavillon est comme une forêt, un lieu dans lequel se perdre. »

À SAVOIR
Le Studio SelgasCano a été fondé en 1998 à Madrid. Lancée en octobre 2016, la Fondation d’entreprise Martell investira, en juin 2018, l’édifice qui logeait la ligne d’embouteillage de cette marque de spiritueux, fermée en 2005 et rénovée par l’agence bordelaise Brochet-Lajus-Pueyo. Cette « ziggourat » de cinq niveaux est dotée d’une tour qui domine Cognac de ses 28 m de haut.
À VOIR
Le Pavillon Martell de José Selgas et Lucia Cano est installé dans la cour de la fondation éponyme, sise au 16, avenue Paul Firino Martell, Cognac (16), www.fondationdentreprisemartell.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°705 du 1 octobre 2017, avec le titre suivant : Au cœur de la vague

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