Yves Klein, sa quête d'absolu

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 octobre 2006

En moins de huit ans d’une fulgurante carrière, Klein a construit une œuvre forte, fécondé un mouvement artistique (Les Nouveaux Réalistes), ouvert de nouvelles pistes à l’art contemporain et bâti une légende personnelle. L’homme séduit par sa capacité à mettre en scène et à médiatiser son geste artistique tout autant que sa vie privée. L’artiste fascine par son usage génial ou astucieux (c’est selon) de « matériaux » élémentaires, précisément immatériels : la couleur bleue, le vide. Klein aurait eu 78 ans pour cette nouvelle rétrospective du Centre Pompidou.

Des parents peintres qui vivaient la bohème de Montparnasse ; une mère qui se souvient avoir dansé enceinte avec Mondrian à la Coupole et qui fut très active dans le milieu de l’avant-garde des lettres et des arts au lendemain de la guerre : tout destinait Yves Klein à s’inventer artiste. C’est donc ce qu’il fit. Néanmoins pas tout de suite, mais après avoir fait l’École nationale de la marine marchande, intégré la confrérie des Rose-Croix et mené une carrière internationale de judoka.

De la ceinture noire de judo aux Nouveaux Réalistes
Né à Nice en 1928, Klein s’est très tôt rendu curieux des choses de l’esprit et de l’immatériel. Il a dix-neuf ans quand, simultanément, il se met au judo et pose les bases de ses théories sur la monochromie. Entre les deux disciplines, sportive et artistique, Yves hésite un moment. Mais sa passion pour le judo l’emporte.
D’août 1952 à février 1954, il est à Tokyo et y conquiert le plus haut niveau jamais atteint par un Français : la ceinture noire quatrième dan. De retour en France, il se heurte à la Fédération nationale qui refuse d’homologuer son titre. Dépité, il s’exile à Madrid où il est engagé comme directeur technique.
Pendant tout ce temps, Klein ne lâche pas la peinture, accrochant partout où il s’exerce de petits monochromes comme autant de lieux de contemplation. Décembre 1954, il décide enfin de ne plus se consacrer qu’à la peinture.
S’il se voit refuser un monochrome orange au Salon des réalités nouvelles en juillet 1955 – sauf à y ajouter au moins un point ! – il ne désarme pas, d’autant qu’il rencontre Pierre Restany qui lui apporte tout son soutien. En octobre 1960, c’est d’ailleurs chez Klein que le critique fondera le nouveau réalisme.

Bleu, rose, or, vide, feu…Klein recherche l’immatérialité
Fulgurante, l’aventure d’Yves Klein dans les six ans où elle se développe jusqu’à sa brutale disparition en 1962, va faire de lui une figure légendaire. Expositions, performances, conférences et publications se succèdent selon une radicalité et une logique exemplaires. Ainsi, face à la réaction distraite du spectateur après sa première exposition personnelle en galerie, début 1956, chez Colette Allendy, avec des monochromes de différentes couleurs, Klein décide de ne plus travailler qu’avec le bleu. Il le fabrique lui-même et en dépose la marque sous le nom d’IKB (International Klein Blue).
Aux monochromes, aux tableaux et aux sculptures d’éponges imprégnées de peinture bleue fait contrepoint en 1958 « L’Exposition du Vide », chez Iris Clert, en quête de « sensibilisation à l’état matière première ». Puis suivent les Anthropométries et cette façon de se servir des modèles vivants comme de pinceaux par application de leurs corps nus sur la toile.
Le rose et l’or, si précieux, sont aussi parfois requis par Klein dans des compositions fortement symboliques. De même décline-t-il à partir de 1961 tout un travail avec le feu. Unique en son genre, son œuvre porte les tensions d’une pensée qui vise à se détacher des contingences du réel pour atteindre une forme d’absolu et d’infini.

Biographie

1928 Klein naît à Nice de parents artistes. 1945 École nationale de la marine marchande et École nationale des langues orientales. Il se lie d’amitié avec Arman. 1947 Réalise les premières empreintes monochromes de ses pieds et de ses mains. 1957 Expositions à Milan, Düsseldorf, Paris et Londres. 1958 Il recourt pour la première fois au corps de la femme comme « pinceau vivant ». Expose avec Tinguely à la galerie Iris Clert, à Paris. 1960 Pierre Restany fonde le groupe des Nouveaux Réalistes dans l’appartement de Klein, rue Campagne-Première. 1962 Quatre mois après son mariage et deux mois avant la naissance de son fils, Yves Klein, âgé de 34 ans, meurt d’une crise cardiaque.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°584 du 1 octobre 2006, avec le titre suivant : Yves Klein, sa quête d'absolu

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