Musée

Un musée pour l’art aborigène contemporain

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 21 juillet 2019 - 645 mots

LENS-EN-VALAIS / SUISSE

La Fondation Opale, un musée privé dévolu à l’art aborigène, a ouvert ses portes en 2018 en Suisse, à Lens-en-Valais. Elle a été créée par une collectionneuse française fortunée.

Bérengère Primat. © Photo OMaire.
Bérengère Primat
© Photo OMaire

Lens-en-Valais (Suisse). Constellations de points, proliférations de cercles et explosions de couleurs psychédéliques. Les peintures aborigènes d’Australie, porteuses d’un message très actuel, autour de la préservation de l’environnement et de la défense de la culture et de l’identité des populations autochtones, ont longtemps été confinées dans des collections ethnographiques. Elles commencent, aujourd’hui, à intégrer de grands musées d’art moderne et contemporain. Depuis peu, un musée suisse leur est consacré : la Fondation Opale, qui a ouvert ses portes en 2018 à Lens-en-Valais, à quelques kilomètres de la station de ski de Crans-Montana. Après la fermeture en 2017 du AAMU, le Musée d’art aborigène contemporain d’Utrecht (Pays-Bas), la Fondation Opale est désormais la seule structure, en Europe, à être entièrement vouée à cette spécialité pointue.

Une collection de 800 œuvres de 250 artistes

La Fondation Opale a été créée par Bérengère Primat, arrière-petite-fille de Marcel Schlumberger, lequel fit fortune, avec son frère Conrad, dans l’industrie pétrolière. L’objectif de la Fondation est de devenir une plate-forme de référence pour le rayonnement de l’art aborigène contemporain. Elle s’appuie pour cela sur la collection de cette Française, qui l’a amorcée il y a plus de quinze ans et qui réunit aujourd’hui 800 œuvres de 250 artistes. Parmi ses pièces phares figurent des œuvres de John Mawurndjul de la région de la terre d’Arnhem, ce spécialiste de la peinture sur poteaux ou écorces dont les créations ont figuré dans l’exposition « Magiciens de la terre », organisée en 1989 au Centre Pompidou et à la Grande Halle de la Villette. est également présent dans la collection Rover Thomas Joolama, premier artiste qui, en 1991, a représenté l’Australie à la Biennale de Venise.

Vue de l'exposition "Before Time Began" à la Fondation Opale. © Photo OMaire.
Vue de l'exposition "Before Time Began" à la Fondation Opale.
© Photo OMaire.


La Fondation Opale prend le relais de la Fondation Pierre Arnaud, lancée en 2013 et qui a cessé son activité en mai 2018. Daniel Salzmann, son fondateur et mécène, a jeté l’éponge, ne parvenant pas à remettre à flot l’institution artistique systématiquement déficitaire depuis ses débuts. Sa fréquentation était passée de 48 000 visiteurs en 2014 à 28 000 en 2016. La Fondation Opale hérite d’un très beau bâtiment, construit par l’architecte Jean-Pierre Emery, dont les façades de verre se reflètent dans les eaux du lac du Louché.

Le modèle économique de l’institution de Lens ? « Nous tablons sur une fréquentation de 30 000 visiteurs par an. Aux billets d’entrée s’ajouteront des subventions de l’Association des communes de Crans-Montana, de la Fondation du Casino de Crans-Montana, de la Loterie romande et du soutien de mécènes », explique Bérengère Primat. Gageons que la riche héritière ne devrait pas rencontrer trop de difficultés pour boucler les fins de mois de sa fondation. Sa mère, Martine Primat, et ses huit frères et sœurs, qui ont quitté la France en direction de la Suisse en 1981, sont à la tête d’une fortune estimée à 2,2 milliards d’euros.

Un temps hors du temps  

Exposition inaugurale. « Before Time Began », qui explore la notion de rêve, ce « temps hors du temps », chez les artistes aborigènes d’Australie, est présentée sur les deux étages de la Fondation, sur 1 000 mètres carrés de surface. Elle réunit 80 œuvres dont une sélection des premiers tableaux peints entre 1971 et 1975 à Papunya, en Australie centrale, des pièces de différentes régions (terre d’Arnhem, Kimberley, Apy Lands) ainsi que deux saisissantes peintures collaboratives monumentales et une étonnante installation intitulée Kupi Kupi composée de 1 500 lances, représentant un tourbillon de vent emportant de la poussière et des débris. « Une métaphore de la direction imprévisible vers laquelle évolue la société Anangu contemporaine », explique Georges Petitjean, le conservateur de la collection et co-commissaire de l’exposition.

 

« Before Time Began »,

jusqu’au 29 mars 2020, Fondation Opale, route de Crans 1, Lens-en-Valais, Suisse, www.fondationopale.ch

 

Éric Tariant

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°527 du 5 juillet 2019, avec le titre suivant : Un musée pour l’art aborigène contemporain

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