Mercredi 19 décembre 2018

L'oeil en voyage

Un parcours architectural

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 1 octobre 2005 - 776 mots

La découverte des grands courants architecturaux qui façonnèrent Vienne durant les premières décennies du xxe siècle se révèle ludique et passionnante.

À la fin du XIXe, l’Art nouveau s’implante à Vienne sous le nom de Jugendstil. Il prend un aspect moins révolutionnaire que dans les autres villes européennes car il est encore imprégné de l’historicisme local, un style dominant qui emprunte beaucoup au passé. Mais très vite, se développe la phase ultime de l’Art nouveau, lequel abandonne les lignes ondoyantes et les remplace par des formes géométriques propres au style sécessionniste.

Le Ring, symbole de l’historicisme
Le Ring est plus qu’une avenue. Il symbolise l’entrée de Vienne dans l’ère moderne. En 1857 l’empereur François-Joseph décide le démantèlement des remparts qui enfermaient le centre-ville, afin de créer un boulevard annulaire longé de bâtiments publics et d’immeubles de rapport. Le Ring va symboliser la nouvelle Vienne et faire l’objet d’un programme urbanistique ambitieux unique en Europe, équivalent de celui d’Haussmann à Paris. Ce boulevard, long de quatre kilomètres, est bordé d’édifices construits dans le style « historique ». C’est précisément ce style qui exprime trop le passé que critique le mouvement sécessionniste. Mais c’est pourtant là, sur le Ring, que certains des architectes sécessionnistes viennois commencèrent leur carrière.

Les remises en cause d’Otto Wagner
Le destin architectural d’Otto Wagner est prodigieux. Il est la preuve qu’un architecte reconnu peut décider à un moment avancé de sa carrière (cinquante ans) de remettre en cause ses fondements pour adopter des principes très avant-gardistes. Brillant représentant du style néorenaissance pendant la première partie de sa carrière, il affirme en 1890 sa volonté de rompre avec le passé. En vingt ans, ses ouvrages auront balayé un large spectre stylistique : l’historicisme, le Jugendstil et le style sécessionniste.
Pour bien mesurer la radicalité de son changement, il faut partir d’un bâtiment historiciste, l’église de Steinhof (1905-1907, Baumgartner Höhe 1, XIVe, ill. 28), proche du style de la période François-Joseph, puis découvrir les façades de la Linke Wienzeile, Jugendstil, avec ses parements de majolique colorés en forme de fleurs et volutes (1898-1899, Majolikhaus, Linke Wienzeile 40, VIe, ill. 33 et Miethauss, Linke Wienzeile 38, VIe) et tout près de là, les deux pavillons d’accès aux stations de métro aux décors de tournesols (1894-1898, Wagner Pavillon, Karlsplatz, IVe, ill. 29). Au cœur de la ville, la Postsparkasse (1904-1906, Wagner Haus, Goerg Coch Platz 2, Ier, ill. 31) est l’exemple le plus abouti du style sécessionniste. Construit en briques recouvertes de plaques de marbre ornées de clous d’aluminium, il est une leçon de décoration rationnelle et moderne. Voir aussi le monumental bâtiment cubique qui abrite aujourd’hui les archives Wagner (1909-1912, Wohnhaus, Döblergasse 4, VIIe).

Le radicalisme d’Adolf Loos
Contrairement à Wagner, Adolf Loos gardera tout au long de sa carrière une seule ligne de conduite. Fidèle au style sécessionniste, s’interdisant toute manifestation ornementale, il sera le plus radical, menant un parcours solitaire. Une de ses créations les plus connues, la Loos Haus (1909-1911, Michaelerplatz 3, Ier, ill. 30) provoqua un immense scandale lors de sa construction. Le contraste est en effet saisissant entre ce cube blanc aux lignes orthogonales et le palais impérial qui lui fait face. Pourtant dans le même quartier, Loos consent quelques ondulations pour décorer des toilettes publiques (1904, Graben, Wien 1, Ier).
À la périphérie de Vienne (XIIIe) mais dans le même quartier, on peut découvrir au détour d’allées verdoyantes plusieurs pavillons d’habitation caractéristiques des réalisations rationnelles de Loos : la villa Strasser (1918-1919, Kupelwiesergasse 28), la villa Rufer (1922, Schliessmanngasse 11), la Haus Scheu (1912, Larochegasse 3).

Les élèves de Wagner
Disciple de Wagner et fondateur du mouvement sécessionniste, Joseph Olbrich exerça une influence importante sur l’architecture du début du siècle. Il dessina le pavillon de la Sécession (1897-1898, Friedrichstrasse 12, Ier, ill. 32) un édifice qui forme un bloc massif avec des façades presque dépourvues de fenêtres où les lignes horizontales et verticales sont fortement marquées. Le bâtiment qui va se rétrécissant vers le haut est couronné d’un dôme orné de feuilles de laurier stylisées. Érigé en 1898, il devint le lieu de rencontre des artistes de Vienne et de l’Europe entière. Du même architecte, l’immeuble Dehm & Olbrich (1898-1899, Fleischmarkt 14, Ier) arbore également une façade richement ornée de plaques de feuilles stylisées dorées.
Venus pour la plupart de la mouvance plurinationale de l’Empire, s’inspirant des théories et des idées wagnériennes, les autres élèves de Wagner ont prolongé son style à travers leurs réalisations. Parmi eux, Max Fabiani qui édifia le palais Ataria dont la corniche en forme d’ombrelle et ses « bay-window » sont les plus belles inventions architecturales viennoises des années 1900 (1900-1902, Ataria Haus, Kohlmarkt 9, Ier). Quant à la façade de la pharmacie réalisée par Oskar Laske, elle est un modèle de raffinement Jugendstil (1901-1902, Apotheke, Bognergasse 9, Ier).

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°573 du 1 octobre 2005, avec le titre suivant : Un parcours architectural

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