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COLLECTIONS PUBLIQUES

Une association veut recenser les sculptures publiques britanniques

ROYAUME-UNI

Après avoir constitué un catalogue des peintures à l’huile détenues par le Royaume-Uni, Art UK relève le défi de répertorier ses quelque 150 000 sculptures publiques.

Statue d'un soldat de l'infanterie légère des Highland, Kelvingrove Park à Glasgow, après avoir été vandalisée en février 2019. © Photo Gordon Baird / Art UK.
Statue d'un soldat de l'infanterie légère des Highland, Kelvingrove Park à Glasgow, après avoir été vandalisée en février 2019.
© Photo Gordon Baird / Art UK

Royaume-Uni. Depuis la fin février, les Britanniques peuvent pour la première fois accéder au catalogue en ligne des sculptures publiques du pays. Le site ne montre pour le moment qu’un peu plus de 1 500 œuvres. Mais, en 2022, il devrait recenser les quelque 150 000 sculptures détenues par des entités publiques britanniques. Cette tâche n’est pas menée par le ministère du Numérique, de la Culture, des Médias et du Sport ou par quelque autre autorité publique, mais par une association privée, l’association Art UK, en collaboration avec l’Association de la sculpture et des monuments publics (Public Monuments and Sculpture Association, PMSA). Elle est néanmoins financée en grande partie par l’État : 3,1 millions d’euros par le Fonds de la Loterie nationale et 1,1 million d’euros par divers donateurs parmi lesquels l’Arts Council England, entité publique de gestion des financements artistiques en Angleterre, le gouvernement écossais et la Fondation Henry Moore.

« Pour cadrer notre recherche, nous la limitons aux sculptures post-an mille, explique Katey Goodwin, la responsable du projet. Nous cherchons à lister toutes les œuvres, présentes aussi bien dans des musées, des châteaux, des hôpitaux, des églises, des casernes de pompiers ou même des commissariats. Il n’existe en effet pour le moment pas d’inventaire national des œuvres publiques. Notre partenaire, le PMSA, recense depuis de nombreuses années les sculptures situées en extérieur, mais il n’avait pas pu s’attaquer au pays tout entier. »

Ni récolement ni inventaire

C’est en effet là l’un des aspects les plus troublants de ce projet : « Il n’existe pas de registre central des œuvres d’art ou des sculptures publiques, a confirmé au JdA le ministère de la Culture britannique. Il n’existe pas non plus d’institution chargée des œuvres d’art publiques, même si Historic England conseille le gouvernement sur la protection des bâtiments d’un intérêt historique ou architectural particulier. » Qui dit absence d’inventaire dit également absence de récolement, c’est-à-dire de vérification de la présence des œuvres.

Katey Goodwin explique cependant que « la plupart des autorités locales disposent d’informations sur les œuvres en leur possession ou savent où trouver ces informations. Ainsi les hôpitaux ou les casernes de pompiers possèdent généralement un très bon inventaire et font le maximum pour que leurs œuvres soient visibles par le public ». Elle déplore pourtant « l’absence d’un inventaire cohérent au niveau des villes » et l’existence « parfois de litiges sur la propriété d’une œuvre ». Cas d’école, deux municipalités londoniennes se sont disputé il y a quatre ans l’une des sculptures les plus connues d’Henry Moore, Femme assise drapée, surnommée « Old Flo ».

Un catalogue de 85 volumes pour les peintures

Ce flou n’est pas une découverte pour Art UK. L’association a en effet été fondée en 2002 sous le nom de « Public Catalogue Foundation» pour créer un catalogue des peintures à l’huile détenues par les institutions publiques nationales. Ses initiateurs estimaient que 80 % des œuvres publiques n’étaient pas accessibles au grand public. Ce travail phénoménal a abouti à l’impression sur dix années de 85 volumes, principalement organisés par région, et par la publication d’un catalogue disponible en ligne depuis 2012. Mis à jour régulièrement, il recense actuellement 211 929 peintures à l’huile.

Pour son projet actuel, Art UK a repris contact avec les institutions déjà rencontrées pour l’inventaire des peintures. L’association compte également s’appuyer sur des volontaires. « Nous les dirigerons un peu pour ne pas nous retrouver dix fois avec la même œuvre dans la base, indique Katey Goodwin. Nous organiserons à leur intention, et aussi à celle des employés des institutions publiques, des formations gratuites de photographie afin que la qualité des prises de vue soit suffisante pour leur mise en ligne. »

Outre leur recensement, ce projet permettra de récoler les œuvres répertoriées et de connaître leur état de conservation. De nombreuses sculptures installées dans des espaces publics, que ce soit des parcs, des jardins ou des squares, ont en effet été volées au fil des ans par des fondeurs de métal. Surtout lorsqu’elles étaient visiblement laissées à l’abandon. Si le ministère de la Culture indique que « l’exposition des œuvres [relève de] la responsabilité du propriétaire de chaque bâtiment », les coupes budgétaires déployées depuis 2010 par le gouvernement conservateur posent de réels problèmes à des municipalités financièrement exsangues. Certaines d’entre elles ont poussé leurs musées à vendre des œuvres pour financer leur exploitation quand elles n’ont tout simplement pas fermé les portes de ces institutions ou vendu leur bâtiment.

La dernière tâche du projet est de parvenir à identifier les sculptures recensées. Pour ce faire, Art UK compte sur son programme permanent, « Le détective de l’art ». L’association dépose sur son site Internet des photos d’œuvres méconnues et demande au public des informations à leur sujet, que ce soit sur leur auteur ou sur leur thème. Depuis 2014, les connaissances concernant 132 œuvres, principalement des peintures à l’huile, ont ainsi pu être améliorées.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°519 du 15 mars 2019, avec le titre suivant : Une association veut recenser les sculptures publiques britanniques

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