Vendredi 14 décembre 2018

Aristophil : la controverse repart de plus belle

Par Vincent Noce · lejournaldesarts.fr

Le 8 juin 2016 - 563 mots

PARIS [08.06.16] - L’administratrice chargée des collections de manuscrits d’Aristophil les a confiées à une société soutenue par la famille Lhéritier. Les représentants d’anciens clients de la société contestent fermement cette décision.

Me Monique Legrand, administratrice des 55 collections de manuscrits vendues en indivision par Aristophil, a pris tous les protagonistes de court, en en attribuant la garde, la gestion et la préparation de la vente à une SA appelée Patrimoine Ecrit, suscitant immédiatement une violente polémique.

Dans un courrier du lundi 6 juin, envoyé aux indivisaires, elle explique sa décision par l’urgence dans laquelle ils se trouvent, avec « la résiliation prochaine des contrats de garde » de leurs collections « par les liquidateurs de la société ». Le mois dernier, toutes les offres de reprise de la compagnie ont été rejetées. Me Legrand invite les clients à confier la garde de leurs manuscrits à Patrimoine Ecrit, à ses yeux la mieux placée pour valoriser leur bien. Elle trouve néanmoins « regrettable » que sa décision puisse « déjà faire l’objet de critiques ».

Le 2 juin, en effet, deux avocats du cabinet DTA, maîtres Romain Pascal et Julien Turscyzinski, disant « représenter plusieurs milliers d’investisseurs » lui ont reproché en termes très vifs ce choix « contraire aux intérêts des indivisions ». Dans ce courrier que Me Legrand a elle-même diffusé à toutes les parties, elle se retrouve accusée de n’avoir « eu de cesse de traiter avec cette entreprise douteuse », dont les fonds « proviennent très probablement des anciens dirigeants d’Aristophil ». Les deux avocats, qui trouvent « scandaleux » les frais demandés dans les contrats de garde proposés, demandent à tous les clients de refuser de les signer.

Les contrats prévoient 2 % HT du montant investi en frais, la moitié payable au départ et l’autre moitié lors de la vente. Les 130 000 pièces ayant été vendues en tout pour quelque 700 millions d’euros, l’enjeu est important. D’autres avocats de victimes se sont joints à cette protestation, le cabinet DTA envisageant une requête afin de faire remplacer Me Legrand, dont la mission présenterait selon lui « de graves défaillances ». Dans sa réponse, l’administratrice réfute une « démonstration incompréhensible », en soulignant avoir respecté « le mandat » qui lui a été confié par le tribunal. Pour Gérard Lhéritier, la décision de Me Legrand, prise en dépit de l'hostilité des magistrats et autres administrateurs judiciaires, est incontestablement une victoire morale, qui contribué à « démolir les éléments de l’accusation à son encontre », selon sa propre expression.

Même si elle bénéficie de la sympathie ouverte du fondateur d'Aristophil et de sa famille, Patrimoine Ecrit a toujours nié en être l’émanation. Cette structure de défaisance a été créée en décembre par une association qui revendique 3 000 clients d’Aristophil, dont des anciens courtiers. C’était le cas de son fondateur, Frédéric Vieillard, qui a préféré se retirer des organes de direction en raison des polémiques. Au Journal des Arts, il évaluait les frais de gestion à 925 000 €, en prévoyant d’étaler les ventes sur plusieurs années avec des opérateurs tels que Sotheby’s, Artcurial et Ader-Nordmann, sous l’égide d’un comité scientifique dont ferait partie Serge Lemoine, ancien directeur d’Orsay. Les collections comptent les archives de Romain Gary, le rouleau des 120 Journées de Sodome de Sade, le testament politique de Louis XVI, des manuscrits de Balzac, Dumas, Napoléon, Flaubert...

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Vieilles éditions de livre © Photo David Flores - 2011- Licence CC BY-SA 2.0 

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