Avant-garde

Un anniversaire raté

Le Journal des Arts

Le 17 février 2009

Le futurisme fête son centenaire en 2009. Mais ses célébrations italiennes sont loin d’être à la hauteur de l’événement.

ROME - Les célébrations du centenaire du futurisme projetées par le ministère italien de la Culture font l’objet d’une vague de critiques dans la péninsule, émanant aussi bien du comité chargé de coordonner l’événement que d’historiens de l’art. Enrico Crispolti, l’un des quinze membres du Comité national pour la célébration du centenaire du futurisme – comité gouvernemental formé en mars 2008 –, nous a confié que les préparatifs auraient dû être lancés « au moins deux ans plus tôt ». Il met également en cause le maigre budget alloué au comité (200 000 euros). « C’est une organisation faible et de peu de ressources », a-t-il ajouté.
D’autres spécialistes du futurisme partagent cette opinion. « Je ne pense pas que [le Comité national] rendra service au futurisme », estime Claudia Salaris, auteur de plus d’une vingtaine d’ouvrages sur le sujet. Commissaire de l’exposition « Piété et pragmatisme : le spiritualisme dans l’art futuriste » à l’Estorick Collection de Londres en 2007, Massimo Duranti renchérit : « C’est un comité qui n’a aucune valeur. »
Le secrétaire dudit comité, Carlo Fabrizio Carli, a reconnu qu’il ne dispose que « de miettes » de financement et qu’il est à la recherche de mécènes : « À vrai dire, le comité a été désigné trop tardivement. Nous en sommes au stade préparatoire alors que nous devrions en être à celui de la réalisation. » À ce jour, le calendrier des manifestations figurant sur le site Internet du comité ne recense qu’une conférence internationale, qui s’est tenue le 7 janvier à la Bibliothèque Angelica, à Rome. Le secrétaire a cependant ajouté qu’il espérait compléter les Archives futuristes en levant plus de 300 000 euros pour ajouter trois volumes aux deux premiers tomes compilés par Maria Drudi Gambillo et Maria Teresa Fiorio entre 1958 et 1962.

Financement inconnu
Malgré l’absence criante de moyens, plusieurs expositions, en grande partie soutenues par des autorités locales, sont organisées cette année dans le pays. Parallèlement, Ester Coen, coéditrice du catalogue raisonné de l’œuvre d’Umberto Boccioni (1983), a organisé pas moins de trois expositions, dont « Futurisme 100 : Illuminations, la rencontre des avant-gardes en Italie, en Russie et en Allemagne », actuellement au Mart, le musée d’art moderne et contemporain à Trento e Rovereto (jusqu’au 7 juin). Si cette exposition fait partie intégrante des célébrations du centenaire, « son financement n’a pas encore été confirmé », nous a indiqué un porte-parole du musée. « Abstraction » se tiendra au Musée Correr à Venise du 5 juin au 4 octobre, avant « Simultanéité » au Palazzo Reale à Milan (15 octobre-25 janvier 2010). Ester Coen est également la commissaire pour la partie italienne de « Futurisme », aux Écuries du Quirinale à Rome (jusqu’au 24 mai), qui devait être inaugurée par le président italien Giorgio Napolitano le 20 février, 100 ans jour pour jour après la publication du Manifeste du Futurisme à la « une » du Figaro. Cette exposition avait été présentée, dans une première version, au Centre Pompidou, à Paris (lire le JdA, n°288, 3 octobre 2008), et fera étape à la Tate Modern, à Londres, du 12 juin au 20 septembre. À Paris, plus de deux cents œuvres exploraient la relation entre le futurisme et d’autres mouvements tels que le cubisme, l’orphisme et le vorticisme. D’après nos informations, cette exposition n’a pas reçu d’aides du gouvernement italien.
Or, Massimo Duranti a violemment critiqué l’exposition romaine, avançant que si « le déséquilibre [scientifique] de l’exposition du Centre Pompidou était réitéré à Rome, cela pourrait être très grave, minant plus de trente années de recherches sur le sujet… Le Professeur Coen est spécialiste de Boccioni, mais elle n’entend pas présenter le futurisme dans toutes ses dimensions, s’intéressant plutôt à la manière dont ce mouvement peut être comparé à d’autres écoles européennes d’avant-garde ». Claudia Salaris a également remis en question l’axe de la programmation : « J’aurais réuni tous les plus grands experts sur le sujet, et je leur aurais demandé de monter un événement calqué sur l’unique exposition exhaustive [sur le futurisme], qui s’est tenue au Palazzo Grassi [à Venise] en 1986. » Organisée par Pontus Hulten, le premier directeur du Centre Pompidou, cette exposition réunissait plus de 1 200 œuvres. Ester Coen n’a pas souhaité faire de commentaire. Son exposition aux Écuries du Quirinale devrait, néanmoins, inclure plusieurs pièces qui n’étaient pas présentées à Paris dont le Dynamisme d’un corps humain (1913) de Boccioni, prêté par le Civico Museo d’Arte Contemporanea de Milan.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°297 du 20 février 2009, avec le titre suivant : Un anniversaire raté

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