Mercredi 21 novembre 2018

Un métier dans le vent

L’éventailliste Anne Hoguet ouvre son atelier à Paris

Le Journal des Arts

Le 22 novembre 2002 - 543 mots

Utilisé dès l’Antiquité, l’éventail fit les beaux jours des élégantes aux XVIIIe et XIXe siècles. Tombé en désuétude après la Première Guerre mondiale, il est aujourd’hui un accessoire de luxe associé au monde du spectacle ou de la haute couture. Nécessitant une multitude de savoir-faire (du dessin à la broderie en passant par la technique du plissage), l’art délicat de l’éventail survit aujourd’hui en France grâce aux talents d’Anne Hoguet, qui dévoilera les secrets de son métier lors des Journées des métiers d’art.

PARIS - Possédant le charme des endroits secrets, l’atelier-musée d’Anne Hoguet se niche au troisième étage d’un immeuble parisien du 10e arrondissement, dans les salles délicieusement désuètes de l’ancienne Maison Kees (l’une des plus prestigieuses fabriques d’éventails du XIXe siècle). Fille et petite-fille de tabletiers, ces artisans d’art spécialisés dans le façonnage, le reperçage et la gravure des montures d’éventails, Anne Hoguet est aujourd’hui l’une des dernières éventaillistes françaises. Nommée maître d’art en 1994 – un titre permettant, grâce à une allocation du ministère de la Culture, de transmettre son savoir-faire à un élève de son choix –, elle s’interroge sur le devenir de son entreprise, qui n’a pas de successeur attitré. “Les artisans d’art confiaient autrefois leurs ateliers à leurs enfants ou à leur gendre, explique-t-elle. Actuellement, les maîtres d’art bénéficient d’une aide à la formation, mais pour un seul apprenti, ce qui est trop restrictif.”

À la tête de l’atelier depuis 1997, elle marie le travail des feuilles et des montures dans des créations destinées à la haute couture (Dior, Lacroix, John Galliano, Jean-Paul Gaultier…), au théâtre ou à des particuliers. Le Plexiglas et le bois ont succédé à l’écaille, l’ivoire, la corne ou l’os dans la fabrication des montures, tandis que les matériaux les plus divers sont employés pour les feuilles (batik, plumes, dentelle, paillettes, papier…), à l’image de cet étonnant éventail fait de cartes à jouer (1985, pour la styliste Isabelle Canovas). Remis au goût du jour par Karl Lagerfeld dans les années 1980, l’éventail souffre cependant depuis quelques années d’une raréfaction des commandes, regrette l’éventailliste qui assure parallèlement la conservation et la restauration de feuilles ou de montures anciennes. Sensible, comme de nombreux objets de tabletterie, à la chaleur, à la lumière et à l’humidité, l’éventail a de surcroît besoin de “fonctionner” pour se conserver : laissé trop longtemps ouvert, ses plis se cassent sous l’effet de la sécheresse ; à l’inverse, une trop longue fermeture provoque des taches d’humidité sur les feuilles. Les restaurations peuvent aller d’un simple ruban à changer jusqu’à la réfection à l’identique d’une feuille d’éventail, et font appel à des domaines aussi variés que le dessin, la peinture, la couture, la broderie (pour les feuilles) ou encore la sculpture (pour les montures). À côté de l’atelier proprement dit, qui présente notamment établis et outils utilisés pour débiter, ébaucher, repercer, graver et sculpter les montures, une salle de style Henri II réunit les plus belles pièces de la collection Hoguet, véritables trésors de raffinement allant du XVIIe siècle à nos jours.

ATELIER HOGUET-MUSÉE DE L’ÉVENTAIL, 2 boulevard de Strasbourg, 75010 Paris, tél. 01 42 08 90 20, ouvert durant les Journées des métiers d’art et, le reste de l’année (sauf en août), les lundis, mardis et mercredis de 14h à 18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°159 du 22 novembre 2002, avec le titre suivant : Un métier dans le vent

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