Vendredi 22 novembre 2019

Inauguration

Un Musée Fin-de-Siècle pour Bruxelles

Les Musées royaux des beaux-arts de Belgique ouvrent les nouvelles salles consacrées à l’art belge de 1868 à 1914, en délaissant quelque peu les autres collections

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 10 décembre 2013 - 810 mots

Alors que les salles d’art ancien des Musées royaux des beaux-arts de Belgique souffrent de graves problèmes d’infiltration d’eau dans le bâtiment, s’ouvre un nouvel espace, plutôt réussi, dédié à l’art belge de la fin du XIXe siècle. L’éloignement des collections d’art moderne d’ici à 2017 vers les anciens locaux du Dexia Art Center alimente la polémique.

BRUXELLES - Il y a quelque chose de déconcertant à admirer La Justice de l’empereur Otton (v. 1471-1473) par Dirk Bouts sous le bruit assourdissant des marteaux qui cognent derrière la paroi sur laquelle est accroché le somptueux diptyque. La scène n’a pourtant rien d’inhabituel dans le palais qui regroupe les Musées royaux des beaux-arts de Belgique (MRBAB), à Bruxelles. Les cordons de séparation et les panneaux d’excuses fleurissent au rythme de la condamnation de galeries entières en attente de projets de réaménagement.

Bien avant la fermeture précipitée de l’exposition « L’héritage de Rogier Van der Weyden. Peinture à Bruxelles 1450-1520 », provoquée par des infiltrations d’eau dans les salles, la présence d’amiante avait entraîné la fermeture des salles de peinture du XVe et du XVIe siècle, puis l’aile abritant la collection Delporte. À ces salles fantômes attendant les travaux, vient s’ajouter une galerie du Musée d’art ancien dont le plafond au vitrage percé présente des signes d’humidité.

Si la collection d’art primitif flamand est par chance visible, elle ne bénéficie que d’un accrochage de fortune au deuxième étage du palais, sur une estrade pourvue de maigres cimaises. « Ne touchez pas aux cimaises, parce que cela fait bouger le tableau », explique un guide à un groupe d’enfants, lesquels ont bien du mérite à s’intéresser à des œuvres sales et non éclairées – un comble pour ces chefs-d’œuvre aux détails si délicats ! Et que dire de la Sainte Anne trinitaire entourée de saint Jean-Baptiste, Saint Louis, sainte Catherine et sainte Barbe, du maître de la Légende de sainte Ursule, que les vibrations, provoquées par le passage d’un groupe d’écoliers pourtant calmes, font osciller et se heurtent contre la cimaise ? Enfin, la présence d’une statue de Pan poursuivant Syrinx (fin XVIIe siècle), de Gilles-Lambert Godecharle – dans le simulacre de musée d’art moderne qui se résume à un accrochage tournant d’un échantillon des collections en réserve –, prêterait à sourire si elle n’était le symptôme d’une gestion des collections pour le moins hasardeuse.

En contrebas de ces joyaux négligés brille le nouveau « Musée Fin-de-Siècle », projet conçu par le directeur général des lieux, Michel Draguet. Installé dans l’ancien Musée d’art moderne, fermé sous les sifflets en 2011, ce nouveau musée marque la deuxième étape du redéploiement (pour ne pas dire dépècement) des collections après l’ouverture du Musée Magritte en 2009. La troisième phase concernera le transfert d’ici à 2017, vers les anciens locaux du Dexia Art Center, des collections couvrant la période de 1914 à nos jours, chassées du Musée d’art moderne.

L’art belge de la fin du XIXe
D’un coût global de 4,9 millions d’euros, le Musée Fin-de-siècle ne serait pas choquant s’il ne venait remplacer un musée existant. Michel Draguet justifie son choix par un manque de place et l’incapacité des collections des MRBAB de retracer l’avènement de la modernité à grande échelle. Ainsi est née l’idée d’un parcours narratif s’interrogeant sur l’identité de l’art belge. Les grandes figures que sont Constantin Meunier, Fernand Khnopff, Ensor ou Spilliaert ont la part belle dans un parcours chrono-thématique riche en perspectives.

Malgré un éclairage trop théâtral, la scénographie aérée permet aux paysages bucoliques de dialoguer avec des vues industrielles, et aux bourgeois portraiturés de parader devant des ouvriers au turbin ou en grève. Le contexte est donné grâce à des photographies d’époque reproduites en grand format, et des vitrines dans lesquelles les objets d’art côtoient les inventions du siècle. Le mobilier et les arts décoratifs de la collection Gillion-Crowet parachèvent cette plongée au cœur de la Belle Époque belge.

« Musée d’Art nouveau »
Malgré les qualités évidentes de ce projet dans sa réalisation, est-ce le rôle d’un musée national de réduire cette fin si foisonnante du XIXe siècle à la perspective belge ?

Avec le Musée Magritte, le Musée Fin-de-siècle contribue à la mutation des Musées royaux des beaux-arts de Belgique en un palais patchwork, où les collections perdent toute cohérence et cohésion. Cette politique de fragmentation des collections en pôles thématiques, où les œuvres mineures n’auraient pas le droit de cité, atteint son apogée avec la « Maison Brueghel » prévue au cœur de Bruxelles pour 2017, dans laquelle seront transférés cinq chefs-d’œuvre du MRBAB, ou encore l’installation, appelée de ses vœux par Michel Draguet, d’un « Musée d’Art nouveau » dans l’actuel Musée des instruments de musique. Or si la logique commerciale est importante, la mise en valeur de la collection des primitifs flamands, qui compte parmi ses plus beaux trésors, ne devrait-elle pas être une priorité ?

Musée-Fin-de-Siècle,

Musées royaux des beaux-arts de Belgique, rue de la Régence 3, Bruxelles, tél. 32 (0)2 508 32 11, www.fin-de-siecle-museum.be, tlj sauf lundi et jours fériés, 10h-17h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°403 du 13 décembre 2013, avec le titre suivant : Un Musée Fin-de-Siècle pour Bruxelles

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