Mercredi 23 octobre 2019

Réouverture

Un nouveau Palais de Tokyo

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 24 avril 2012 - 723 mots

Devenu le plus grand centre d’art d’Europe, le Palais de Tokyo « nouvelle formule »,(entre)ouvert pendant deux jours, fait naître de fortes attentes.

PARIS - À peine franchie la porte, l’impression qu’une partie du plafond, au-dessus des escaliers, vient de s’effondrer. Une structure brune et poussiéreuse est en suspension : pas les restes d’un délitement de l’édifice, mais une œuvre du Belge Peter Buggenhout, faite d’objets de récupération agglomérés entre eux et qui ne sont plus identifiables. D’entrée elle donne une idée de l’état d’esprit présidant à ce Palais de Tokyo nouvelle formule, entre sensations de force et de fragilité, concentration et évasion tentaculaire, circulation de questionnements et d’énergies. D’ailleurs, « le rôle du Palais de Tokyo est de créer du désordre », ne craint pas d’affirmer Jean de Loisy, qui désormais préside aux destinées du plus grand centre d’art d’Europe, d’une superficie totale de 22 000 m2 dont près de 14 000 seront dévolus aux expositions. Philippe Parreno sera en 2013 le premier artiste à s’en emparer dans leur totalité.

Les files d’attentes remontant l’avenue du Président Wilson lors des soirées des 12 et 13 avril dernier en ont témoigné ; l’institution n’a rien perdu de sa popularité et de sa capacité d’attraction. Surtout, à voir la foule enthousiaste et bigarrée s’épanchant avec délice dans les nouveaux espaces à l’ampleur et à la brutalité toute berlinoise, le rétrécissement des surfaces d’exposition pour cause de travaux, puis la complète fermeture avaient manifestement créé un vide chez le public. Avant d’être livrée à la Triennale en cours d’installation, c’est donc une « (Entre) Ouverture » festive qui, pendant 30 heures non-stop, a accueilli plus de 35 000 visiteurs avec un copieux programme fait de performances, projections et interventions musicales d’une quarantaine d’artistes et collectifs.

Une nouvelle dynamique
Les arts visuels n’étaient pas en reste, avec la dispersion de plusieurs modules de la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent et quelques interventions réparties dans le bâtiment. Si Christian Marclay s’est emparé des vitres de la façade afin de les amener à la vie avec des onomatopées issues de la bande dessinée dont l’énergie graphique devient presque sonore, Ulla von Brandenburg a, dans un immense espace devenu presque une grotte, traduit en peinture le principe de ses rideaux de scène multicolores, et Maria Loboda a composé près de la librairie un dessin mural perturbant les lieux. Du côté des Modules, Maxime Rossi a empli une salle devenue toute légère avec des partitions de Chopin aléatoirement maculées par les branches des arbres cernant la tombe du musicien au cimetière du Père Lachaise, sur lesquelles avaient été attachés des feutres ; manière d’exacerber un imaginaire romantique ! Cécile Beau, avec des objets tout en fragilité, s’est intéressée à la notion de souterrain en écho à son lieu d’exposition atypique, tandis que Sarah Fauguet et David Cousinard ont installé non loin de là une sculpture hybride parfaitement manufacturée qui met au défi la notion d’espace familier. La brutalité des lieux, revenons-y, est une fois de plus à mettre au crédit d’Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal qui, entre transparence et opacité, ont su conserver l’ampleur et la luminosité – ou l’obscurité – naturelle des volumes tout en créant des circulations donnant une perspective labyrinthique à des espaces et des recoins d’échelles diverses, où il fait bon se perdre. Cet anti white cube par excellence ne sera certainement pas sans poser, par moments et à certains endroits, des problèmes d’aménagement. Mais nul doute qu’il sera une source d’inspiration pour de nombreux artistes. Pour Mark Bembekoff, l’un des sept curateurs à la manœuvre, « une nouvelle dynamique s’instaure car nous allons devoir sortir du format classique des expositions en jouant avec des espaces aux typologies très différentes, ce qui devrait nous conduire à démultiplier les propositions et à mettre en place un programme à géométrie variable. Il s’agit d’un défi très excitant ». Un défi, en effet, tant l’économie de ce nouveau mastodonte est instable, dont seulement 50 % du budget est abondé par le ministère de la Culture, le reste étant à inventer grâce au mécénat et aux partenariats. Les attentes suscitées par ce Palais de Tokyo repensé pour donner la parole aux artistes de toutes générations sont de tous bords considérables. Premier test : la Triennale qui ouvre le 19 avril et que le JdA commentera dans le numéro suivant.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°368 du 27 avril 2012, avec le titre suivant : Un nouveau Palais de Tokyo

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