Vermeer épinglé

Le peintre n’aurait pas eu recours à la chambre noire

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1995 - 323 mots

Le catalogue accompagnant la grande exposition Vermeer que l’on verra à partir de la fin de l’année à la Washington National Gallery of Art, puis au musée Mauritshuis de La Haye, bouleverse une des théories les mieux ancrées concernant la technique du peintre. L’ouvrage à paraître, qui fournit un luxe d’informations nouvelles sur le travail de Vermeer, son évolution stylistique et son utilisation de la perspective, détruit l’idée communément admise selon laquelle l’artiste se serait servi d’une camera oscura, une chambre noire.

Depuis les années cinquante, on pensait que Vermeer, s’efforçant de rendre la réalité avec une extrême précision, utilisait à cet effet une camera oscura, boîte percée d’une ouverture et équipée de deux lentilles convexes qui permet de projeter une scène réelle sur une surface, ou encore qu’il faisait appel à un système de double miroir. Les recherches récentes semblent indiquer toutefois que ce type d’appareils optiques était rare au milieu du XVIIe siècle aux Pays-Bas.

Jørgen Wadum, conservateur en chef du Mauritshuis, a étudié la plupart des œuvres de Vermeer, qui n’en a guère laissé plus de trente-cinq, retirées de leur cadre. Grâce à des analyses faites à l’aide de différents instruments et techniques, (stéréomicroscope, rayons X, ultraviolets et infrarouges), il a abouti à la conclusion que l’artiste ne peignait pas "d’après la vie", comme le pensent de nombreux spécialistes, mais qu’il recréait l’illusion d’espace grâce à des moyens couramment utilisés à son époque.

Sur bon nombre de scènes d’intérieur, Jørgen Wadum a découvert un minuscule trou dans la couche de peinture, irrégularité qui correspond au point de fuite du tableau. Vermeer plantait donc une épingle à l’emplacement du point de fuite, à partir de laquelle il pouvait tirer des fils et obtenir ainsi des orthogonales parfaites, dont ses célèbres carrelages restent le meilleur exemple.

Johannes Vermeer, National Gallery of Art, Washington, du 12 novembre 1995 au 11 février 1996 ; Mauritshuis, La Haye, du 1er mars au 2 juin 1996.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°16 du 1 juillet 1995, avec le titre suivant : Vermeer épinglé

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