Mercredi 21 février 2018

Entretien

Vincent Pomarède, conservateur en chef du département des Peintures au Musée du Louvre

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 20 juillet 2007

Que va faire le Musée du Louvre avec les fonds apportés par Abou Dhabi ?
Nous menons une réflexion à l’échelle du musée sur les différents chantiers qui n’ont pas été engagés à la suite du Grand Louvre pour de multiples raisons : l’histoire du Louvre, l’aile « sud-sud » des peintures françaises des XVIIIe et XIXe siècles, la cour du Sphinx pour les antiquités grecques… Mais nous examinons en premier lieu l’idée du pavillon de Flore, la piste la plus solide. C’est pour nous plus qu’une bouffée d’air pur, c’est, au fond, rendre au public des espaces parmi les plus beaux du Louvre, avec une vue magnifique sur la Seine, une lumière sublime pour les tableaux et les objets en trois dimensions.

Que souhaitez-vous y montrer ?
Pour le pavillon de Flore, nous avons beaucoup de possibilités, comme l’art d’Amérique latine en liaison avec la peinture espagnole, ou la peinture d’Amérique du Nord, dont nous avons actuellement très peu d’œuvres et qui sont mêlées à la peinture anglaise. Il y a une logique Amérique du Nord-Amérique latine en remontant le temps vers le XVIe et le XVIIe siècle. Ce sont des projets auxquels nous réfléchissions déjà, mais les questions d’espace nous bloquaient. Sinon, nous aurions dû défaire des salles convaincantes aujourd’hui. Ici, nous aurions une possibilité nouvelle sur environ 2 000 m2.

Où irait le centre de restauration, qui occupe actuellement ces espaces ?
Ce projet est une poupée russe. Il y a une réflexion sur les réserves des musées, qui ont besoin d’externaliser des œuvres en raison des risques de crues de la Seine. Elle entraîne une réflexion sur l’installation à proximité de ces réserves d’un certain nombre d’activités qui sont pour l’instant dispersées, comme la restauration, la désinfection d’œuvres, la restauration préventive. Et puis, nous pensons à ce grand centre de recherche et de restauration auquel on rêve depuis trente ans, et qui pourrait englober la formation. Du coup, la France atteindrait enfin le niveau de la Belgique avec l’IRPA [Institut royal du patrimoine artistique, Bruxelles], du Restauro de Rome ou de l’Institut Courtauld à Londres. Mais il faut d’abord étudier la faisabilité en amont. Si ce projet se fait, il produira des conséquences en cascade.

Où ce centre sera-t-il situé ?
Nous avons visité une vingtaine de sites, du côté de Montreuil-sous-Bois [Seine-Saint-Denis], de Choisy-le-Roi [Val-de-Marne], de Nanterre [Hauts-de-Seine], des Batignolles [Paris-17e]… Nous voulons rester sur Paris intra-muros et la proche banlieue. Nous préférerions acheter et construire plutôt que de louer et réhabiliter ; nous voudrions vraiment nous installer dans la durée. Mais une étude commandée par le ministre à Alain Erlande-Brandenburg [conservateur général honoraire du patrimoine] est en cours. Voilà ce que la France pourrait éventuellement faire avec une partie des fonds qui nous seront alloués.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°255 du 16 mars 2007, avec le titre suivant : Vincent Pomarède, conservateur en chef du département des Peintures au Musée du Louvre

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