Avignon

Un nouveau chapitre pour la Collection Lambert

La donation du galeriste et l’extension des lieux ouvrent une nouvelle page de la Collection Lambert qui va se délocaliser pendant dix-huit mois pendant les travaux d’agrandissement

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 29 octobre 2013 - 712 mots

Avec la promesse de don à l’État de 560 d’œuvres d’art contemporain du galeriste Yvon Lambert, la Collection Lambert va ouvrir une nouvelle page de son histoire. Les travaux d'aménagement débuteront en janvier 2014. D’ici la fin du chantier prévu pour l’été 2015, les expositions se tiendront dans l’ancienne prison Sainte-Anne.

Les travaux d’aménagement de l’hôtel de Montfaucon, adjacent à l’hôtel de Caumont, siège de la collection Lambert en Avignon vont démarrer en janvier 2014. Cette extension était une condition fixée par le galeriste Yvon Lambert pour confirmer sa promesse de donation de 560 œuvres à l’État, estimée 96 millions d’euros par Christie’s. Prudent, Hervé Digne, le président du conseil d’administration de la Collection Lambert (voir encadré) qui a été à la manœuvre pour négocier cette donation, notamment avec Olivier Henrard l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, a assorti le contrat de donation d’une clause suspensive : les travaux doivent être terminés avant l’été 2015.

Les deux hôtels particuliers appartenant à la Ville d’Avignon, c’est une société mixte locale, Citadis, également impliquée dans le déménagement de la bibliothèque-musée l’Inguimbertine à l’hôtel-Dieu de Carpentras (Lire Jda n° 396 du 6 septembre 2013) qui assure la maîtrise d’ouvrage par délégation, avec le concours des jeunes architectes Laurent et Cyrille Berger. Le coût de l’opération, 14 millions d’euros est financé par l’État (8 millions d’euros) et les collectivités territoriales, dont le Département qui va finalement entrer au conseil d’administration de la Collection. Curieusement, le projet de loi de finances 2014 du ministère de la Culture n’affiche cependant que 2,8 millions d’euros de crédit de paiement. Pendant les travaux, les espaces d’exposition de la Collection seront transférés dans l’ancienne prison Sainte-Anne (à proximité du Palais des Papes) qui n’accueillera finalement pas d’hôtel de luxe comme cela était envisagé.

Une nouvelle étape
Si tout se passe bien, à l’été 2015, la Collection Lambert passera de 2 500 m² à 7 500 m², dont 6 000 m² utiles. Une collection permanente, un doublement des locaux, en changeant de taille, l’association va entrer dans une nouvelle étape de son histoire. « Nous avons un statut public-privé très particulier », explique Hervé Digne, « les murs appartiennent à la ville, la collection à l’État, l’administration relève d’une association de droit privé et les financements viennent de toutes parts même s’ils sont en majorité publics ». « La subvention publique de 1,2 million d’euros va devenir insuffisante », ajoute le président qui va rechercher d’autres sources de financement et prévoit l’embauche prochaine d’un administrateur sous l’autorité d’Éric Mézil, le directeur des lieux. Hervé Digne qui a comme « modèle de musée s’appuyant sur la donation d’un collectionneur-marchand, la Fondation Beyeler », aimerait enrichir la collection en suscitant d’autres donations et créer une synergie avec la future Fondation Luma de Maja Hoffmann à Arles, le Château la Coste à Aix-en-Provence voire avec l’Université d’Avignon ou même le Forum d’Avignon. Une agence en ingénierie culturelle, Lord Culture, doit d’ailleurs formuler prochainement des recommandations pour l’élaboration « du plan stratégique » de La Collection. Du côté de la mairie, le retrait de la vie politique de l’actuel premier magistrat après les élections de mars 2014, Marie-Josée Roig, pour des soupçons d’emploi fictif, ne devrait pas remettre en cause le projet.

Hervé Digne, le troisième homme

C’est l’homme de l’ombre de la Collection Lambert. La confiance que lui témoigne Yvon Lambert, notamment en lui attribuant la négociation de la donation avec l’État ne repose pas simplement sur leurs mêmes origines provençales. Cet énarque de 56 ans connaît bien les arcanes du pouvoir pour avoir travaillé pendant trois ans au ministère de l’Économie et des finances et été de 2005 à 2007 le conseiller média de Dominique de Villepin alors Premier ministre. C’est aussi un spécialiste des médias, après un long parcours de seize ans chez Hachette (Lagardère), il crée sa propre société de conseil en fusion-acquisition.
Depuis l’an dernier, il préside aussi Cofiloisirs, un des deux financeurs du cinéma. Ce compagnonnage avec les industries culturelles l’amène naturellement à être vice-président fondateur du Forum d’Avignon, qui ambitionne d’être le « Davos » de la culture. Avignon ? la boucle est bouclée. Collectionneur d’art contemporain, ancien administrateur du CNAP (Conseil national des arts plastiques), la pente l’entraîne vers la Collection Lambert dont il prend la présidence en juillet 2011.

Légende photo

La Collection Lambert en Avignon - Musée d'art contemporain (2010) - © photo Ludosane

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°400 du 1 novembre 2013, avec le titre suivant : Un nouveau chapitre pour la Collection Lambert

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