Mercredi 14 novembre 2018

New York

Un vigoureux réveil

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 2 janvier 2008 - 696 mots

La réouverture du New Museum of Contemporary Art, à New York, s’annonce comme un double événement : muséologique et patrimonial de par le geste architectural qui l’accompagne.

NEW YORK - Seul musée new-yorkais entièrement dévolu à l’art contemporain, le New Museum of Contemporary Art vient de retrouver un chez-soi. Logée à Chelsea depuis une dizaine d’années, après avoir quitté son bâtiment historique du 583 Broadway, l’institution fondée en 1977 semblait quelque peu assoupie, attendant un réveil qui lui offrirait une meilleure visibilité et lui rendrait son aura méritée. C’est chose faite depuis le 1er décembre et l’inauguration d’un nouveau bâtiment signé par Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa, de l’agence tokyoïte SANAA. Il est notable que des collectionneurs, et non des moindres, se soient penchés sur le berceau du projet avec des attributions conséquentes ; les galeries portant les noms d’Eugenio López, Maja Hoffmann et Dakis Joannou.
Sur Bowery, en plein cœur du Lower East Side, les architectes japonais ont édifié un immeuble haut de 53 m au-dessus du sol, sorte de totem blanc très lumineux, au tracé curieusement découpé, à l’intérieur duquel se déploie une surface de près de 5 600 m2. Défiant la ligne droite, la construction apparaît tel un entassement de six boîtes parallélépipédiques qui n’offrent pas exactement les mêmes dimensions et auraient été posées en décalage les unes par rapport aux autres, comme une pile à l’équilibre quelque peu précaire. En plus du dynamisme généré depuis la rue, cette organisation reflète exactement à l’extérieur la structure intérieure – à l’exception du sous-sol où se déploie un auditorium –, composée de cinq étages posés sur un rez-de-chaussée largement ouvert sur le dehors.
Traitée en blanc optique, marque de fabrique de l’agence, et entièrement couverte d’une résille en aluminium argenté qui accroche la lumière afin d’en rendre perceptibles les variations, la façade se révèle être un point attractif très lumineux, même par ciel bas ou temps neigeux. Surtout, l’agencement extérieur laisse transparaître une belle compréhension du site, qu’il contribue à animer sans s’imposer. Évitant toute massivité, l’édifice s’insère parfaitement dans un tissu urbain dense et marqué par le multiculturalisme, où les constructions, en général d’assez faible hauteur, n’offrent que peu de similitudes tant dans leurs dimensions que dans leurs coloris.
À l’intérieur, au-dessus du hall, se superposent trois étages dévolus aux expositions, surmontés d’un centre éducatif et d’un espace de réception largement ouvert sur la ville. Ce sont précisément des ouvertures qui font le plus défaut aux galeries qui, même si elles laissent par endroits pénétrer la lumière du jour, se révèlent un peu réduites, malgré leurs hauts plafonds. Sans doute est-ce la conséquence de surfaces relativement modestes – respectivement de 465, 372 et 279 m2 – que n’entrave pourtant aucun support.
Ce parti pris de l’absence de scansions de l’espace sert remarquablement le propos de l’accrochage inaugural. Pensé en quatre volets, le projet « Unmonumental » prend acte de l’état d’une contemporanéité méfiante vis-à-vis du passé et anxieuse quant au présent. Avec pour conséquence un langage créatif pour beaucoup basé sur des formes instables, précaires, en équilibre.
Consacrée à une sculpture non monumentale et donc non héroïque – avant trois présentations centrées sur le collage, le son et la création online – cette première exposition occupe les trois niveaux de manière très convaincante quant à l’accrochage. Eu égard à la nature même des œuvres, pour beaucoup faites d’assemblages de matériaux divers – corbeilles à papier de Gabriel Kuri, paysage précaire de Martin Boyce, assemblage poétique de bois et carton de Gedi Sibony, étranges formes biomorphiques d’Aaron Curry, lion inachevé en bois et argile de Kristen Morgin, femme-bougie d’Urs Fischer qui se consume le temps de l’exposition... –, celui-ci aurait pu virer au capharnaüm, ce qui n’est pas le cas. Reste que si l’ensemble apparaît séduisant, cohérent et poétique dans sa vision du monde d’aujourd’hui, l’argument général semble un peu court et ne peut prétendre à l’universalisme qu’il semble revendiquer.

UNMONUMENTAL : THE OBJECT IN THE 21st CENTURY

Jusqu’au 23 mars, New Museum of Contemporary Art, 235 Bowery, New York, tél. 1 212 219 1222, www.newmuseum.org, tlj sauf lun. et mar. 12h-18h, mer. et jeu. 12h-22h. Cat. Co-éd. Phaidon/New Museum, 240 p., 69,95 dollars, ISBN 978-0-714848-29-7.

UNMONUMENTAL

- Commissariat : Richard Flood, conservateur en chef ; Laura Hoptman ; Massimiliano Gioni ; Lauren Cornell - Nombre d’artistes : 32

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°272 du 4 janvier 2008, avec le titre suivant : Un vigoureux réveil

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