Mercredi 26 février 2020

Architecture

Trump veut privilégier le néoclassicisme pour les bâtiments publics

Par Alexis Buisson, correspondant à New York · Le Journal des Arts

Le 13 février 2020 - 679 mots

Un projet de décret présidentiel visant à favoriser la construction de nouveaux bâtiments gouvernementaux dans le style néoclassique provoque une polémique outre-Atlantique.

Washington. Le populisme et les penchants autoritaires de la présidence Trump se refléteront-ils jusque dans l’architecture ? Un nouveau décret nommé « Make Federal Buildings Beautiful Again » (« Rendre leur beauté aux bâtiments fédéraux »), inspiré du slogan de campagne du président « Make America Great Again » (« Rendre sa grandeur à l’Amérique »), suscite une vive polémique dans le milieu architectural américain. Le document, qui n’en est encore qu’à l’état de projet, ferait du classique et du néoclassique les styles « préférés » du gouvernement pour la construction de futurs bâtiments fédéraux dans la capitale des États-Unis, Washington, et en dehors.

Une remise en cause des principes de 1962

« Pendant trop longtemps, l’élite architecturale et les bureaucrates ont ridiculisé l’idée de beauté, ouvertement ignoré l’opinion du public sur le style et silencieusement dépensé l’argent des contribuables pour construire des bâtiments moches, coûteux et inefficaces », a confié Marion Smith au New York Times, le 5 février. Cette dernière préside la National Civic Art Society, un groupe qui prône un retour « aux racines prémodernistes » de l’urbanisme car « l’architecture contemporaine a été, globalement, un échec ». Ce groupe, dont le directeur, Justin Shubow, n’a pas d’expérience en architecture, est à l’origine du décret de l’administration. « Ce texte donne voix au chapitre aux 99 % de ces Américains ordinaires qui n’aiment pas ce que notre gouvernement a construit », poursuit Marion Smith.

Dominant à la naissance des États-Unis au XVIIIe siècle, le néoclassicisme, qui emprunte aux canons grecs et romains (symétrie, colonnes, frontons), était le style privilégié par les Pères fondateurs et leurs successeurs. À Washington, les grandes institutions emblématiques du pouvoir ont été construites dans cette école, de la Maison Blanche à la Cour suprême en passant par le Capitole, qui abrite le Congrès des États-Unis.

Depuis, le style des plus de 300 000 bâtiments gérés par l’État fédéral s’est diversifié. Selon la US General Services Administration, responsable du patrimoine de l’État, on trouve par exemple des tribunaux en style néo-Renaissance, des locaux de ministères en style second Empire, des bureaux de poste modernistes ou Art déco, autant de reflets d’inspirations changeantes et d’influences architecturales variées.

Les principes qui guident la construction des bâtiments gouvernementaux ont été définis en 1962 par le sénateur new-yorkais Daniel Patrick Moynihan. Dans un rapport remis au président John Fitzgerald Kennedy sur l’utilisation de ces bâtiments, l’élu recommande d’éviter « le développement d’un style officiel ». « Le design doit venir de la profession d’architecte vers le gouvernement, et non l’inverse, écrit-il encore. Le gouvernement devrait vouloir payer des coûts supplémentaires pour éviter l’uniformité excessive dans la conception des bâtiments fédéraux ».

S’il était signé en l’état par Donald Trump, le décret actuel reviendrait sur ces soixante années de recommandations et de pratiques. Le document de sept pages propose de créer un « comité présidentiel pour le ré-embellissement de l’architecture fédérale », lequel permettrait à la Maison Blanche d’intervenir dans la conception des futurs projets et la rénovation de bâtiments existants. Le décret s’appliquerait aux tribunaux fédéraux, aux sièges d’agences publiques, à tous les bâtiments implantés dans la région de Washington et à tout projet coûtant plus de 50 millions de dollars.

Les architectes opposés au projet

L’American Institute of Architects (AIA), réseau d’architectes le plus important du pays, a déclaré sa « forte opposition » au texte. « L’architecture devrait être conçue en fonction des communautés spécifiques qu’elle sert, reflétant la richesse de la diversité des endroits, pensées, cultures et climats de notre nation », a-t-il tweeté.

Selon Philip Kennicott, influent critique architectural au Washington Post qui a eu accès au texte, le projet est rédigé dans le but de plaire à Donald Trump. Il note par exemple que le décret proposé apporte son soutien aux « “styles espagnol colonial et méditerranéens que l’on trouve généralement en Floride”, ce qui classe le club privé de Trump Mar-a-Lago dans la catégorie des styles “traditionnels” acceptables ». Au-delà de ses accents populistes, le journaliste conclut que ce décret est « risible » et « démodé ». Il pourrait néanmoins arriver sur le bureau du président Trump pour signature dès le mois prochain.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°539 du 14 février 2020, avec le titre suivant : Trump veut privilégier le néoclassicisme pour les bâtiments publics

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