Veit Stratmann à l’atelier

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 septembre 2004 - 440 mots

« Si vous voulez voir la nature belle et vierge comme une fiancée, allez là par un jour de printemps ; si vous voulez calmer les plaies saignantes de votre cœur, revenez-y par les derniers jours de l’automne ; au printemps l’amour y bat des ailes à plein ciel ; en automne, on y songe à ceux qui ne sont plus. » Ces lignes extraites du Lys dans la vallée ont été écrites par Balzac à Saché, dans ce beau pays de Touraine qui l’a vu naître et où il aimait tant revenir. Un siècle et plus après l’écrivain, Calder, également sensible au charme de cette contrée, y jeta l’ancre. Magnifiquement implanté sur la bosse doucereuse d’une colline, l’atelier Calder a été transformé depuis quinze ans en un lieu d’accueil d’artistes en résidence et de création artistique. Invités à y séjourner pour une durée de six mois, deux artistes y sont accueillis chaque année à tour de rôle afin d’y développer soit une production spécifique, soit leur travail hors de tout projet concret. Kolibal, Kawamata, Guilleminot, Abramovic, Saksik, Ponomarev, Rinke il y a un an (cf. L’Œil, n° 547 et 554) et Soriano ce dernier semestre comptent parmi les nombreux artistes qui ont bénéficié de cette heureuse opportunité.
Né à Bochum en Allemagne en 1960, installé à Paris depuis de longues années, Veit Stratmann est l’heureux élu du second semestre 2004. Il a pris ses quartiers à Saché depuis le début de l’été et comme il a coutume de le faire, il va ouvrir toutes grandes les portes de son atelier le 18 septembre prochain pour une journée de présentation de son projet de résidence (pour tout renseignement, tél. 02 47 45 29 29). La démarche de cet artiste, qui s’était notamment fait remarquer dès 1988 aux « Ateliers » de l’ARC, au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, et qui travaille avec la galerie Chez Valentin depuis une dizaine d’années, s’articule autour d’une réflexion sur l’espace et l’utilisation qu’on en fait.
Ses œuvres, instruites d’un rapport au corps tant privé que social, trouvent ordinairement leur détermination formelle dans une relation étroite avec les lieux où l’artiste est invité à intervenir.
Leur allure d’« hypothétiques mobiliers urbains » qui les charge d’une dimension d’absurde conduit le regardeur à poser un regard autre sur son immédiat environnement, à s’interroger sur ses habitudes perceptives et, finalement, à remettre en question sa culture de l’espace. À Saché, dans l’ancien atelier de Calder, Veit Stratmann se trouve dans les meilleures conditions pour pousser plus avant sa réflexion : il y dispose au-dedans comme au-dehors d’un monumental espace de projection mentale. Visite recommandée.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°561 du 1 septembre 2004, avec le titre suivant : Veit Stratmann à l’atelier

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