Affaire Gurlitt : l’équipe de recherche fait état de soupçons de spoliation pour 91 œuvres

Par Isabelle Spicer (Correspondante à Berlin) · lejournaldesarts.fr

Le 22 juillet 2016

BERLIN (ALLEMAGNE) [22.07.16] - Les successeurs de la « taskforce » gouvernementale chargée d’enquêter sur la provenance des oeuvres de Gurlitt ont visiblement accéléré le rythme des recherches. Toutefois, si « un soupçon renforcé de spoliation » pèse sur 91 œuvres, aucune recommandation de restitution n’a été encore émise.

Le programme « Recherche sur la provenance Gurlitt » a publié le 18 juillet un bilan intermédiaire de son action depuis son entrée en fonction au début de l’année. Une équipe internationale de vingt experts allemands, israéliens, français, autrichiens et américains enquêtent sur la provenance de la collection Gurlitt.

Ce projet est financé par le ministère fédéral de la Culture et intégré dans le nouveau Centre allemand des biens culturels spoliés. Il a remplacé la « taskforce » créée par le gouvernement, dont le maigre bilan avait été très critiqué. Cette taskforce n’avait établi que cinq recommandations de restitution d’œuvres spoliées par les nazis.

Le programme a concentré ses activités sur 680 œuvres dont la taskforce n’avait pu déterminer avec certitude la provenance. 502 de ces œuvres ont été analysées. Parmi celles-ci, les chercheurs confirment « des soupçons accrus de spoliation » sur 91 œuvres d’entre-elles. Ce phrasé prudent témoigne de l’incertitude des chercheurs mais aussi de la difficulté d’établir une provenance sans faille, plus de 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, aucune recommandation officielle de restitution n’a encore été émise.

Les travaux du groupe de recherche se sont également concentrés sur la numérisation des archives de Gurlitt qui pourrait permettre un éclairage sur la provenance des œuvres. 2 400 photos d’œuvres d’art sont désormais accessibles sur le site des archives fédérales. Le groupe de recherche s’appuie par ailleurs sur environ 22 000 documents, parmi lesquels les documents commerciaux d’Hildebrand Gurlitt (1), un des marchands d’art d’Hitler. Le programme souhaiterait rendre accessible ces documents au public, mais n’a pas obtenu l’accord des héritiers de Gurlitt qui contestent le testament.

Enfin, 189 des 238 œuvres trouvées au domicile de Gurlitt à Salzbourg après son décès ont été fichées et publiées sur le site Lostart.de. Au total, la collection de Cornelius Gurlitt comprenait environ 1 500 œuvres.

« Nous avons franchi un grand pas vers notre objectif de traiter le cas Gurlitt rapidement et de manière transparente », déclare Uwe Schneede, le Président du Centre Allemand des Biens Culturels Spoliés.

Le programme présentera un bilan complet de ses activités à la fin de l’année ou en début d’année prochaine. Ses travaux devraient être prolongés, mais actuellement le financement n’est prévu que jusque fin 2016. La reconduite du projet dépendra certainement de l’issue en septembre de la procédure judiciaire en appel entamée par la cousine de Gurlitt, qui conteste la validité du testament de ce dernier. Dans ce testament, Gurlitt avait désigné le Musée des beaux-arts de Berne légataire universel de l’ensemble de ces biens.

Note

(1) Hildebrand Gurlitt (1895-1956), le père de Cornelius Gurlitt (1932-2014)

Légende photo

Un Cézanne ayant appartenu à Cornelius Gurlitt : La montagne Saint Victoire, 78 x 96 cm © photo Melder / www.lostart.de

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