Architecture

Vinoland

Par Sophie Trelcat · Le Journal des Arts

Le 9 juin 2016 - 371 mots

L’édifice s’échoue sur l’écueil de
la métaphore de l’univers viticole.Dressée à l’entrée de l’écoquartier des bassins à flot, la Cité du vin se trouve en prolongement du quartier des Chartrons, ancien cœur du négoce du vin au XVIIIe siècle.

BORDEAUX - Éloigné du centre historique, isolé sur les bords de la Garonne, le terrain jouxte le pont Chaban. Dès lors, tout était possible pour répondre à la demande de la ville d’un bâtiment symbolique. « C’est précisément en voyant les viticulteurs faire tourner le vin dans leur verre qu’est venue l’idée formelle de l’édifice », explique Anouk Legendre, cofondatrice de l’agence XTU avec Nicolas Desmazières.

Comme un film surjoué
Le musée prend la forme d’un tore dans lequel les espaces d’expositions se succèdent autour d’un patio central. À ce premier volume se raccorde une tour aux parois courbes contenant l’administration. Filant la métaphore jusqu’à l’ivresse chaque élément bâti fait référence à l’univers viticole : la charpente de bois rappelle celui des ceps ou des tonneaux, les sérigraphies intérieures sont des agrandissements de photos de vin s’écoulant, les halls en béton anthracite sont censés évoquer l’atmosphère des caves… C’est jusqu’au plafond de la salle de dégustation qui est fait de bouteilles suspendues. Au final, le bâtiment-spectacle, loin de l’univers raffiné du vin, est comme un film qui apparaîtrait surjoué. Quant au mouvement d’ensemble, il évoque plus une forme de déjection canine que celle de volutes de vin.

« Nous voulions une rondeur sans couture », précise le duo qui présentait, lors du concours, les images virtuelles d’une construction évanescente, uniforme et aux couleurs changeantes.
Ces bonnes intentions se sont heurtées à la trivialité de l’architecture et à une scénographie envahissante, en désaccord total avec l’espace dessiné. La robe s’est hélas transformée en un patchwork de plaques de métal et de verre disparates, coupant le mouvement du bâtiment et séparant le tore de la tour. Certains lés de cette dernière sont manquants pour intégrer les gaines de désenfumage. Quant à l’arrondi du patio central, il est brisé par le passage des descentes d’eaux pluviales. Seule la conception environnementale s’annonce prometteuse. Depuis le belvédère, il est possible d’apercevoir l’élégant stade des Suisses Herzog & de Meuron qui confirme que ce « Vinoland » de l’architecture est un rendez-vous manqué pour la ville.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°459 du 10 juin 2016, avec le titre suivant : Vinoland

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