Un ministère pas comme les autres

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 6 janvier 2009

Quelles doivent être aujourd’hui les missions de la Rue de Valois ? L’ensemble des titulaires de ce portefeuille depuis trente ans répondent.

D’avril 1978 à mars 1981 - Jean-Philippe Lecat

«Il faut se méfier des anniversaires. Les Républiques antérieures avaient assumé l’héritage. Ce sont certains de leurs services et de leurs institutions qu’anima, à partir de 1958, André Malraux. Le mage inspiré avait plus d’aura que MM. Dujardin-Beaumetz ou Cornu : l’apparence d’un grand geste culturel servait le prestige de la jeune Ve République.
La réalité était plus ingrate. André Malraux n’était intéressé ni par les organigrammes ni par les budgets : les moyens restaient médiocres. Surtout l’extrême considération du général de Gaulle pour son “ami génial” coexistait avec la volonté inébranlable de le tenir à l’écart de toute influence sur la radio et la télévision. Ainsi la Rue de Valois maîtrisait des formes de diffusion déjà presque surannées cependant que d’autres centres de pouvoir – Soustelle, Peyrefitte y incarnaient l’État – mettaient en œuvre les médias nouveaux, à la veille de leur explosion technologique.
L’avenir d’un ministère de la Culture aujourd’hui doit être imaginé dans un contexte totalement bouleversé. Il n’a jamais eu d’influence sur l’école et n’en a plus sur les puissances de l’audiovisuel. La gestion du Patrimoine s’organise dans des établissements autonomes et ce sont les collectivités territoriales qui financent la création. Le “goût du public” – sinistre prémisse – devient le seul critère d’évaluation. Harassé de clientèles, le ministère s’égare dans les rôles improbables de gendarme de l’Internet, de gestionnaire de l’assurance-chômage, d’arbitre de minuscules guerres de chapelles. Il pourrait s’attacher à réduire la fracture culturelle, aggravée par la crise, qui isole habitants des banlieues, réfugiés des ghettos, classes dangereuses de l’âme de la nation. Il y faudrait une réinvention complète des structures et des méthodes des politiques culturelles publiques, une fraîcheur d’esprit et une humilité d’approche nouvelles. Le succès ne serait pas impossible. Après tout, Christophe Honoré vient de donner, avec [le film] La Belle Personne, le signe que même les chefs-d’œuvre sont fréquentables par tous. »

De mai 1981 à mars 1986 et de mai 1988 à mars 1993 - Jack Lang

Jack Lang en convient : en cinquante ans, le ministère a changé. « Bien ou mal, c’est une autre époque, indique-t-il. Il y a un changement de nature et d’ampleur, non pas qu’il n’y ait pas des continuités de lieu, d’esprit, une forme d’humanisme. » Selon lui, outre la mise en place du système des dations et la création des maisons des jeunes et de la culture (MJC), l’axe le plus important du programme d’André Malraux relevait du patrimoine. Bien que Malraux ait très peu aidé les nouveaux créateurs, ne reconnaissant pas la génération des Patrice Chéreau ou Ariane Mnouchkine, il savait user de son « logos ». « Sa parole était d’un grand secours face aux municipalités très méfiantes qui avaient le sentiment, au mieux, que l’art était inutile, au pire, dangereux. Malraux était une sorte de bouclier », précise l’ancien ministre. Si tant est que l’on puisse parler de filiation, Jack Lang se réclame de celle de Jacques Duhamel. L’esprit de Malraux ne planait-il pas aussi sur les Fonds régionaux d’art contemporain (FRAC), peut-être prolongement tacite des MJC ? « Les FRAC, c’était à la fois une impulsion nationale et une action déconcentrée, explique l’intéressé. La vision bonapartiste, régalienne était nécessaire car il fallait donner une impulsion nationale forte. C’est de l’État et par l’État qu’ont longtemps surgi les écoles, les universités, les centres d’art. Ensuite une cinétique se produit ou pas. » Les collectivités territoriales ayant depuis pris le relais, les défaillances de l’État ne sont-elles pas moins préjudiciables qu’avant ? « Non », objecte Jack Lang, car les municipalités ou régions sont inégalement dotées. Et d’ajouter : « Si vous aviez un régime fiscal de répartition des ressources à l’allemande, en tenant compte des disparités, peut-être. Mais en même temps, l’État doit encore avoir de l’ambition, montrer la direction. Plus que jamais, l’empire de la privatisation des esprits, des mentalités et des imaginaires a progressé. Pour des raisons qui ne sont pas les mêmes qu’en 1959 ou 1981, l’État est nécessaire. Il est dommage qu’il ait reculé sur certains points. Je regrette par exemple que le plan des “arts à l’école” ait été amputé, sinon abandonné. » S’il prône une meilleure collaboration entre les ministères de la Culture et de l’Éducation, Jack Lang conteste l’idée qu’une seule personne chapeaute l’ensemble. « Je l’ai fait pendant onze mois, c’est surhumain. Confier la tâche à une personne, c’est un prétexte pour étouffer l’un et l’autre », confie-t-il. Par ailleurs, l’ancien ministre estime nécessaire une meilleure définition des frontières intellectuelles du ministère. L’architecture relève-t-elle vraiment de son périmètre quand la Rue de Valois n’a pas la maîtrise de l’urbanisme ? « Un ministère n’est pas riche des administrations qu’on lui rattache, conclut-il, mais des crédits et des ambitions qu’on lui accorde, et de l’importance psychologique ou politique qu’on lui reconnaît. »

De mars 1986 à mai 1988 - François Léotard

«Plus que jamais, plus encore qu’au moment de sa création, le ministère de la Culture a un rôle capital à jouer dans tous les domaines de l’art, dans l’écoute et le soutien de celles et de ceux qui le font vivre. Devant la déferlante du marché, il existe un domaine, celui de la création, de l’écriture, de l’émotion, où se rencontrent les musiciens, les danseurs, les plasticiens, toute la cohorte de ceux qui ont choisi l’“être” et non pas seulement l’“avoir”. Oui, La Princesse de Clèves, comme toutes les œuvres de l’esprit, est nécessaire à l’épanouissement, à l’éveil, à la curiosité de l’esprit. Oui, le ministère de la Culture, aux côtés de ceux de l’Éducation et de la Recherche, doit être privilégié pour lutter contre toutes les censures. Qu’elles soient économiques, politiques, religieuses ou sectaires. Oui, le ministère de la Culture est, plus qu’aucun autre, celui des Droits de l’homme. Dans le monde de demain, c’est à cet endroit-là, au cœur de l’aventure humaine, au cœur de sa dignité, que se joue la bataille contre la bêtise, le fanatisme, l’abaissement de la personne devant l’arrogance de l’argent ou du pouvoir. Depuis les dessins de Lascaux jusqu’aux Demoiselles d’Avignon, l’humanité dialogue avec sa peur, ses désirs, son étonnement. Tout à la fois ministère de la mémoire et de l’intelligence, du respect et de la tolérance, de la liberté et des disciplines qui l’expriment, ce ministère est probablement celui où s’illustrera demain la plus étrange et la plus belle responsabilité de l’État. S’il pouvait faire – au moins en France – pour la Culture ce qu’il fait pour la Nature, s’il pouvait dépenser pour ces deux fragilités essentielles les mêmes sommes et les mêmes efforts, alors il mériterait sans aucun doute le respect.

De mars 1993 à mai 1995 - Jacques Toubon

«Le rôle du ministère aujourd’hui, comme il y a cinquante ans, reste celui de la démocratisation culturelle. Il faut absolument retrouver cette vocation qu’on a un peu perdue de vue. On a privilégié l’offre, les équipements, les moyens de diffusion, sans toujours prendre en compte les besoins de la société. La décision de réaliser le nouveau bâtiment des Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine, sur un territoire en situation de ségrégation socioculturelle, relève de la vocation fondamentale du ministère car les archives réunissent les gens autour d’histoires communes. Il faut se tourner vers les demandes de toutes les populations, pas uniquement celles des 6e ou 8e arrondissements. Le ministère a manqué cet objectif. Il faudrait lui donner une mission éducative, qu’il ne s’occupe pas seulement de création, diffusion ou protection, mais aussi de création de publics. L’audience des théâtres ou des expositions doit être plus large, et cela ne passe pas seulement par la gratuité, mais aussi par l’éducation. Je ne pense pas qu’il faille fusionner le ministère de la Culture et celui de l’Éducation, car cela provoquerait un écrasement de la Culture par l’Éducation. Mais il faut que le ministère de la Culture soit clairement chargé de l’éducation artistique et qu’on ne se contente pas de responsabilités partagées qui n’ont jamais été appliquées. Au niveau de la création, le ministère devrait retrouver une attitude volontariste de commandes publiques, comme lorsque Malraux commandait du mobilier contemporain.

De mai 1995 à juin 1997 - Philippe Douste-Blazy

«Le ministère de la Culture, pour rester fidèle à l’ambition fondatrice d’André Malraux, doit concilier la permanence et la rupture. Permanence des grandes missions : mission de sauvegarde et d’enrichissement du patrimoine, mission de soutien à la création – soutien ne voulant nullement dire assistance.
Rupture : il faut passer du cadre très national dans lequel Malraux agissait, et qu’il a fixé à l’action du ministère, au cadre européen et mondial. C’est à l’échelle européenne qu’il faut à présent penser le développement et la régulation des industries culturelles, comme le livre et le cinéma, mais aussi la formation des artistes et des professionnels, et leur carrière. C’est à l’échelle mondiale que se posent des questions comme le développement des musées (Louvre-Abou Dhabi), ou la diffusion des œuvres par l’Internet. C’est donc à l’échelle mondiale que se pose aussi la question de la protection des droits des artistes. Le ministère de la Culture et de la Communication du XXIe siècle doit pouvoir relever ces défis, sinon il risque de devenir une institution du passé. Il lui faut fonder cette dimension politique nouvelle sur une expertise technique renouvelée et approfondie sans oublier l’essence même du ministère : les créateurs. Le ministère de la Culture du XXIe siècle, c’est le musée plus le numérique !

De juin 1997 à mars 2000 - Catherine Trautmann

«Le ministère de la Culture doit constamment s’interroger sur ses missions en fonction du temps contemporain dans lequel il les exerce. Il doit ouvrir la société à la connaissance, à la démarche créative et intellectuelle, c’est-à-dire lui permettre de se retrouver ailleurs que dans une appartenance territoriale, nationale ou économique. La Culture est en permanence – et c’est sa fragilité – un ministère qui appelle à la prise de risque artistique, alors qu’il doit aussi structurer son action. Aujourd’hui son risque, c’est son affaiblissement administratif et financier, sa perte d’influence politique. Nous sommes face à un paradoxe : au moment où il y a une certaine dématérialisation de l’économie et où l’on ne cesse de tenir des discours sur l’innovation, la partie liée à la création demeure le parent pauvre de l’attention politique. Pourtant, c’est précisément le moment où le ministère de la Culture devrait connaître un investissement audacieux et puissant. S’il ne doit pas se couper de la réflexion économique, le ministère de la Culture doit aussi s’engager dans l’histoire de la pensée et prendre en considération sa portée intellectuelle. On ne peut pas seulement « administrer » la Culture, le ministère contribue à faire la Culture dans ce pays. Il a un rôle productif. Aujourd’hui, malheureusement, la définition de ses missions fondamentales manque peut-être à son évolution. Dans ces missions, se trouve le patrimoine, mais aussi la nécessité de le rendre vivant, pas seulement de le conserver. La France a besoin d’un ministère puissant, actif, qui ne soit pas pris sous le poids de ses responsabilités et de ses charges par ses établissements publics, mais garde une marge de manœuvre sur toutes les formes de création émergentes. Il faut qu’il continue d’avoir des moyens pour soutenir les artistes. Il y a une vraie urgence à considérer la place de ce ministère et ce qu’il peut représenter dans la politique de l’État ; c’est la question cruciale de ce 50e anniversaire. Le rôle du ministère de la Culture est nécessaire car nous vivons dans une société cosmopolite qui doit se méfier de la dérive identitaire et permettre en permanence le dépassement par la pensée.

De mars 2000 à mai 2002 - Catherine Tasca

«Le ministère de la Culture doit reprendre l’initiative sur un certain nombre de terrains que nous avions abordés. L’éducation artistique suppose une vraie réflexion commune et une mise en relation de deux mondes  : celui de l’éducation et celui des arts et de la culture. Je pense aussi que le ministère doit être un ministère « ressource », c’est-à-dire un lieu d’étude, de recherche et de réflexion sur les pratiques culturelles et sur les nouveaux métiers, y compris dans le domaine des nouvelles technologies. Les professionnels et les collectivités locales devraient pouvoir y trouver les réponses à leur interrogations. Par ailleurs, ce ministère doit rester un ministère porteur de projets, y compris de grands projets, car ce monde a aussi besoin de symboles forts. Il est évident que ce ministère nécessite des moyens et que le nœud coulant se resserre. Mais je ne crois pas que le financement privé, qui pose sur le fond un grave problème, puisse compenser le recul des moyens de l’État. La crise mondiale que nous traversons est assez terrifiante. Elle illustre à la fois la gloire et l’effondrement des forces de l’argent. Face à cela, je défends l’idée d’un espace vraiment public de la culture. La salade permanente entre sponsors, mécènes, fondations privées et lieux publics de culture me semble dangereuse car l’argent privé n’est jamais donné sans contrepartie. Si l’État est appauvri, il doit faire des choix plus draconiens, mais là où il décide d’être moteur, il doit se donner les moyens de s’engager seul. De même pour les collectivités locales qui doivent garder la responsabilité d’un certain nombre d’actions. Tendre toujours la sébile au privé ne peut pas être le modèle d’une politique publique. Enfin, je suis profondément inquiète pour l’avenir de ce ministère, qui a perdu beaucoup de son influence. C’est un ministère dont on ne sent pas l’inspiration. Il est devenu assez timoré, assez transparent et ne défend plus vraiment la place de la politique culturelle. On ne sait pas vers quoi il veut aller et [il] compense cette vacuité par un discours envahissant sur le mécénat et les partenariats public-privé, ce qui est d’une réelle pauvreté de pensée. Ce n’est pas ma conception du service public et de la responsabilité publique. Il s’agit là d’un grand recul par rapport à Malraux et à la création de ce ministère qui avait instauré une responsabilité publique de la culture. Je considère qu’il s’agit là d’une régression.

De mai 2002 à mars 2004 - Jean-Jacques Aillagon

«La France est obsédée par son ministère de la Culture, par la question de son existence, de ses moyens, de son périmètre. Un débat quasi dévot s’est cristallisé autour de cette question, embrassant sa dimension historique, politique et sociologique. On a souvent ainsi oublié que ce qui comptait c’était l’objet et les orientations d’une politique culturelle et non l’instrument ministériel, dans le fond contingent, dont l’État se sert pour les mettre en œuvre. C’est la raison pour laquelle il convient de se souvenir qu’il y a eu une politique culturelle de l’État avant 1959, avant la création du ministère d’André Malraux. Ce ministère a produit un discours hypertrophié sur lui-même, au point d’accréditer l’idée qu’il était à l’origine de toutes les actions culturelles et qu’il avait vocation à les accompagner toutes. Cette situation s’exprime dans l’excès de communication qui caractérise la Rue de Valois où, sans cesse, le ministre, quel qu’il soit, “déclare, déplore, annonce, regrette, félicite…”. Cela dit, étant pour ma part convaincu que l’État a des missions culturelles fortes et constatant l’attachement de la “société culturelle” à l’existence d’un ministère de la Culture désormais renforcé par la tutelle de la Communication, j’estime qu’il serait inutilement dramatique d’envisager de s’en passer. Qu’il profite cependant de son cinquantième anniversaire pour tenter de se repenser plutôt que de s’autocélébrer une fois de plus. En se présentant comme un acteur universel de la vie culturelle, le ministère a généré une attente infinie et donc, inévitablement, de la frustration parce qu’il n’a ni vocation ni les moyens de tout faire. La Rue de Valois doit donc revenir sur ses bases : consolider les missions et l’organisation de ses directions chargées de mettre en œuvre des programmes clairement énoncés, soutenir ces formidables opérateurs que sont les établissements publics et leur faire confiance, clarifier les objectifs et la logique de son action sur le territoire alors que leur cartographie actuelle, issue d’une lente sédimentation, ne traduit plus une véritable cohérence politique. À cela s’ajoute la nécessaire action réglementaire qui doit viser à la simplification du maquis des textes, et son action législative, qui, elle, doit éviter l’écueil de l’excès gesticulatoire. Enfin, j’estime indispensable un affermissement des liens entre culture et éducation. L’école est le plus important des espaces d’acculturation. Alors fusion ou non de deux ministères ? Union personnelle comme à l’époque de “Lang II” ? La question suscite trop de réactions émotives ! Imaginons au moins la définition d’objectifs communs plus étroits entre ces deux départements ministériels…

De mars 2004 à mai 2007 - Renaud Donnedieu de Vabres

«Le ministère de la Culture est un ministère récent alors qu’il s’inscrit dans la grande tradition française ; nous avons donc du mal à imaginer que, dans son acception moderne, il n’ait pas toujours existé. Autant dire que le ministère est un moteur indispensable, un catalyseur d’énergie, une nécessité absolue. Il doit être le protecteur de l’indépendance artistique et de l’exception culturelle française, pour récuser avec force ce que la mondialisation peut entraîner comme risque d’uniformisation. Sans l’engagement de l’État, la mobilisation du privé et des collectivités territoriales ne peut pas se faire à une ampleur suffisante. C’est un ministère qui reste néanmoins fragile – quel ministre de la Culture n’a pas éprouvé ce sentiment d’injustice face aux difficultés rencontrées pour voir aboutir ses projets ? – et suppose qu’on se batte avec la plus extrême des énergies pour bien faire mesurer les enjeux. Je suis frappé, lorsqu’on évoque des missions liées à la recherche, d’entendre parler d’“investissement nécessaire”, alors que pour la Culture, on parle de “dépenses”. La sémantique n’est jamais neutre. Le ministère dans sa forme actuelle – celui de la Culture et de la Communication – a un rôle essentiel à jouer. L’univers de la communication, de l’industrie culturelle, des nouvelles technologies doit être l’une de ses grandes missions. Et les technologies ne sont des chances que si les contenus sont au rendez-vous. Le volet culturel est trop souvent négligé dans notre pays alors qu’il est un formidable facteur de cohésion sociale mais aussi de développement et de rayonnement. Qu’on arrête de considérer la Culture comme un supplément d’âme. C’est un des grands éléments de notre diplomatie et son rôle sur la scène européenne et internationale doit être renforcé. Soyons immodestes : peu de pays ont cette force de frappe culturelle et il est nécessaire de bousculer certains esprits.

Depuis mai 2007 - Christine Albanel

«Le ministère dont j’ai la charge doit créer les conditions de l’épanouissement culturel dans tous les domaines, en maintenant bien sûr ce qui a déjà fait ses preuves – notre système de financement de l’audiovisuel ou du cinéma par exemple –, et en encourageant le développement des industries culturelles. Il est indispensable de tenir compte de l’évolution formidable des nouvelles technologies, comme l’univers numérique dans lequel nous vivons, pour livrer des combats tel celui que nous menons actuellement sur le droit d’auteur. Nous n’avons pas la même action au ministère de la Culture aujourd’hui qu’il y a cinquante ans ou même quinze ans. En quelques années, le rôle de tous les acteurs qui contribuent à la Culture a été profondément modifié. Il ne faut pas perdre de vue qu’une des missions essentielles est de protéger les artistes et de leur permettre de continuer à produire des œuvres. Il faut ouvrir des nouveaux espaces de dialogues et créer les conditions pour que le ministère de la Culture soit porté par l’ensemble de la société dans un système de partenariat avec les collectivités territoriales, entre les établissements culturels et scolaires, via le mécénat ou à travers des opérations comme la gratuité des musées pour les jeunes. Il s’agit de mieux travailler ensemble pour porter intelligemment cette démocratie culturelle que nous souhaitons tous. Le ministère doit aider à renouveler les publics et faire en sorte, pour reprendre l’expression d’Hannah Arendt, que les gens soient toujours en situation de choisir ces compagnons que sont les œuvres de l’esprit.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°294 du 9 janvier 2009, avec le titre suivant : Un ministère pas comme les autres

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